TESTAMENT DE RUBENS
autre travail d’enfant de plus haute importance. Dans tous les cas, votre visite nous sera toujours très agréable. Je pense que ma femme passera sous peu de jours à Maiines en se rendant à Steen et elle aura alors le plaisir de vous transmettre verbalement tous nos vœux. Entre temps, veuillez présenter mes bien cordiales salutations à monsieur votre beau-père et à madame votre belle-mère. J’espère que votre bonne conduite augmentera de jour en jour la joie qu’ils éprouvent de cette alliance. J’adresse les mêmes vœux à monsieur votre père et à madame votre mère, qui doit bien rire, à part soi, de voir que votre projet de voyage en Italie ait avorté et, au lieu de perdre son fils bien-aimé, d’avoir, au contraire, gagné une fille qui bientôt, avec l’aide de Dieu, la rendra grand’mère. Et sur ce, je demeure toujours et de tout mon cœur, votre, » etc.
Au ton de cette lettre, aux plaisanteries un peu grivoises que s’y permet Rubens, plaisanteries qui, du reste, étaient dans le goût de cette époque, on pourrait croire que c’est en pleine santé qu’il l’écrivait, tant elle respire de bonne humeur et de franche gaieté. On dirait qu’il se reprend avec quelque confiance à la vie, et c’est cependant avec cette lettre que se termine ce qui nous a été conservé de sa correspondance. Elle coïncidait du moins avec un mieux momentané dans son état, car l’archiduc qui, de Bruxelles, se tenait au courant de sa situation, informait, le 2 mai, Philippe IV de cette amélioration : « Rubens avait offert de terminer aux environs de Pâques les grandes peintures et les dix petites restantes. » Mais l’illusion ne devait pas être de longue durée. Le 20 mai, Eerdinand est obligé de constater que les peintures en sont toujours au même point. Ce n’est plus aux environs de Pâques, c’est vers la Saint- Jean qu’il espère les faire partir, « en y mettant toute la presse possible, et encore Rubens ne peut le garantir ». A ce moment, en effet, ses souffrances étant devenues de plus en plus vives, le grand homme, cette fois, sent qu’il n’a plus longtemps à vivre, et, gardant en face de la mort prochaine le courage et la simplicité avec lesquels il l’a toujours envisagée, il veut, pendant qu’il est encore en pleine possession de ses facultés, régler d’une façon définitive ses affaires. Peut-être est-ce sur la demande de sa femme qu’il tient à stipuler la situation de cette dernière, celle des deux fils nés de son premier mariage et celle des enfants qu’il a eus d’Hélène, plus nettement encore qu’il ne l’avait fait dans le testament de i63i et le codicille qu’il y ajoutait le 16 septembre i63g. Mandé au logis de l’artiste.