‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 60 sur 553 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tour à tour, mais c’est vers le premier surtout que l’inclinait son goût. Ces figures grandioses, aux gestes expressifs, qui s’étalent sur les voûtes de la Sixtine avec leurs attitudes hautaines étaient bien de nature à le séduire. Dans les séjours successifs qu’il fit à Rome, il devait plus d’une fois les contempler et, en dépit de la difficulté et de la fatigue causées par un pareil travail, il s’appliquait à les copier fidèlement. Le Louvre possède, en effet, de lui des dessins très consciencieusement exécutés d’après six des huit Prophètes et deux des Sybilles, ainsi qu’une étude à la sanguine de la Création de l’homme. Si l’on ne connaît pas de copie faite par lui du Jugement dernier, l’impression qu’il en reçut fut aussi profonde que durable, car, près de quinze ans après, alors qu’il était dans la pleine maturité de son talent, la fresque de Michel-Ange devait lui inspirer une suite de plusieurs compositions analogues. En revanche, à Rome comme à Mantoue, les œuvres des primitifs le laissaient indifférent. La beauté ou la grâce austère qu’ont déployées sur les parois de la Sixtine elle-même Botticelli, Pérugin, Ghirlandajo, Signorelli et Pinturicchio ne le touchaient pas plus que les trésors de tendresse et de candeur qui, à deux pas de là, auraient dû l’émouvoir dans les fresques de Fra Angelico, qui décorent la chapelle de Nicolas V. C’est d’ailleurs le mouvement et l’action qu’il recherchait surtout chez Raphaël, et s’il était trop intelligent pour ne pas goûter les belles ordonnances et la sereine majesté de VÉcole d’Athènes ou de la Dispute du Saint- Sacrement, c’est aux épisodes plus animés de VHéliodore battu de verges, de l’Incendie du Borgo et de la Bataille de Constantin qu’il donnait surtout son attention. Ses copies ou les réminiscences de l’Urbinate que nous relevons dans ses dessins ou ses tableaux, sont celles des figures les plus pathétiques et les plus véhémentes, la Vision d’É^échiel, Elymas atteint de cécité, Ananias jrappé à mort, la femme agenouillée au premier plan de la Transfiguration et le jeune possédé, son fils, qui, hors de lui, se renverse convulsivement à côté d’elle.

Avec les œuvres de ces maîtres, Rubens apprenait à connaître la radieuse maturité de la Renaissance. Mais, quoique bien dégénérée, l’Italie n’avait pas cessé d’être la terre privilégiée des arts, et parmi les peintres plus rapprochés de lui, le jeune flamand ne laissait pas de demander aussi des enseignements aux coloristes vers lesquels le portait surtout son tempérament. Peut-être en se rendant à Rome s’était-il

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