‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 51 sur 553 · LE PALAIS DE MANTOUE · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE MANTOUE

maturité, une de ses productions les plus accomplies. On dirait que dans cette demeure hospitalière où depuis quatorze ans déjà le grand artiste avait été recueilli, son rude et puissant génie s’est détendu et qu’attendri par la sympathie affectueuse avec laquelle il est traité, il s’abandonne à la douceur de ce milieu

aimable et de la vie facile qui lui est faite. Ses compositions sont moins austères, moins farouches. C’est avec une naïveté charmante qu’autour de cette famille patriarcale il a groupé les nombreux enfants, les serviteurs et même les bêtes favorites, et il y a comme une tendresse secrète dans ces portraits où, sans rien perdre de sa force de pénétration et de cette acuité incisive de dessin dont il a le secret, il mêle je ne sais quelle émotion de son cœur reconnaissant.

Aux souvenirs de l’antiquité — effigies d’empereurs, épisodes de la fable, temples, théâtres, aqueducs et statues — qu’il assemble autour de ses protecteurs, qui sont devenus pour lui des amis, il veut aussi associer toutes les images qui leur sont chères, les silhouettes connues de leurs châteaux, les collines verdoyantes coupées des cultures variées de leurs domaines, les guirlandes de fruits savoureux que produisent leurs jardins, toutes les gaietés, tous les parfums de la nature. Enfin, comme s’il avait conscience qu’il a mis là le meilleur de lui-même, au centre de son œuvre, il peint de beaux amours, aux ailes de papillons diaprés, qui, de leurs petites mains soutiennent une inscription dans laquelle, avec une

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