‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 492 sur 553 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

et au-dessus de l’horizon bleuâtre, le soleil prêt à disparaître, qui colore de ses chauds reflets cette suave et souriante idvlle.

Ces pures impressions que son séjour à la campagne procurait à Rubens, il n’avait plus longtemps à les goûter, et lorsque, pendant l’automne de 1689, la mauvaise saison vint le chasser de Steen, il ne devait plus y revenir. Dès son retour à Anvers, il se voyait assailli par tous les soins qui l’y attendaient et auxquels, avec sa vie très en vue, il ne pouvait se dérober. Toujours disposé à rendre service, il s’intéressait aux travaux de ses confrères, leur donnait des conseils, leur procurait des commandes, s’occupait de leurs familles et des orphelins qu’ils laissaient. C’est ainsi que, le 22 juillet 1687, il avait pu marier sa pupille Anne Brueghel avec un artiste de grand talent, son ami, le jeune David Teniers, qui commençait à jouir de la faveur du roi d’Espagne.

Les courts moments de répit que la goutte laissait à Rubens étaient consacrés à l’exécution des peintures dont Philippe IV continuait à presser l’envoi ; mais les lettres de l’archiduc Ferdinand à son frère nous apprennent que ces moments devenaient de plus en plus rares. Le 10 Janvier 1640, répondant de Bruxelles au roi, il lui annonce «qu’une nouvelle atteinte de goutte a empêché Rubens de travailler et qu’un passeport a été demandé en France pour les plus grands tableaux, car les courriers ne pourraient les emporter. Le premier qui partira se chargera de ceux qui sont terminés et secs ». Cependant, l’état du maître s’aggravait toujours, et le 5 avril suivant, l’archiduc devait encore expliquer à son frère la cause du retard qu’avait subi cet envoi : « Au sujet des peintures dont me parle V. M., il nous est arrivé un grand ennui, Rubens étant perclus des deux mains depuis plus d’un mois, avec peu d’espoir de reprendre les pinceaux. Il essaie de se soigner, et il est possible qu’avec la chaleur son état s’améliore ; sinon ce sera grande pitié que les trois grandes peintures restent inachevées. J’assure V. M. que je ferai de mon côté tout le possible; quant aux dix petites, elles sont presque terminées. » Ferdinand, on le voit, semble plus préoccupé de calmer l’impatience de son frère qu’inquiet de la santé de Rubens, et le pire pour lui serait que les tableaux ne fussent pas finis. Pendant ce temps, le pauvre maître se débat contre des douleurs de plus en plus vives. Elles ne triomphent pourtant pas de son courage. Quand le travail lui est interdit, il cherche de son mieux à remplir ces longues et cruelles journées de souffrance.

IMP.ORAEGER. PARIS

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