LETTRE A DU QUESNOY
S’il ne peut plus écrire lui-même, il dicte les réponses aux lettres qu’il reçoit. Un amateur anglais nommé Norgate, de passage à Anvers, ayant remarqué dans son atelier une vue de l’Escurial prise de la montagne, avec les étangs et la route de Madrid se perdant à l’horizon, avait parlé à Charles U'" de ce paysage qu’il croyait de Rubens, et le roi, désireux de l’acquérir, avait chargé Gerbier de s’occuper de cette affaire. Rubens s’empresse de détromper le roi, « le tableau n’est pas de sa main, mais fait entièrement par un peintre des plus communs qui s’appelle Verhult ( i), de cette ville, d’après un mien dessin, exécuté sur le lieu même». Charles R'' persistant dans son désir d’avoir ce paysage, Rubens apprend à Gerbier qu’il l’a fait terminer par Verhult, « selon la capacité de l’artiste, mais avec ses conseils », et qu’on vient de l’expédier en Angleterre. Le maître « souhaite que l’extravagance du sujet puisse donner quelque récréation à S. M. », et c’est pour lui l’occasion de rappeler avec une foule de détails précis l’excursion qu’il a faite à l’Escurial, en compagnie de Velâzquez (2).
Une autre fois, ses souvenirs sont ramenés vers l’Italie par l’envoi que lui a fait le sculpteur flamand, François Du Quesnoy, qui lui adresse de Rome en présent plusieurs maquettes et les moulages de deux figures d’enfants que celui-ci a exécutées pour le tombeau du sieur van Huffel dans l’église de V Anima. Très touché de cette attention délicate du Fiammingo, Rubens le remercie avec effusion. Il s’excuse « de ne pas savoir mieux louer toute la beauté de ses sculptures, car il semble que ce soit là un ouvrage de la nature plutôt que de l’art, comme si la vie ellemême avait attendri le marbre. Les éloges qu’a mérités sa statue de Saint André, récemment découverte, sont arrivés jusqu’à moi, dit-il, et je me réjouis pour moi-même, et d’une manière générale avec tous nos compatriotes, de la gloire qui en a rejailli sur notre pays. Si je n’étais pas retenu par l’âge et par la goutte qui me rendent absolument inutile, j’irais auprès de vous jouir de la vue et admirer la perfection d’une œuvre si remarquable. J’espère, du moins, imir V. S. parmi nous et la Flandre, notre très chère patrie, se parera un jour de la célébrité éclatante de vos œuvres. Je souhaiterais pourtant que ce jour arrivât avant de fermer à la lumière mes yeux avides de contempler les merveilles que vous avez faites ».
(1) Jean Wildens avait été son élève avant d’entrer dans l’atelier de Rubens.
(2) Nous avons déjà cité les principaux passages de cette lettre. V. page 407.