REMISE DES CADEAUX A LA COUR
attention et s’était montré émerveillé de la perfection du travail. Il avait d’ailleurs pris pour des originaux les copies retouchées par le peintre et fort admiré aussi les deux toiles que celui-ci y avait jointes. Le Flamand avait donc reçu sa part d’éloges et le duc était si enchanté de lui qu’il demandait à Iberti s’il ne serait pas possible de le prendre à son service. Tout en déclinant cette proposition, le résident avait assuré le duc de Lerme que du moins pendant tout le temps que l’artiste demeurerait en Espagne il serait à son entière disposition.
Suivant son habitude, Rubens avait, de son côté, rendu compte de ces événements à la fois à son maître et à Chieppio, sommairement et avec une respectueuse déférence vis-à-vis du premier, d’une façon plus franche et plus explicite en s’adressant au ministre ( i ). Il s’en rapporte pleinement à Iberti pour la relation complète que celui-ci a pu donner de tout ce qui s’était passé. « Ce n’est point par paresse qu’il s’abstient lui-même à cet égard ; mais par pure discrétion, car, sauf les cas d’absolue nécessité, il n’aime pas à empiéter sur le terrain d’autrui. » Quelle que soit cette réserve, il ne peut cependant se tenir de montrer son étonnement de ce que, malgré la recommandation expresse que lui en avait faite le duc de Mantoue, Iberti n’ait pas songé à le présenter au roi. « Ce que j’en dis, ajoute-t-il, n’est pas .pour me plaindre, ni par l’effet d’une humeur ou d’une vanité pointilleuse. » Mais il raconte simplement les faits, tels qu’ils se sont passés, sans vouloir accuser le S*' Iberti qui évidemment a agi dans les meilleures intentions, perdant peut-être à ce moment la mémoire de ce qui avait été convenu, quoique le souvenir en fût assez frais. « Il n’a pourtant donné aucune raison, ni présenté aucune excuse de n’avoir pas suivi le programme concerté entre eux à peine une demi-heure auparavant, et quoique l’occasion ne lui en ait pas manqué, il n’a soufflé mot à ce sujet. » Le sentiment de sa valeur et de sa dignité méconnues perce à travers la modération de ce langage, et Rubens a besoin de dire ce qu’il a sür le cœur. Un autre passage de la lettre concernant les tableaux n’est pas moins significatif. « Le duc de Lerme, dit l’artiste, s’est montré grandement satisfait de l’excellence et de la quantité des peintures qui, grâce à l’habileté des retouches, avaient acquis, du fait même des dégradations qu’elles avaient subies, l’apparence d’ouvrages déjà anciens, de sorte qu’elles furent en grande partie acceptées pour des originaux, sans
(0 Lettres du 17 juillet iûo3.