LES FÊTES DE LA CHAIR
mode plus familier des sujets de ce genre. C’est bien Hélène Fourment, et lui-même qu’il a peints, en effet, dans le tableau l’Amour et le Vin que la duchesse de Galbera a légué au Musée municipal de Gênes. Sans que la ressemblance soit absolue, nous avions dès le premier coup d’œil reconnu les deux époux. L’œuvre, en tout cas, à n’en juger que par le caractère de l’exécution, est bien de la pleine maturité de l’artiste. Nous y voyons un soldat en cuirasse, portant un manteaü écarlate et des culottes rouges, exposé à la double tentation de l’amour et du vin, et tenant sur ses genoux une jeune femme vêtue d’une robe assez décolletée, dont la couleur verdâtre s’harmonise très heureusement avec le ton violacé de sa jupe. A gauche, Bacchus debout, la tête couronnée de lierre, élève en l’air une coupe remplie de vin, tandis que Cupidon détache l’épée du guerrier et le pousse vers sa compagne. En matière d’apologue, l’Envie, sous les traits d’une vieille femme, agite derrière eux une torche allumée. Traitée en esquisse, la peinture est très large, très puissante, et la tête décolorée du soudard, la physionomie effrontée de la fille, son bras blanc et ses mains, bien que très rapidement indiqués, sont d’une facture aussi facile que séduisante.
Si Rubens ne s’est pas représenté lui-même dans une autre scène d’allures encore plus risquées, le Croc en Jambe de la Pinacothèque de Munich, c’est de nouveau Hélène qu’il a peinte aux prises avec un rustaud à forte encolure qui, le regard enflammé, se rue sur elle. La jeune femme assez court vêtue, d’une robe rouge qui découvre entièrement sa poitrine et ses jambes, ne repousse que mollement son agresseur. Les yeux en coulisse, elle semble en même temps un peu étonnée et pas trop inquiète de la tournure que prennent les choses et s’il faut féliciter une fois de plus le peintre de l’entrain avec lequel il a si cavalièrement enlevé cette scène scabreuse, une fois de plus aussi il est permis de se demander comment un mari aussi épris qu’il l’était, a pu placer la femme qu’il aimait en si vilaine posture. Ajoutons bien vite que ce fut là un de ses derniers ouvrages; que tant qu’il vécut il le conserva dans son atelier et qu’il ne fut acheté qu’après sa mort pour le compte du prince d’Orange, Frédéric Henri, au prix de 800 florins, payés à ses héritiers.
Suivant une pente aussi dangereuse, Rubens qui n’aimait pas à s’arrêter à mi-chemin, allait pousser encore plus avant cette série de sujets libres, en ajoutant progressivement à l’ampleur de la scène et au