CHAPITRE III
Établissemeni des Pilles de la Croix à Riieil.
Dans le xyii* siècle, la duchesse d'Aiguillon fonda , à Rueil , la maison des Filles de la Croix. On voit dans les registres du parlement de Paris, le 7 septembre 1656, une confirmation de rétablissement des sœurs de la Société de la Croix, fait à Rueil; et, le 27 août 1675, Tenregistrement des lettres patentes en faveur des sœurs de la Congrégation de la Croix, portant confirmation de leur établissement à Paris et au bourg de Rueil. Cette maison existe encore en partie ; le reste fut détruit en 93.
Rueil fut, quelque t« mps après, le berceau d'une communauté devenue célèbre, de la maison de Saint-Cyr, fondée par madame de Maintenon. Deux religieuses Ursulines, mesdames de Brinon et de Saint-Pierre , que la ruine de leur couvent avait obligées de se retirer dans leur famille, fondèrent d'abord, à Montmorency, un pensionnat de jeunes demoiselles. Madame de Brinon, qui connaissait particulièrement madame de Maintenon , alla la voir à Saint-Germain, ofù la t»or était, vers 1682 , et lui fit part de leur situation. Cette visite lui procura plusieurs petites filles que madame de Maintenon faisait élever par charité ; mais lorsqu'elle eût vu par elle-même, à Montmorency, la manière dont ces pensionnaires étaient élevées , elle proposa aux deux religieuses de se rapprocher d'elle , et de venir à Rueil ; ce qu'elles firent vers la fin de l'année 1682. Madame de Maintenon y loua une maison spacieuse et commode, la meubla, y fit établir une chapelle et un chapelain. Elle mit dans cette maison plusieurs pensionnaires qui étaient nourries et entretenues à ses dépens ; il y en avait plus de soixante. 11 fallut augmenter le nombre des maîtresses ; nouvelle dépense à laquelle madaime <le Maintenon se prêta tout entière. lorsqu'elle pouvait se dérober à la conr, elle venait à Rueîl, et suivait les pensionnaires dans leurs «xercices. Mais , ne trouvant pas cette maison encore assez à sa portée, elle songea à la rapprocher d'elle , c'est-à-dire de Versailles. De sorte que le lendemain de la Purification de l'an 1684 , le 3 fétriier , on commença à déménager de Rueil pont aBer à Noisy , près le parc de Versailles, d'o« cette cofmmunatité , devenue de phis en plus considéra-
ble, fut transférée à Saint-Cyr ; et la mense abbatiale de Saint-Denis fut destinée à sa dot , ce qui rendit les dames de Saint-Cyr seigneurs de Rueil , où elles n'avaient demeuré qu*en passant , et de toutes les autres terres attachées à cette mense.
La maison spacieuse et commode que loua madame de Maintenon , pour y établir la communauté , était la seigneurie dont quelques parties existent encore, et qui appartint plus tard en propre à la communauté de saint Louis de Saint-Cyr, en vertu de la donation dont nous venons de parler.
Singulière destinée de cette maison de Saint-Cyr, qui commence à Rueil pensionnat de demoiselles, au séjour du plus grand politique du ivi« siècle , et fmit par devenir une école militaire , au moment même où le lieu de son origine servait de retraite à Masséna, Tun des plus grands généraux de T Empire.