CHAPITRE XVIII
une autre, un trait à la main, s’apprête à le lancer; mais déjà trois de leurs compagnes sont saisies à plein corps par les monstres acharnés à leur proie. La silhouette très accidentée est bien d’accord avec l’émoi
furieux de cette mêlée
soudaine et les chairs basanées des ravisseurs, les bruns olivâtres des arbres et des terrains, ainsi que les bleus neutres d’un ciel vaguement éclairé de quelques pâles lueurs font merveilleusement ressortir la blancheur juvénile des carnations de ces nymphes, parmi lesquelles, au centre et bien en vue, nous retrouvons la figure d’Hélène Fourment, les bras levés au ciel, avec l’attitude et le visage éploré de l’Andromède de Berlin.
La Marche de Silène a été aussi l’un des sujets favoris de Rubens. Sans parler des nombreuses copies qui en ont été faites par ses élèves, il l’a plus d’une fois traité lui-même : de bonne heure, vers i6i5, dans un tableau (Musée de l’Ermitage) e.xécuté pour l’Infante ; puis quelques années après, aux environs de 1620 (Musée de Berlin), dans une autre composition où il a introduit Isabelle, sa première lemme, et ses deux jeunes enfants parmi le cortège du ^■ieux Silène; puis, une troisième fois, sept ou huit ans plus tard, dans un ouvrage plus important, « National Gallery », qui fit partie de la collection du duc de Richelieu et qui avait été commandé au peintre par un amateur de ce temps, nommé van Uffelen.