‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 465 sur 553 · ACHAT DE LA SEIGNEURIE DE STEEN · texte numérisé non relu

ACHAT DE LA SEIGNEURIE DE STEEN

d’Ellewyt, entre Malines et Vilvorde. C’était un domaine considérable, comprenant une ferme louée 2 400 florins, d’autres terres, des bois et des étangs. Les bâtiments d’exploitation, le logement du fermier et l’habitation, un ancien château fort, étaient entourés d’eau de tous côtés et l’on y accédait au moyen d’un pont défendu, au milieu, par une haute tour carrée et à l’extrémité par un pont-levis avec sa herse. Il semble que le maître ait voulu évoquer les souvenirs de cet ancien état de Steen dans la charmante esquisse du Tournoi que possède le Louvre et dont Delacroix s’est plus d’une fois inspiré. Avec ce sens de reconstitution du passé qu’il avait à un si haut degré, Rubens y a représenté, au milieu d’un paysage embrasé par les derniers rayons du soleil couchant, six cavaliers en armure, rompant des lances près du château que domine la haute silhouette de la tour. Mais s’il était capable de recom.poser avec cette poétique fidélité le spectacle de ces joutes violentes, l’artiste ne tenait aucunement à vivre entouré de ces restes d’un autre âge que lui offrait sa nouvelle demeure. Cette tour, ces remparts, ces meurtrières et ces mâchicoulis n’étaient pas le décor qu’il rêvait pour sa propre existence. Ami de la paix, il n’aurait pu souffrir autour de lui ces souvenirs d’un temps voué aux guerres incessantes et à toutes les violences qu’elles entraînaient. Dès les premiers moments de son installation, il s’était hâté de prescrire les travaux qui devaient rendre l’antique forteresse plus habitable pour les siens, mieux appropriée à ses goûts et à son travail. La tour, le pont-levis, les mâchicoulis avaient donc bientôt disparu et le peintre s’était fait disposer un atelier à sa convenance. En même temps que les archives du château nous apprennent qu’il avait consacré à ces divers travaux une somme de 7 000 florins, nous trouvons dans son testament le nom de l’entrepreneur auquel ils avaient été confiés. Jean Colaes, le maître maçon de Steen, aimait, paraît-il, la peinture, et Rubens avait été satisfait des rapports qu’il avait eus avec lui, car, d’après les comptes de tutelle, nous voyons qu’il lui laissait après sa mort deux copies, l’une d’un Christ triomphant, l’autre d’une Vénus avec Jupiter en Satyre, qu’il lui avait promises lors des remaniements opérés d’après ses ordres.

On aimerait à retrouver dans les bâtiments actuels du château quelque trace de leur état au temps de leur ancien possesseur. Mais leur aspect a été complètement modifié, il y a quelques années, par le baron

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