‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 49 sur 553 · LE PALAIS DE MANTOUE · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE MANTOUE

six mois et ii n’aurait pu rêver un milieu plus intéressant, ni plus favorable à son instruction. La situation de cette petite résidence et la contrée plate et marécageuse qui Favoisine n’ont cependant rien de pittoresque. On y chercherait également en vain parmi les édifices publics la variété où le style que Fon rencontre dans bien des centres moins importants de la région. Partout, sur les grandes places vides ou dans les rues tortueuses et obscures, l’aspect est triste et monotone. Quant au Palais lui-même, aujourd’hui délabré et désert, montrant partout les traces du pillage auquel ii fut livré en i63o et des détériorations que depuis lors il n’a pas cessé de subir, il offrait encore au début du xvn® siècle un ensemble imposant de bâtiments de toutes sortes, et les collections dont il était rempli passaient pour les plus remarquables de l’Italie. Les souverains qui l’avaient habité et enrichi y ajoutaient successivement quelques constructions nouvelles, sans trop se préoccuper de les raccorder avec celles qui existaient déjà. C’est ainsi qu’autour du château primitif — ■ citadelle massive, d’air assez rébarbatif avec ses murs de briques noirâtres, flanqués de quatre tours carrées et garnis de mâchicoulis — - s’étaient élevés peu à peu des édifices de différentes époques, reliés entre eux par des portiques. L’enceinte comprenait de vastes cours, des jardins de niveaux différents, un manège, des emplacements pour courir des tournois et jusqu’à des fossés dans lesquels, au moyen de prises d’eau, on pouvait organiser des joutes nautiques.

En dépit de l’abandon dans lequel on i’a laissé et des injures qu’il a subies, le Palais de Mantoue a conservé des traces de son ancienne splendeur et donne encore aujourd’hui la plus haute idée des artistes qui, tour à tour, y ont exercé leur talent et des princes qui les ont employés. Les décorations de la plupart des salles ont un cachet tout particulier de sobriété et d’élégance, notamment les petits appartements dont la vue s’étendait sur ie lac et sur les montagnes lointaines, et qu’îsabeile d’Este avait fait aménager pour elle. Par le sentiment très juste des proportions, par le choix heureux des motifs et leur intelligente appropriation, les moindres détails de cette délicieuse retraite rappellent ie goût délicat de la princesse à laquelle elle était destinée. Dans les plafonds aux rinceaux souples et nerveux, dans les arabesques ingénieuses qui s’enlacent autour de ses initiales ou de sa devise mélancolique : Nec spe, nec metu, dans ces fins médaillons où le sculpteur Cristoforo Romano a ciselé

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