CHAPITRE IV
surprises possibles de ce côté. Depuis longtemps déjà le sentiment de sa propre conservation lui avait ouvert les yeux sur ce péril et il s’appliquait à le conjurer. Il lui importait, en tout cas, d’être informé exactement des projets de la cour d’Espagne et de s’y assurer des intelligences. L’état de ses finances ne lui permettait guère de débourser de grosses sommes afin de gagner les hauts personnages dont le concours semblerait
utile, mais il s’était fait renseigner par Iberti, son agent en Espagne, sur les courtisans ou les ministres entre lesquels il convenait de répartir ses libéralités, et aussi sur les moyens de séduction auxquels chacun d’eux serait le plus accessible, afin de leur envoyer des cadeaux appropriés à leurs goûts.
Le roi ne pouvant être laissé en dehors, comme l’équitation et la chasse étaient ses passe-temps favoris, il recevrait, avec des armes de prix, des chevaux choisis dans les écuries renommées des Gonzague. Mais c’était surtout le duc de Lerme dont il s’agissait de conquérir les bonnes grâces. On le savait amateur d’objets d’art et, dès le mois d’août 1602, le duc Vincent avait pris soin de faire copier à son intention les plus célèbres tableaux de Raphaël, par un peintre mantouan fixé à Rome et nommé Pietro Facchetti. Des objets de piété seraient offerts à la sœur du duc de Lerme, la comtesse de Lemos, connue par sa dévotion, et enfin une créature de Lerme, le sieur Pietro Franchezza, aurait pour sa part une riche tenture d’appartement et quelques menus présents.
Pour accompagner ces dons et en faire la remise, il était nécessaire d’avoir un homme sûr et dévoué, capable sinon de négocier (ce soin revenait au ministre résident, Annibal Iberti), du moins de pressentir les dispositions de ces divers personnages et de chercher à les rendre favorables à la cause du duc de Mantoue. Sans aucun mandat officiel, cet envoyé n’aurait d’autre