ARTISTES FIXÉS A ROME A CETTE ÉPOQUE
arrêté à Parme, ainsi qu’avait dû îe lui conseiller van Veen, qui avait été attaché lui-même à la cour ducale de cette ville. En tout cas, à ce moment ou plus tard, il y avait séjourné assez longtemps pour y faire quelques dessins d’après les tableaux ou les grandes peintures décoratives du Corrège. Formé à l’école de ce dernier, Baroccio, alors dans sa vieillesse, jouissait encore d’une grande réputation, et Rubens retrouvait en lui, avec plus d’éclat, les principales qualités de van Veen. S’il n’était guère sensible à la grâce maniérée de ses formes, ni à l’afféterie de ses expressions, il était plus accessible au charme de sa couleur, et pendant quelque temps il devait lui emprunter les colorations un peu factices de ses draperies, où le ton local presque effacé dans les lumières, apparaît, au contraire, très accusé dans les ombres. Mais un autre contemporain de Rubens, îe Caravage, devait exercer sur lui une action plus marquée, et développer chez lui le sens des effets pittoresques en accentuant encore ces contrastes excessifs entre l’ombre et la lumière que l’on retrouve même dans les peintures exécutées plusieurs années après son retour d’Italie. Alors que la fadeur et la mièvrerie tendaient de plus en plus à se développer dans l’art, on conçoit la célébrité qu’avait acquise le Caravage. Avec une observation pénétrante de la nature et un savoir très réel, il introduisait, ou plutôt il faisait prédominer dans ses œuvres un élément nouveau d’intérêt, le clair-obscur. Le relief puissant produit par ce mode d’éclairage, donnait à ses tableaux un appoint imprévu de force et d’éclat qui lui avait valu de nombreux imitateurs, non seulement parmi ses compatriotes mais parmi les artistes étrangers fixés temporairement ou pour toujours en Italie, comme Ribera, notre Valentin, et chez les Hollandais G. Honthorst, Pynas et Eastman, le maître de Rembrandt. Rubens lui-même devait suivre ce courant, et Sandrart nous apprend à ce propos « qu’il s’était d’abord appliqué à atteindre la puissance de coloris du Caravage, qu’il étudiait de préférence ; mais que, reconnaissant la difficulté et la lenteur d’un pareil procédé, il adopta par la suite une exécution plus facile et plus expéditive ».
Parmi les jeunes gens qu’avait également séduits la manière du Caravage, il convient de citer le peintre Elsheimer, venu de Francfort à Rome, un an avant Rubens, et qui allait contracter avec lui une étroite amitié. A peu près du même âge, — Elsheimer était né en 1678, -- ils avaient la même passion pour l’antiquité, et comme le jeune Allemand était