DERNIER SÉJOUR A STEEN
Volontairement confiné dans le cercle de ses affections les plus intimes, l’artiste se plaisait à multiplier ces pieuses images, et c’est aussi à ce moment qu’il peignit le Repos de la Sainte Famille, du Prado, un de ses derniers ouvrages, car il figure au catalogue de la vente faite après sa mort, où il fut acheté 880 florins pour le compte du roi d’Espagne. Les proportions moyennes de cette toile (hauteur o m. 87, largeur I m. 35), le fait qu’elle est entièrement de la main du maître et la place importante qu’y occupe le paysage, nous paraissent justifier l’hypothèse qu’elle a été également peinte à Steen.
C’est une des œuvres les plus charmantes de Rubens, dans laquelle plusieurs des figures — la Vierge sous les traits d’Hélène et les deux jeunes femmes qui s’approchent d’elle avec respect — • sont empruntées au Jardin d’ Amour. Un Saint Georges debout, le pied sur la tête du dragon terrassé, deux petits anges folâtrant au-dessus de la Madone dans un rosier fleuri, deux autres jouant avec un agneau, à côté d’un troisième qui leur fait signe de ne pas troubler le sommeil de l’enfant Jésus, et un peu à l’écart Saint Joseph dormant appuyé contre un arbre, complètent cette composition dont Jegher, avec toute l’ampleur de son talent, a gravé la partie centrale. Où que le regard se porte, ce ne sont que formes gracieuses et vives couleurs. Comme s’il voulait associer toutes les gaietés de la nature à cette poétique expression des joies de la famille, le maître a semé partout les détails les plus aimables : des eaux qui s’épanchent en cascatelles, un bouvreuil et un chardonneret jasant parmi les buissons en fleurs, des arbres au feuillage léger et varié,