‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 447 sur 553 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

coloris répondent aux exigences décoratives du programme que s’était tracé l’artiste, il faut avouer qu’en revanche les types et les attitudes de ces jeunes filles — et parmi elles on rencontre la figure d’Hélène — ■ manquent ici tout à fait de distinction et de style. La plupart, dans des poses vulgaires, étalent des corpulences qui annoncent la maturité et au premier plan, les deux plus en vue, celles que leurs ravisseurs essaient, à grand effort et sans beaucoup de succès, de hisser sur un cheval, ainsi que celle, plus massive encore, dont un courageux Romain ne peut étreindre la large taille, ne sauraient beaucoup nous émouvoir par les bruvantes manifestations d’une pudeur un peu suspecte ou d’un désespoir assez gauchement simulé.

Quoi qu’il en soit, la souplesse du talent de Rubens lui permet, nous le vovons, d’aborder tour à tour les sujets les plus différents, de passer d’une scène de galanterie à une composition historique, sacrée ou profane, sinon avec un succès pareil, du moins avec un égal entrain. Le Musée de Madrid nous offre même de lui un véritable tableau de genre, VActe religieux de Rodolphe de Habsbourg, qui dès i636 figure dans un inventaire des collections de Philippe IV et qui fut, sans doute, peint pour le roi peu de temps auparavant. Le fondateur de la maison d’Autriche y est représenté conduisant lui-même par la bride son cheval que, par déférence, il vient de céder à un prêtre porteur du viatique, rencontré sur son chemin, dans une chasse. Derrière lui, son écuyer guide également le sacristain qui accompagne le prêtre; mais tandis que ce dernier tenant le ciboire, chevauche plein de dignité sur sa monture, son acolvte, peu au courant des pratiques de l’équitation, a quelque peine à conserver son équilibre. Ce trait plaisant, indiqué avec une spirituelle malice, sans trop appuyer, est chose assez rare dans l’œuvre du maître ; sans nuire en rien à la gravité de la scène, il ne fait que mieux ressortir la contenance respectueuse du prince. L’aspect, d’ailleurs, est charmant et les tons olivâtres d’un paysage peint probablement par Wildens, soutiennent les gris très variés répandus dans le tableau : gris blanchâtre du costume de Rodolphe, gris bleuâtre des chausses du sacristain, gris de fer de son cheval et gris fauve des chiens. Ces intonations discrètes laissent tout leur prix aux seules notes un peu franches : le jaune du pourpoint de l’écuyer et ses manches rouges â crevés, tandis que bien au centre, le blanc pur du surplis du prêtre et le noir de sa robe, en donnant la mesure

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