‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 78 sur 553 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

très graves détériorations, sans doute par suite d’une pluie continuelle de \ ingt-cinq jours qui, en perçant les caisses, avait pourri les toiles. îberti, en rendant compte du dégât (Lettres du 24 mai) au duc etàChieppio, le considère comme irrémédiable, et propose de compenser cette perte par

une demi-douzaine de tableaux que le Flamand pourrait peindre avant l’arrivée du duc de Ferme, en se faisant aider, au besoin, par quelque jeune artiste espagnol qu’il se chargerait de procurer. Rubens, à qui ce projet est loin de sourire, écrit de son côté le même jour à Chieppio, pour lui exposer l’état des dommages, qu’il réparera, d’ailleurs, de son mieux. Quant à la proposition faite par Iberti, tout en se disant prêt à se conformer aux ordres qui lui seraient transmis, il s’élève très vivement contre un pareil projet. En Espagne, « en fait d’artistes modernes, on ne trouve rien qui \aille.... La vanité et la paresse de ces peintres sont incroyables, et leur manière, au surplus, diffère complètement de la sienne ». Outre que la fraude d’une pareille association ne pourrait manquer d’être découverte, il a trop le souci de sa dignité pour compromettre son talent à des tâches qu’il considère comme au-dessous de lui. C’estsur ses propres œuvres qu’il demande â être jugé, « sans vouloir être confondu avec aucun autre, si grand qu’il puisse être, et ce mélange de travail de l’un et de l’autre ne pourrait que ternir, â propos d’un ouvrage infime, la réputation d’un nom qui, en Espagne même, n’est pas demeuré inconnu ».

DÉTÉRÎORATÎONS DES PEINTURES.

Cette lettre, qui nous fournit un nouveau témoignage du sens pratique et du tact de Rubens, nous renseigne également sur la route qu’il avait suivie dans son voyage d’Alicante à Valladolid. Elle nous apprend, en effet, qu’en passant par Madrid, il avait pu y séjourner assez pour contempler les « merveilleuses productions du Titien, de Raphaël, et d’autres grands maîtres dont la qualité et le nombre l’ont rempli d’admiration, dans le palais du roi, à l’Escurial et ailleurs ». On comprend les jouissances et les enseignements que devaient lui procurer tant de beaux ouvrages qui font encore aujourd’hui l’ornement du Musée du Prado, et l’on conçoit aussi qu’en leur présence, il appréciât assez dédaigneusement les artistes espagnols de cette époque. Les pastiches italiens, auxquels ceux-ci s’appliquaient alors, n’étaient guère faits pour lui plaire, et il ne devait pas plus goûter les rares tentatives d’originalité qu’on pouvait relever parmi eux, chez le Greco, par exemple, dont les longues figures émaciées et exsangues, répondaient si peu aux aspirations de sa nature saine et robuste.

Fort heureusement, Iberti comme Rubens lui-même avaient, sous le coup de la première émotion, un peu exagéré les détériorations que les peintures envoyées de Mantoue avaient subies pendant le voyage. Après les avoir séchées et lavées soigneusement à l’eau chaude, tous deux reconnaissaient qu’en les retouchant par places, le dégât pouvait être réparé. Le 14 juin, Iberti annonçait même au duc Vincent que « le

UNE DEMOISELLE d’hONNEUR DE l’iNFANTE.

(Dessin de la Collection de l’Albertine.)

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