‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 454 sur 553 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Pardonnez-moi cette importunité. » L’affaire, en effet, tenait à cœur à Rubens et plus d’une fois déjà en pareille occasion, il avait fait toutes les diligences pour obtenir justice de ses contrefacteurs. Mais, afin de masquer un peu la vivacité de son désir et de ne pas laisser Peiresc sur cette impression, l’artiste place à la suite quelques compliments de politesse ; il lui envoie les souvenirs affectueux du bourgmestre RocEox; puis, revenant à l’archéologie, il parle à son ami d’un certain vase en agate qu’il a bel et bien payé 2 000 écus d’or, et il raconte les péripéties à la suite desquelles il en est devenu possesseur. Enfin, après avoir demandé instamment des nouvelles du sieur de Valavès, le frère de Peiresc, il prend une fois de plus congé de ce dernier : « Iterum paie. » Il n’a pourtant pas encore terminé et le bas de la septième page est rempli par un dernier post-scriptum : « Sur l’adresse de vos lettres ayez désormais la bonté de mettre, au lieu de Gentilhomme ordinaire de la Maison, etc., le titre de Secrétaire de S. M. Catholique en son Conseil secret ou privé. Ce que je vous en dis n’est point" par vanité, mais pour assurer plus exactement la remise de vos lettres, au cas où vous auriez l’intention de ne point me les faire parvenir par l’entremise de mon parent, le sieur Picquerv. » Peiresc devait être satisfait de cette dignité accordée à son ami, car déjà sept ans auparavant, il écrivait (le 18 juillet 1627) à Dupuy : « Je féliciterai M. Rubens à la première occasion, de sa nouvelle qualité que je lui avais autrefois donnée par mes lettres (celle de Gentilhomme ordinaire de la Maison de rinfante ) et je l’avais quasi rabroué de ce qu’il ne se la faisait pas donner, quand ce n’eût été que pour la bienséance des suscriptions de ses lettres. »

On le voit, par les longs extraits de cette lettre où tant de sujets intéressants sont abordés tour à tour, Rubens n’avait rien perdu de l’activité ni de la curiosité de son esprit. Peiresc, de son côté, satisfait de la reprise d’une correspondance à laquelle il tenait fort, ne manque pas de prier très chaleureusement et à plusieurs reprises, son ami Dupuy d’agir aussitôt auprès des juges auxquels est confiée cette affaire de contrefaçon qui préoccupait tant Rubens.

Ainsi pressé, Dupuy était intervenu auprès des magistrats en faveur de Rubens qui obtint gain de cause. Remerciant son ami de l’efficacité de son intervention, Peiresc l’assurait qu’il avait d’ailleurs, « en cela.

CORRESPONDANCE AVEC PEIRESC

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grandement obligé le public, car si le succès en eût été autre, c’eût été pour dégoûter (l’artiste) et frustrer le public de tant d’autres nobles conceptions qu’il a dans son esprit et qui pourront éclore avec plus de quiétude.... J’avais conçu comme espérance, poursuit-il, que le commerce si longtemps interrompu avec vous comme avec moi se pourrait renouer puisqu’il ("Rubens) s’était déchargé des affaires qui en faisaient l’exclusion. Mais si les choses passent plus oultre à la rupture, il faudra faire d’autres trêves, ce que je regretterai bien >;■. (Lettre du 26 février i635.) Et quelques jours après (20 mars i635), revenant avec la même délicatesse affectueuse sur ce sujet, Peiresc déplore que «cette déclaration de rupture puisse interrompre tout à fait le peu qui restait de commerce (avec Rubens'),... ce que je regretterais bien fort pour son regard, car il commençait à se remettre en train à m’écrire de belles curiosités, ayant fait luimême de très belles observations des merveilles de la nature et de l’art; sur quoy je lui avais donné barres concernant l’anatomie des yeux et mes propres observations sur ce sujet qui l’avaient chatouillé bien avant et lui avaient fait commencer des discours de couleurs que j’eusse bien désiré lui pouvoir faire achever avant cette rupture». Il eût été fort intéressant, en effet, de connaître sur un pareil sujet les idées de Rubens qui, avec la netteté de son bon sens et la finesse de son esprit d’observation, n’auraient pas manqué d’être très instructives.

Grâce au zèle dévoué de Peiresc et au concours qu’il avait trouvé chez ses amis parisiens, « le bon M. Rubens » avait obtenu du Parlement de Paris, dans le procès intenté à ses contrefacteurs, un second arrêt à son profit. C’est sans doute pour reconnaître la bonté qui lui avait été témoignée en cette occasion que l’artiste adressait en Provence à Peiresc « une cassette où était l’empreinte d’un grand vase d’agathe antique, enrichi de pampres de vigne et de têtes de satyres, ensemble le modèle de sa contenance » et une foule d’autres objets antiques se rapportant pour la plupart à cette questions des poids et mesures employés par les anciens, que Peiresc étudiait alors. Comme ce dernier trouvait dans l’envoi qui lui était fait une confirmation positive de ses idées, « vous pouvez penser, écrit-il à Dupuy (i5 avril i635), si cela ne m’a pas donné dans la visière.... Tout ce qu’il y eut de mauvais à la réception de cela et de tout plein d’autres curiosités dignes de la grandeur et du génie de M. Rubens, ce fut que mon pauvre esprit était lors accablé d’ailleurs et quasi perclus

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