‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 478 sur 553 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

en jour, la situation de l’Espagne était devenue plus difficile. Le roi de France s’était déclaré ouvertement pour les Provinces-Unies et un corps de troupes françaises portant secours aux Hollandais avait récemment infligé au prince Thomas de Carignan une défaite éclatante. Dans ces conditions, la correspondance que Rubens venait de renouer avec Peiresc courait de nouveau grand risque d’être interrompue. L’artiste le déplorait amèrement dans une lettre qu’il adressait d’Anvers à son ami le 3i mai i635. « La rupture entre les deux couronnes, lui disait-il, est à l’état aigu, ce qui me cause un grand ennui, étant par ma nature et par ma volonté tout à fait pacifique et ennemi résolu des rixes, des contestations et de toutes les querelles privées ou publiques. » Cette horreur pour la guerre était à ce moment accrue chez Rubens par les ennuis que lui causait la défense du privilège obtenu pour la vente de ses gravures en France. L’arrêt rendu parle Parlement lui donnait, il est vrai, gain de cause, et il avait prié Peiresc d’indemniser de tous les déboursés qu’ils avaient pu faire ceux qui s’étaient entremis pour lui en cette occasion. Mais ses adversaires ne se tenaient pas pour battus. Enhardis sans doute par la rupture entre la France et l’Espagne, ils avaient soulevé des difficultés auxquelles Rubens disait ne rien comprendre, « car il n’entendait rien à la chicane, et la question était si simple qu’il avait cru que l’arrêt de la Cour du Parlement tranchait ce procès sans appel possible... Il ignorait d’ailleurs si en temps de guerre le privilège de S. M. était valide et si toutes les peines prises pour obtenir et maintenir la décision du Parlement ne deviendraient pas infructueuses. Il n’en est certainement pas ainsi avec les Provinces-Unies où, même en cas de guerre, les privilèges restent inviolables ». Mais ce que Rubens redoutait par-dessus tout c’est que ce commerce de lettres, qui était pour lui un si agréable dédommagement de tous ses ennuis, ne vînt de nouveau à cesser pendant quelques années, « non pas de mon fait, ajoute-t-il, mais parce que S. est trop en vue et dans une charge trop importante pour continuer cette correspondance sans encourir quelque soupçon ; je me conformerai d’ailleurs, quoi qu’il m’en puisse coûter, à tout ce qui sera nécessaire à la tranquillité et à la sûreté de V. S. ». Le 16 août, nouvelle lettre de Rubens à Peiresc. « Je n’aurais pas osé, lui dit-il, écrire à V. S. en un moment aussi troublé, si l’échange des lettres n’avait pas été rétabli entre les deux couronnes, de sorte que l’ordinaire de Paris arrive comme d’ha-

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