CHAPITRE PREMIER
magne, de Suisse et de Hollande, et ils trouvaient en face d’eux des adversaires non moins résolus.
Surveillé de près, signalé même comme « le plus docte calviniste », Rubens essayait de louvoyer ; mais à la fois très ardent et pas très brave, il se voyait souvent obligé, pour ne pas trop se compromettre, d’effacer l’effet de ses imprudences par ces capitulations de conscience auxquelles étaient alors exposés les esprits flottants et ballottés, comme le sien, entre les partis extrêmes. Cependant, à la suite de la Destruction des Images (i566), s’avançant un peu plus qu’il n’aurait souhaité, il avait consenti, sur la requête du prince d’Orange, à servir d’intermédiaire entre le Magistrat d’Anvers et les réformés, et il avait même été préposé, avec d’autres de ses confrères, à la garde des portes de la ville.
De terribles représailles allaient bientôt suivre. Marguerite de Parme, nommée gouvernante des Pays-Bas, demandait, le 2 août iSôy, aux membres du Magistrat une explication sur leur conduite pendant les troubles. Ceux-ci ayant tardé à répondre, furent sommés de nouveau d’avoir à consigner dans un mémoire tout ce qu’ils pourraient alléguer pour leur justification. Ainsi mis en demeure, les bourgmestres et les échevins s’occupèrent de la rédaction de ce mémoire qui fut remis, le 8 janvier i568, à la Cour de Bruxelles. Dans cet écrit très volumineux, auquel Jean Rubens avait collaboré, ils s’appliquaient de leur mieux à s’excuser et à montrer les efforts qu’ils avaient faits pour s’opposer à la propagation de l’hérésie. Mais, de son côté, le duc d’Albe, ajoutant ses cruautés propres à l’exécution des ordres sévères qu’il avait reçus de la Couronne, inaugurait, par la création du Tribunal de Sang, une ère d’épouvantables persécutions. Au soulèvement des provinces du Nord, confédérées pour défendre leur indépendance, il répondait par la décapitation des comtes d’Egmont et de Hoorn sur la grande place de Bruxelles, le 5 juin i568, et, le 20 septembre suivant, il faisait exécuter à Vilvorde le bourgmestre d’Anvers, Antoine van Straelen.
Un libelle qui circulait à ce moment accusait plusieurs autres membres de la municipalité d’avoir pactisé avec les révoltés. Jean Rubens y était spécialement dénoncé. Averti par plusieurs de ses amis, il prit le parti de quitter brusquement le pays vers la fin de i568. Il n’était que temps, car, bientôt après, sur une liste de proscription dressée par le duc d’Albe, il figurait comme «s’étant déjà retiré à Cologne, avec sa femme, ses enfants