‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 443 sur 553 · LE MARTYRE DE SAINT LIÉVIN · texte numérisé non relu

LE MARTYRE DE SAINT LIÉVIN

dans cette ville que Rubens peignit, vers i635, un Martyre de Saint Liépin de dimensions encore plus grandes que le Saint François et destiné à célébrer le glorieux martvre d’un de leurs patrons. « Le Calvaire et le Saint Liévin, disait

avec raison Delacroix, sont le comble de la maestria de Rubens. »

C’est avec un art accompli qu’il a su relier entre elles les deux phases de la scène qu’il se proposait de rendre : d’une part, les bou rreaux acharnés au supplice du saint; de l’autre, la récompense déjà assurée à sa foi. Bien qu’il insiste sur l’atrocité de cet horrible drame et qu’il en mette complaisamment sous nos yeux les détails les plus répugnants, — un des exécuteurs à face patibulaire tient entre ses dents un couteau ensanglanté ; un autre, qui a saisi par sa barbe la victime, s’apprête à la

marquer d’un fer brûlant; un troisième vient d’arracher sa langue avec des tenailles et la jette saignante à des chiens dont un enfant excite la fureur, — c’est cependant une impression de sérénité qui domine. Déjà, en effet, d’autres soudards épouvantés à la vue des deux entr’ouverts, cherchent à se dérober au châtiment qui les attend et le vieillard agenouillé, livide, avec son beau visage tout meurtri mais illuminé par l’amour, semble goûter les félicités réservées à son héroïsme. Comme pour célébrer son triomphe, le maître a réuni autour du martvr un

Page 1