LE MARTYRE DE SAINT LIÉVIN
dans cette ville que Rubens peignit, vers i635, un Martyre de Saint Liépin de dimensions encore plus grandes que le Saint François et destiné à célébrer le glorieux martvre d’un de leurs patrons. « Le Calvaire et le Saint Liévin, disait
avec raison Delacroix, sont le comble de la maestria de Rubens. »
C’est avec un art accompli qu’il a su relier entre elles les deux phases de la scène qu’il se proposait de rendre : d’une part, les bou rreaux acharnés au supplice du saint; de l’autre, la récompense déjà assurée à sa foi. Bien qu’il insiste sur l’atrocité de cet horrible drame et qu’il en mette complaisamment sous nos yeux les détails les plus répugnants, — un des exécuteurs à face patibulaire tient entre ses dents un couteau ensanglanté ; un autre, qui a saisi par sa barbe la victime, s’apprête à la
marquer d’un fer brûlant; un troisième vient d’arracher sa langue avec des tenailles et la jette saignante à des chiens dont un enfant excite la fureur, — c’est cependant une impression de sérénité qui domine. Déjà, en effet, d’autres soudards épouvantés à la vue des deux entr’ouverts, cherchent à se dérober au châtiment qui les attend et le vieillard agenouillé, livide, avec son beau visage tout meurtri mais illuminé par l’amour, semble goûter les félicités réservées à son héroïsme. Comme pour célébrer son triomphe, le maître a réuni autour du martvr un