THOMYRIS ET CYRUS
savante de l’équilibre ces fraîches tonalités sont çà et là soutenues par quelques bruns savoureux ou par ces beaux noirs pleins dont l’artiste avait maintes fois déjà éprouvé l’efficacité. Un paysage aimable dont les horizons rappellent ceux de l’Offrande à Vénus, nous montre les riantes perspectives d’architectures grises et roses, et dans le ciel d’un bleu doux rayé de nuages blancs, des anges portant des couronnes ou semant à pleines mains des fleurs, complètent cet ensemble chatoyant et diapré.
Si admissibles que soient de tels contrastes, l’esprit, il faut le reconnaître, goûte des satisfactions plus complètes à constater un accord plus intime entre le caractère de chaque sujet et les moyens mis en œuvre pour l’exprimer. Rubens l’a prouvé lui-même dans de nombreux ouvrages, mais jamais d’une façon plus éclatante que dans le beau tableau de l’Abondance (i) qu’il a également peint à cette époque. La donnée en est des plus simples : trois jeunes femmes réunies près d’un pommier sont occupées à en recueillir les fruits, tandis qu’un amour perché sur l’arbre, incline vers l’une d’elles une branche chargée de pommes mûres. Tout autour, rangés dans des corbeilles ou semés par terre, des melons, des abricots, des figues et des raisins ont été peints par Snyders avec sa perfection habituelle. La grâce élégante de la composition, le choix heureux des tonalités, la transparence et la légèreté des ombres, sont ici en parfait accord avec la signification même du sujet. Rarement, en tout cas, Rubens a atteint une harmonie plus suave et plus pleine que celle qu’il a su établir entre le ton violet du vêtement de la jeune dame vue de dos et les tons bleus et rouges des robes de ses compagnes.
Mêmes qualités avec plus de ressort et un effet plus saisissant dans Thoniyris et Cyrus du Louvre, épisode que le maître avait déjà traité vers 1620, avec plus de développement, dans une grande toile (2 m. o5 sur 3 m.!62j qui fait partie de la collection de lord Darnley à Cobham- House (2). Disposée en hauteur dans l’exemplaire du Louvre (2 m.63 sur I m. 99), la composition a beaucoup gagné à être ainsi plus condensée. On peut aussi mesurer les progrès réalisés par l’artiste durant l’intervalle de douze à quinze ans qui sépare ces deux ouvrages. Avec des contrastes
(1) Il provient de Blenheira où il fut acheté de gré à gré, avant la vente publique, pour Soo 000 francs par M. le baron Edmond de Rothschild.
(2) Lord Darnley possède également l’esquisse de son tableau.