CHAPITRE XVIII
nombre des personnages. Bien des fois avant lui, les peintres avaient été tentés par les Fêtes de la chair, à raison des ressources pittoresques de toute sorte que leur offraient de pareils thèmes. Dès l’antiquité, Philostrate avait tracé la description d’un tableau de ce genre, soit
qu’il l’eût sous les yeux, soit plutôt qu’il l’eût lui-même imaginé. Nous avons ditaussi (v. p. 1 19) avec quel joyeux entrain, Rubens, pendant son séjour à Rome, avait copié des compositions analogues d’après Titien, son maître préféré.
En se proposant, dans la pleine maturité de son talent, de peindre à son tour une Oÿrande à Vénus, il a bien pu dans quelques détails se souvenir de son glorieux prédécesseur, mais son œuvre, librement conçue, est bien sienne, par ses qualités comme par ses défauts. Si la multiplicité des petits amours que le maître de Cadore a introduits dans le tableau du Prado est certainement excessive, du moins l’unité en est parfaite. Dans V Offrande à Vénus de Rubens que possède le Musée de Vienne, ces petits personnages sont encore plus nombreux, et la composition est comme séparée en deux parties fort insuffisamment reliées entre elles. D’un côté, les rondes et les jeux de ces Amoretti qui folâtrent autour de la déesse remplissent les deux tiers de la toile, tandis que le tiers restant est occupé par trois couples de danseurs que ni l’ordonnance des groupes, ni même les dimensions des personnages ne rattachent à l’épisode central. Coupée à ce point de séparation suivant une ligne verticale, la toile offrirait deux tableaux distincts. Mais ce défaut très réel admis, que de détails à admirer ! Au
IMP.DRAEGER. PARIS