CHAPITRE V
dessins de cette époque, nous paraissent, en effet, confirmer pleinement cette attribution. Nous y trouvons, pour l’ensemble, des analogies flagrantes avec la disposition de ce même épisode dans les Loges de Raphaël, tandis que les figures qui garnissent la droite sont directement inspirées par le groupe des soldats se déshabillant, dans le carton de la Bataille de Cascina de Michel-Ange, groupe que Rubens avait copié. Ajoutons que les divers éléments de la composition ne sont que très insuffisamment reliés entre eux et que l’arbre planté au centre de la toile la coupe d’une manière assez malencontreuse en deux parties presque égales. Ces critiques faites, il n’est que juste de reconnaître les qualités déjà très personnelles qui recommandent cet ouvrage: l’intelligence pittoresque du sujet, la grande tournure des personnages, l’habileté avec laquelle est répartie la lumière, les contrastes heureux qu’elle établit entre les divers plans et la justesse avec laquelle ceux-ci sont déterminés. Notons enfin l’expression de certaines figures, comme celles du saint Jean et du Christ, et la science du nu que nous révèle le jeune homme appuyé à l’arbre du milieu, personnage que nous retrouverons avec une pose presque identique dans un autre ouvrage peint peu de temps après, le Saint Sébastien de la Galerie Corsini.
C’est au Musée de Nancy qu’appartient le dernier des trois tableaux qui formaient la décoration de l’église de la Trinité, la Transfiguration. Donné en i8oi à ce Musée, il fut probablement compris dans un de ces envois qu’au moment des conquêtes de l’Empire, la surabondance des chefs-d’œu^•re entassés au Louvre faisait refluer sur nos collections pro\ inciales. Quoiqu’elle ait aussi subi bien des dégradations, la toile du Musée de Nancv est encore la moins endommagée des trois, celle qui permet le mieux d’apprécier le talent de Rubens à ce moment de sa carrière. Des trois aussi, c’est elle qui contient les emprunts les moins dissimulés et les plus nombreux, faits par lui aux maîtres italiens. La scène elle-même et quelques-unes des figures qu’il y a introduites, comme le Christ, plusieurs des apôtres, l’épisode du possédé et la femme qui, au premier plan, se renverse violemment en arrière, sont copiés de la T ransfiguration de Raphaël, dont Rubens avait dessiné avec soin plusieurs fragments. Michel Ange, Titien et les Bolonais réclameraient avec autant de justice la paternité d’autres figures dans ce centon rempli de réminiscences trop peu déguisées. Tout cela a été transposé à la flamande.