LE DUC VINCENT DE GONZAGUE
sonné dans une maison de fous. Presque en même temps qu’il attachait Rubens à son service, il engageait, en i6oi, comme maître de chapelle, Claudio Monteverde, le célèbre musicien. Jaloux de faire ses preuves de talent militaire, par trois fois il avait pris part à des expéditions en Hongrie contre les Turcs et si le succès n’avait pas répondu à ses entreprises, du moins il s’y était bravement comporté. Enfin, en 1604, il tâchait d’attirer à sa cour Galilée et de le retenir auprès de lui. Mais, sans même parler de sa conduite déréglée et des sommes considérables qu’il dépensait au jeu ou pour ses maîtresses, le train de sa maison et de ses équipages, ses fêtes somptueuses, le faste de ses cadeaux, l’entretien de sa troupe de comédiens, sa manie de constructions, ses voyages fréquents et ruineux, ses achats incessants d’objets d’art et de curiosités de toute sorte étaient hors de proportion avec les ressources d’un état comme le sien et devaient à bref délai épuiser son trésor. Annibale Chieppio, son secrétaire, homme d’une droiture et d’un dévouement éprouvés, essayait en vain de remettre un peu d’ordre dans ses affaires; mais les timides remontrances qu’il hasardait à l’occasion, demeuraient toujours sans effet. Aussi tous les paiements étaient-ils en souffrance et les appointements des serviteurs fort arriérés. Rubens allait commencer à connaître, avec cet incorrigible dissipateur, le désordre et la gêne qu’il rencontra plus d’une fois par la suite chez les souverains besogneux avec lesquels il devait être en rapport.