RUBENS A MANTOUE
ces chasses convenaient au tempérament du jeune artiste, et le talent que plus tard il manifesta en peignant des sujets de ce genre montre un homme initié à toutes les émotions comme à tous les secrets de cette distraction aristocratique. Peut-être même Rubens a-t-il commencé à étudier sur le vif, à Mantoue, les lions, les tigres et les bêtes exotiques : chameaux, crocodiles, hippopotames et serpents, dont il a si bien su exprimer les formes étranges ou la féroce beauté. La ménagerie des Gonzague était aussi un de leurs luxes, et c’est vraisemblablement dans celle qu’ils entretenaient déjà du temps de Mantegna que ce maître avait pu dessiner, d’après nature, les éléphants qu’il a introduits dans le T riomphe de César. Un peu plus tard, en tout cas, Jules Romain trouvait dans les locaux spécialement aménagés au sud du Palais du Té, à la« Virgiliana», les modèles des éléphants dont il a pris des croquis et ceux des chameaux et des girafes qui figurent dans plusieurs de ses compositions.
Cet ensemble de ressources de toute espèce réunies à Mantoue faisait évidemment de cette résidence un milieu privilégié et, comme il est permis de penser que le service de Rubens — auprès d’un maître dont la mobilité modifiait incessamment les caprices — n’absorbait qu’une faible partie de son temps, il avait de quoi occuper ses loisirs. Nous ne saurions même dire à quels travaux le duc l’avait employé pendant ce premier séjour à Mantoue. Le Palais n’en a conservé aucun et j’ai vainement erré parmi ses innombrables salles, en quête de quelque ouvrage de sa main. Dans une de ces salles, dont le plafond est orné des armes ducales : des verges d’or alternant avec des flammes, l’exécution d’une frise d’aspect noirâtre, où se déroule une suite de compositions inspirées par l’histoire de Judith, est bien, il est vrai, attribuée au peintre, al Jiammingo comme me disait un gardien, et dans une autre chambre de la « Corte ducale », parmi un ramassis de toiles plus que médiocres, j’ai découvert une Vénus entourée d’amours dans la forge de Vulcain, dont les carnations aux lumières colorées et aux ombres froides, les types un peu gros et les fonds bleuâtres rappellent vaguement les premières œuvres de l’artiste. Mais l’état de détérioration de ces toiles ne permet guère de se prononcer sur leur facture, ni par conséquent sur leur auteur. Nous ne savons pas davantage, au surplus, dans quelle partie du palais, Rubens était logé. La place, assurément, ne manquait pas dans ce dédale de constructions où l’on peut voir jusqu’à un corps de logis réservé à l’habitation des nains entretenus à la