‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 433 sur 553 · CHAPITRE XVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIl

pour le plaisir des yeux. Dans cet hymne exubérant d’amour que le vieux peintre chante à l’honneur de sa jeune compagne, en même temps qu’il consume les dernières années de sa vie, il donne, mieux qu’il qu’il n’avait jamais fait, la mesure de son génie. Mais, tandis que son imagination l’entraîne à ces rêves de volupté, jamais son talent n’a été plus maître de lui, plus hardi et plus délicat. Si riche que soit sa nature, on ne laisse pas d’être étonné des étranges partages de cette âme complexe, capable de si étranges accommodements. On se demande comment le catholique sincère et le peintre qui se permet de telles audaces peuvent, avec une pareille candeur, coexister! Comment cet homme qui, après avoir chaque matin entendu la messe, reprend si tranquillement, au retour, ses pinceaux pour tracer d’une main posée et sûre ces provocantes et fiévreuses images !

Ce n’est pas une progression de crudités peu décentes que manifestent plusieurs tableaux du même genre qu’il nous reste à signaler, mais bien des acceptions nouvelles d’un motif pittoresque qui, ayant séduit Rubens, a reçu de lui tous les développements qu’il pouvait offrir. Les licences extrêmes qu’autorisaient les fables de la mythologie, il allait, en effet, les exprimer avec plus de convenance apparente dans un sujet de fantaisie qui lui permettait d’associer des éléments très réels à de pures fictions. Le thème traité par lui dans le Jardin d’ Amour n’était pas non plus bien nouveau et non seulement il avait plus d’une fois tenté les maîtres de la Renaissance, mais la Provence, au temps des troubadours, Boccace dans son Décaméron, et les petites cours très raffinées de Mantoue, d’Urbain et de Ferrare l’avaient tour à tour célébré ou même mis en action. Rubens, en l’appliquant à son époque, devait en exprimer des côtés inédits. A raison de l’attrait qu’il lui offrait, il avait pris le temps de réunir des études pour le traiter de son mieux et le Musée Fodor, à Amsterdam, celui de Francfort, ainsi que le Louvre possèdent sept dessins d’une largeur superbe faits par lui à cette intention, d’après des jeunes dames ou des cavaliers élégants de son entourage. Ces études étaient utilisées par lui dans plusieurs compositions qui, par leurs dimensions moyennes et surtout par le charme qu’il sut leur donner, étaient destinées à obtenir un grand succès, car des variantes ou des copies nombreuses en furent exécutées du vivant de l’artiste, plusieurs mêmes dans son atelier et avec sa collaboration. Les plus remarquables

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