‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 494 sur 553 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

Le 5 avril 1640, le jour même où l’archiduc transmettait à son frère les nouvelles alarmantes qu’il avait reçues de la santé de Rubens, celui-ci, toujours empressé à rendre service, donnait à Lucas Faydherbe et signait, de sa propre main, l’attestation la plus élogieuse pour sa personne et pour son talent, certifiant que « son élève ayant demeuré chez lui pendant plus de trois ans, il avait pu, à l’aide de ses conseils et à raison des affinités qui existent entre la peinture et la sculpture, faire dans son art les plus grands progrès, grâce à ses aptitudes et à son travail; qu’il avait exécuté pour lui divers ouvrages en ivoire d’un travail achevé et digne de louanges, comme le prouvent ces ouvrages; que parmi eux, le plus remarquable est une statue de Notre-Dame, destinée à l’église du Béguinage de Malines, qu’il a faite seul et sans aucun aide, morceau d’une si grande beauté que, de l’avis du maître, il n’est pas, dans toute la contrée, de sculpteur capable de mieux faire. En conséquence, Rubens pense qu’il est du devoir de tous les seigneurs et magistrats des villes de le favoriser et de l’encourager par des distinctions, des franchises et des privilèges, afin de le décider à fixer chez eux son domicile et à embellir leurs demeures de ses ouvrages ». Venant d’un tel homme, cette attestation si flatteuse pour Faydherbe ne pouvait manquer d’être utile à sa carrière. Elle avait probablement, d’ailleurs, favorisé la conclusion d’un mariage projeté par Faydherbe, car en même temps que cet écrit était de nature à lui procurer des travaux pour l’avenir, il devait aussi rassurer les parents de la jeune fille à la main de laquelle il aspirait. En tout cas, le sculpteur avait, le L'’ mai 1640, épousé cette jeune fille, nommée Marie Smeyers, et Rubens, heureux d’avoir pu contribuer au bonheur de son élève, lui écrivait à la date du g mai suivant, la lettre que nous reproduisons ici en entier :

« Monsieur,

« J’ai appris avec grand plaisir que, le de ce mois, vous avez planté le mai dans le jardin de votre très chère amie. J’espère qu’il y prendra bien et qu’en son temps il vous donnera des fruits. Ma femme, mes deux fils et moi nous vous souhaitons de tout notre cœur, à vous et à votre chère compagne, tous les bonheurs et les satisfactions les plus durables dans l’état du mariage. Ne vous pressez pas de faire pour moi le petit enfant d’ivoire; vous avez en ce moment à vous occuper d’un

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