CHAPITRE V
frère à Mantoue avant de regagner la Flandre, où Juste Lipse le pressait de revenir pour l’installer comme son successeur dans sa chaire à PUni- \ersité de Louvain. Philippe parti, Pierre-Paul reprit avec courage sa vie de travail et d’étude à Mantoue, et il demeura pendant deux années dans cette ville. Il y avait retrouvé Chieppio, son protecteur, dont la sûre affection l’avait soutenu lors de son séjour en Espagne. Les comptes du voyage avant été vérifiés, Chieppio, plein de sympathie pour la nature aimable et loyale de ce fidèle serviteur, avait pu sans doute faire valoir auprès de son maître le dévouement et l’intelligence avec lesquels il s’était acquitté de sa mission. En tout cas, dès le 2 juin 1604, le duc Vincent de Gonzague, désireux de l’attacher plus étroitement à sa personne, renouvelait le contrat par lequel il l’avait engagé et octroyait « à Pierre-Paul Rubens, peintre, une provision de 400 ducatons à l’année, payable de trois mois en trois mois, à partir du 24 mai ». A ce moment, d’ailleurs, comme s’il eût été jaloux de s’entourer des hommes les plus illustres de son temps, le duc avait essayé d’attirer aussi à sa cour Galilée qui, par deux fois, était venu à Mantoue pour se concerter avec lui à ce sujet. Mais, soit que Galilée eût déjà l’idée de retourner à Florence, soit que ses exigences parussent trop élevées au duc, les négociations n’avaient pas abouti.
Entraîné par son humeur mobile et son goût pour les plaisirs, Vincent de Gonzague était retourné à sa vie de dissipation, quand la mort de sa mère ( i5 août 1604) vint donner un autre cours à ses pensées et fournir à Rubens l’occasion depuis longtemps attendue de faire un digne emploi de son talent. Éléonore d’Autriche était fort aimée de son peuple, et autant par piété filiale que pour satisfaire aux regrets unanimes causés par cette perte, le duc de Mantoue lui assigna pour sépulture l’église de la Trinité, appartenant à l’ordre des Jésuites et située au centre même de la ville, près de laplace du Marché. Une chronique manuscrite rédigée par le P. Gorzoni (i) nous indique dans quelles conditions la commande d’une importante décoration fut faite à ce propos au Flamand. Parlant de l’administration du supérieur, le P. Caprara, à la date de i6o5, Gorzoni s’exprime en ces termes : « Sa direction fut signalée par le don précieux, et que l’avenir rendra de plus en plus inestimable, des trois grands tableaux que le Sér™ duc Vincent destina à perpétuité à orner la grande chapelle restaurée en perfection par lui, pour honorer à la fois notre ordre
(1 Elle est déposée à la Ribliothèque de Mantoue.