‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 472 sur 553 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

scène assez leste, très spirituellement indiquée sur un panneau oblong à peine couvert de quelques pâles colorations. On dirait un de ces Jardins d' Amour que Rubens peignait vers cette époque. Dans une prairie en vue du château, des cavaliers de galante humeur poursuivent ou lutinent à l’envi des jeunes dames élégamment vêtues.' Un peu à l’écart, un couple plus réservé observe leurs ébats, et d’accord avec M. Max Rooses, il nous semble que dans ces deux personnages il convient de reconnaître Hélène en riche costume, un éventail à la main, toujours jeune et pimpante, à côté de son époux qui, travaillé de la goutte, n’a pu se traîner jusque-là qu’à l’aide de la canne sur laquelle il est appuyé. Mais peutêtre ne faut-il voir qu’une composition imaginée de toutes pièces dans cet ouvrage qui, s’il était emprunté à la réalité, nous donnerait une idée assez étrange des hôtes de Steen et des passe-temps auxquels ils se seraient livrés sous les yeux mêmes des châtelains.

Ce n’est pas non plus de la réalité seule que s’est inspiré Rubens dans la Danse de Villageois désignée au catalogue du Musée de Madrid sous* le titre de La Ronda. Les costumes de fantaisie aussi bien que les types des personnages et le décor semi-italien qui leur sert de cadre suffiraient à le prouver. En tout cas, s’il a tiré de sa mémoire ou de ses carnets quelques-uns des éléments de cet épisode, l’artiste les a librement mis en œuvre et complétés en n’obéissant qu’à son caprice. La donnée est des plus pittoresques, et ces huit couples de danseurs — qui pour tout orchestre se contentent du pipeau grossier dans lequel souffle un musicien perché entre les branches d’un arbre — décrivent dans leur ronde fougueuse une courbe d’un jet très heureux. Sous les arceaux formés par les mouchoirs que deux de ces couples tiennent suspendus au-dessus de leurs têtes, les autres défilent en s’inclinant. Entraînés par la violence du tourbillon, deux d’entre eux s’efforcent de se ressaisir pendant que leurs compagnons s’étreignent ou cherchent à s’embrasser. L’arabesque à la fois flottante et rythmée que forment tous ces groupes est dans son ensemble pleine de grâce et de joyeux élan. Malgré tout, la vue de l’original ne répond pas à l’idée qu’on pourrait s’en faire d’après les photographies. Les bleus verdâtres des arbres et des fonds rehaussent, il est vrai, la fraîcheur et l’éclat des carnations, et çà et là bien des détails sont tout à fait charmants. Mais deux des bleus assez crus et un rouge un peu opaque dans les vêtements détonnent d’une manière désagréable sur

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