‹ Rueil, le chateau de Richelieu, la Malmaison, avec pièces justificativesChapitre 14 sur 32 · EUGÈNE ET HORTENSE · texte numérisé non relu

EUGÈNE ET HORTENSE

Une statue en marbre de Carrare, ouvrage de Carlellier , représente Joséphine en cx)stume de (Jour. Elle est agenouillée sur un carreau près d'un prie-dieu beaucoup trop petit. Cette statue, d'après le témoignage de

ceux qui ont connu l'Impératrice est d^ine ressemblance parfaite.

Le gouvernement de la Restauration avait défendu de représenter Joséphine avec aucun des attributs du pouvoir souverain. Pour éluder cette défense, le sculpteur a su disposer habilement le peigne de la coiffure de manière à simuler le diadème.

L'artiste et le chrétien trouveront également à redire dans ce monument : le socle, d'une hauteur démesurée; n'est pas en proportion avec l'ensemble; la statue, d*un travail fin et délicat, est écrasée par la masse des colonnes et du ceintre. Rien de chrétien dans ce monument , la pensée en est toute païenne. L'Impératrice y est représentée dans toute la splendeur de la puissance souveraine. C'est une apothéose et non pas un tombeau. Nulle part un signe qui rappelle la religion dont l'époux de Joséphine rétablit les autels en France. Les grands sculpteurs , auxquels nous devons les mausolées de Saint- Denis, ont bien autrement compris leur mission- Là aussi les souverains et leur famille apparaissent en habits royaux et avec les insignes de leur puissance et de leur rang ; mais un peu plus bas , par un contraste sublime , vous les voyez étendus sur le lit funéraire, nuds, tels que la mort les a faits , et rendant un éclatant témoignage du néant des grandeurs humaines.

Toutefois, quelques parties de ce tombeau ne sont point sans mérite. La tète gracieuse de Joséphine est rendue avec bonheur. I^s détails des draperies et des dentelles sont finement touchés, et somme toute , cette statue est l'œuvre d'un ciseau habile et exercé.

Dans la chapelle contîguê à celle oii se trouve le tombeau de Joséphine on voit le monument de son oncle .

le marquis Tascher de la Pagerie, gouverneur de la Martinique. Il est en marbre blanc , orné de deux rostres, et fut élevé par Tordre de Joséphine;.

On lit sur sa fac« antérieure F inscription suivante

ROBERTO. MARGAR. TASCHERK).

DE IJL PAGERIi:.

D(NW>. Ar(*«. Regia. In Inf. Ifartinica. Tribunu. In Legiune. Honorat(>ruin. Omamentis. Aureis. Donato.

Qui vixit. A. P. M. LXVI.

Jusepbina. Augusta. Imp. Neapolioiii.« ^.

Patruo. Meritisttiroo.

Poiti. JuMÎt.

Joséphine, épouse de Napoléon, Empereur, a fait élever fld monument à son oncle illustre, Robert-Marguerite Tftscher de la Pagerie, gouverneur de File de la Martinique, grand officier de la Légion-d'Uonneur, mort à Tftge de 66 ans.

' Les mots Augusta. Neapolionis. avaient été recouverts .suus la restauratiou cl*un mastic très-dur de puussière de inarbre. Ils furent découNert» en 1837. — C'est ce qui explique Tomission faite par Delort dans son uuvrage; Promenade aux environs de Paris; k moins pourtant qu'il n'ait omiit CCS mots par opinion politique, ce qui est plus probable; car il n'aura pas été sans chercher re que signifient les mots recouverts de mastic.

bans rancieuae chapelle des Seigneurs de Uuzenval , et dans un caveau construit sous cette chapelle pour ser* vir de sépulture à la famille Napoléon , reposent les restes de la reine de Hollande, Hortense de Beauharnais, morte le 5 octobre 1837 , à son château d'Arenenberg, sur les bords du lac de Constance , et amenée à Rueil par M. le comte Tascher de la Pagerie , son cousin , [voir le» pièces justificatives), le 19 novembre de la même année.

Une des dernières volontés de la reine Hortense avait été de reposer près de sa mère, dans Téglise de Rueil; et, par une interprétation trop littérale , on voulut, à Tarrlvée du corps à Rueil, le déposer dans le socle du monument. Déjà le 22 novembre, des ouvriers marbriers s étaient mis à Tœuvre sans la permission de Tautorité compétente , et avaient enlevé deux des dalles du socle , lorsque H. le curé de la paroisse vint s'opposer à cette profanation et fit replacer les dalles.

Après divers pourparlers entre le prince Louis Napoléon , représenté par M. le comte Tascher delà Pagerie, ot la fabrique de Rueil , il fut arrêté qu'on déposerait provisoirement le corps de la reine Hortense dans une chapelle ardente élevée près du monument de sa mère ; que, pendant ce temps, on construirait sous la chapelle de Bu zen val, achetée à cet effet , un caveau assez spacieux pour contenir dix cercueils , et que le 8 janvier 1838 aurait lieu Finhumation du corps de la reine.

Ce jour , par un froid de quatorze degrés , le service funèbre fut célébré à onze heures du matin. On rendit à Hortense les honneurs dus à la femme que l'Empereur avait appelée sa fille, et dont le front avait porté la cou-c

- lOi —

ronoe. Depuis la mort de Joséphine, jamais la modeste t^ise de Raeil n'avait été aussi parée , aussi resplendi»* santé et aussi remplie de deuil et de tristesse. La nef ei le choeur étaient tendus de noir; sous un riche catafalque, aux clartés des cierges et des lampes funéraires, reposaient les restes d'une reine qui n'avait pas laissé sa royauté à ses héritiers , et dont les armoiries n'étaient plus que le ^'iorieux témoignage d'une grandeur évanouie. Ce royal appareil, faisant contrasteavec les dimensions de Fédifioe; les chants de mort , qui se mêlaient aux sons des instroiiients ; l'intensité même du froid , ce deuil de la nature, (fui semblait s'associer au deuil des hommes ; la présence (le tant d'illustres personnages, derniers débris de l'empire qui s'était écroulé plus vite encore qu'il ne s'était élevé , tout cela formait une scène d'une tristesse impo* santé et majestueuse. La sœur de Napoléon put seule de sa famille, apporter à Hortense le tribut de ses larmes. Du haut de son mausolée , Joséphine semblait unir ses prières à celles des assistants , et là, bien au dessus de toutes ces grandeurs déchues , la Religion étrangère aux passions humaines , tendant la main à toutes les infor^ tunes, n'ayant d'autre étendard que la croix, d'autre couleurs que celles du suaire, laReligion, qui bénissait sur la terre les restes de celle, que tant d'infortunes supportées avec résignation, avaient dû conduire au ciel. Il n'y manquait qu'4in Rossuet pour faire de cette solennité funéraire une des plus sublimes qui aient jamais été célébrées.

Le lendemain 19 , le corps fut porté au caveau et descendu dans sa dernière demeure, après lecture du procès-

verbal , et après avoir constaté que les cachets et le ruban noirqni fermaient la bière étaient intac*ts. Le corps reposait dans un cercueil de plomb renfermé dans un autre d'acajou que recouvrait une caisse en chêne ; sur celle-ci se trouvait un écusson d'argent où était gravée Tinscription suivante :

Iri re|K>se

HoRTKNïE-ËUGÉNiE Dfc) BEAUUAKNAIS,

reine de Hollaiitle, (liicliesH<f de 8aiii'-l/«fu,

Néeà Fam , le 10 avril I78.i,

fille du prriuitrr lit de MaRIE-KosE-JoSÉPUINE TASCHKK

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