‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 448 sur 553 · PORTRAITS PEINTS A CETTE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PORTRAITS PEINTS A CETTE ÉPOQUE

du clair et du foncé extrêmes, font mieux paraître encore la modération de la tonalité générale.

Les portraits que Rubens avait à peindre, devenus, avec le temps, de moins en moins nombreux — sauf, bien entendu, ceux de sa chère Hélène — fournissaient parfois au maître l’occasion de se renouveler par une étude directe de la nature. Comme en se jouant, il excelle à en dégager les traits les plus caractéristiques et, à voir ceux qu’il a faits à cette époque, on doit regretter qu’il n’en ait pas peint davantage. Bien qu’exécutée d’une façon assez expéditive et dans des proportions un peu plus grandes que nature, la Tête d’un vieil Évêque, signée et datée de lôSq, que possède la Galerie de Dresde, est d’un modelé très consciencieux. Autant dans les cheveux et la barbe la touche est fondue, onctueuse, autant les accents de vermillon pur des paupières et les rehauts indiquant les luisants des chairs au front et sur les narines sont posés avec décision et donnent à peu de frais l’illusion de la vie. C’est la même décision, mais avec plus de charme et de fini que nous montrent deux portraits qui appartiennent à la Pinacothèque et qui peuvent compter parmi les chefs-d’œuvre de Rubens. Le premier en date, à en juger du moins par le caractère de l’exécution, passe depuis longtemps déjà pour représenter le docteur van Thulden, professeur de droit à la Faculté de Louvain et frère de l’élève de Rubens, bien que le type, ainsi que le fait observer avec raison M. Max Rooses, diffère complètement de celui que nous offre l’image avérée de ce personnage qui figure dans Vlconographie de van Dyck. Une vague ressemblance avec Martin Luther avait peut-être fait adopter cette dernière dénomination portée au catalogue d’une vente réalisée au siècle dernier et dans laquelle on croit que cette peinture était comprise. Mais l’expression saisissante de la vie individuelle proteste contre une pareille hypothèse et prouve de toute évidence que nous sommes ici en face d’un portrait entièrement peint d’après nature. Le regard assuré, la physionomie intelligente et ouverte attestent la rectitude morale du modèle et la franchise de la facture répond merveilleusement à cette impression de droiture et de force que l’artiste avait à rendre. La simplicité de la pose, celle du fond indiqué par un léger frottis de brun couvrant à peine le panneau, la beauté et le contraste heureux des noirs du drap du vêtement et de la soie de son large revers ajoutent encore à l’effet de cette magistrale et lumineuse peinture.

5üo CHAIMTRE XIX

Si nous ne sunimes pas mieux lixés au sujet de la personnalité de l’autre portrait de la Pinacothèque désigné sous ce titre ^ague: Un vieux savant, l’inscription portée sur le panneau nous renseigne, du moins, fort exactement sur son âge et sur la date de l’exécution. Bien qu’il n’y

paraisse guère à la verdeur de son aspect, à la fraîcheur vermeille de son teint et à sa robuste carrure, ilavaitsoixantequinze ans réAolus quand en i635, Rubens a peint avec un si spirituel entrain sa loyale effigie.

Oh! le brave homme, tout rayonnant de belfe humeur et de santé ! Sa bouche malicieuse, son fin regard, sa chevelure encore épaisse hérissée sur sa tête, sa moustache et sa barbiche en broussailles, ses mains potelées et son visage rubicond accusent un bon et vigoureux compagnon. S’il est familier a\ec Cicéron dont les œuvres complètes sont rangées derrière lui sur une tablette, à côté de quelques autres bouquins de l’aspect le plus vénérable, sovez sûr qu’il a également à portée quelque bouteille de vin clairet qu’il ne se fait pas trop faute de déguster à l’occasion. Rubens se plaisait, sans doute, en la compagnie d’un pareil sa\ ant, car son érudition ne devait être ni rébarbative, ni pédante. Sans efi'ort, sans trace d’hésitation le maître a fait revivre pour nous son image avec toute la vivacité de son regard, l’humidité de ses lèvres, la moiteur de sa chair, avec cet accord de tous les traits physionomiques qui est l’art suprême du portraitiste. Chaque touche ici est donnée dans le sens de la forme et concourt à l’expression de la vie. Rien de trop; tout ce qui devait

CORRESPONDANCE AVEC PEiRESC.

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être dit l’a été dans une mesure parfaite et il ne fallait pas moins que le génie d’un tel peintre pour produire ainsi, en quelques heures d’entrain et à si peu de frais, un pareil chef-d’œuvre.

Remplie par un travail incessant, heureuse des affections qui l’entou-

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