CHAPITRE XXI
beauté par les mains du berger Pâris. Excepté les jambes qui, avec leurs genoux engorgés, demeurent toujours assez vulgaires, la fournure d’Hélène, devenue plus svelte, a plus de distinction. Les deux autres déesses, au surplus, nous offrent, sauf quelques légères différences, à peu près les mêmes types de visage, la même souplesse d’attitudes, la même fraîcheur de carnations. Nous chercherions vainement, au contraire, une ressemblance positive avec Hélène dans un Jugement de Pâris de la National Gallery, peint vers cette époque dans des dimensions moindres et avec d’assez notables modifications. La petite copie ancienne et très habile qu’en possède la Galerie de Dresde, nous rappelle par le fini de la touche l’exemplaire du Jardin d’ Amour qui appartient à M. le baron Edmond de Rothschild, et nous paraît de la même main. Il ne nous semble pas non plus qu’Hélène ait servi de modèle pour aucune des figures de femmes que contient le tableau de la Grossesse de Calisio du Musée de Madrid. Il date cependant de cette époque, et, suivant toute vraisemblance, il a dû servir de pendant au Jugement de Pâris, car sa dimension en hauteur est pareille, et si sa largeur diffère sensiblement, c’est qu’avec le peu d’égards qu’on montrait autrefois pour les œuvres d’art, on a retranché sur la partie gauche de la toile un fragment assez important, ainsi que le prouve d’ailleurs le chien qui se dresse près de Diane et dont on n’aperçoit plus que le bout du museau et l’extrémité de l’une des pattes. A part la nymphe accroupie et vue de dos qui étale au premier plan sa monstrueuse rotondité, les autres figures sont charmantes, notamment la coupable que ses compagnes amènent toute confuse auprès de Diane, et cette déesse elle-même qui, avec un geste de surprise et d’autorité, leur ordonne de dépouiller Calisto de ses vêtements. La tonalité vigoureuse des bois qui encadrent la scène, les bleus neutres du ciel et quelques colorations plus vives semées çà et là rehaussent encore l’éclat des carnations de ces nymphes dont Rubens s’est de son mieux appliqué à varier ici les types.
C’est bien Hélène seule, en revanche, qui nous paraît avoir trois fois servi de modèle dans une superbe étude peinte entièrement de la main du maître et qui, sous la désignation des Trois Grâces qu’elle porte au Musée du Prado, représente trois jeunes femmes absolument nues, aux formes rebondies, pareilles dans leur structure, assez semblables aussi par les traits de leurs visages et différenciées seulement par la couleur de
TABLEAUX PEINTS POUR PHILIPPE IV
leurs chevelures : blond pâle, châtain foncé et brun roussâtre. Debout, juxtaposées, vues l’une de dos, celle du milieu, les deux autres de profil, leurs corps se détachent très franchement sur le ciel et sur un fond de