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son chajieaii et son manteau, et qui voulut le lier. « Ji» voudrais bien ne Tétre pas, dit-iU il nie semble i<ue Ion n'a pas routume de lier les gens de ma condition. » Le chevalier du guet lui répondit qif il le serait , et qu'il avait dans sa pocbe un ordre par écrit où il était marqué qu'il devait Tétre. Quand le bourreau lui eut liéles mains, il dit en se regardant : a J'avoue , messieurs, que quand je me considère dans cet état , je me fais prescfue pitié à moi-même : je ne sais si je n'en fais point aux autres. »
On alla chercher deux docteurs de Sorbonne et deux pères Feuillants qui s'étaient rendus dès le matin à l'Hôtel de- Ville , pour l'assister à la mort. Ces docteurs avaient été mandés parle chevalier du guet ; c'était la famille du maréclial qui avait envoyé les Feuillants. Il se confessa au père Eustaclie de Saint-Paul ; il signa son testament et voulut le remettre à son confesseur : mais le chevalier du guet lui dit qu'il fallait absolument le donner au sieur Fillotte, greffier de la commission, et le maréchal fut obligé d'y consentir. Il avait demandé qu'on en fit la lecture en présence de tous les assistants , et le chevalier du guet s'y opposa , parce que, disait-il, ce testament devait d'abord être porté au roi , et qu'il ne pouvait avoir de valeur que par le consentement de Sa Majesté.
A trois heures , l'exécuteur vint couper les cheveux au maréchal , qui sortit ensuite pour aller au supplice , les mains liées et tenant un crucifix. Ayant rencontré le greffier, il le chargea de dire à ses juges qu'il se recommandait à eux et qu'il les suppliait de lui pardonner tous les déplaisirs qu'il pouvait leur avoir causés pendant le cours de son procès. Ursqu'il fut arrivé sur le perron de
THôtel-de-Ville, on lui fit une seconde lecture de son arrêt.
L'éehafaud était placé auprès du dernier degré du per* ron de rHôtel-de-Yille. Le chevalier du guet avait averti le maréchal de cette position , qu'il prétendait lui l'aire valoir comme une grande grâce , en lui disant que le roi avait voulu par là lui éviter la confusion d'être conduit dans une charrette. Il répondit au sieur Testu qu'il remerciait le roi de cette grâce , et de beaucoup d'autres qu'il avait reçues de S. M. ; assurez-la^ dit»il, que je meurs son très-humble serviteur, et que je lui demande pardon, non-seulenient des véritables déplaisirs que je peux lui avoir causés pendant ma vie, mais encore de tous les mécontentements qu'il croit avoir reçus de moi, parles fautes que mes ennemis m'ont imputées.
Une compagnie des gardes suisses et trois compagnies des gardes françaises étaient rangées dans la place de Grève , où la curiosité avait attiré un peuple innombrable. Il y eut telle fenêtre qui fut louée jusqu'à huit pistoles. Le maréchal monta sur l'échafaud, où l'exécuteur lui trancha la tête d'un seul coup , sur les quatre heures et demie du soir. Sa tête étant tombée à terre , fut relevée par les soldats , qui la jetèrent sur l'échafaud ; elle fut mise ensuite avec le corps dans une carrosse de deuil, et porté dans la rue Chapon, chez madame de Marillac, sa nièce. Il avait demandé d'être enterré aux Feuillants, auprès de sa femme qui était morte le 14 septembre de l'année précédente, et dont il portait encore le deuil lorsqu'il fut exécuté. Sa fin tragique exita l'indignation des uns et la compassion des autres. 1^ ptiblic ne fut pas {M^rsuado
((lie les malversations dont on l'accusait méritassent une peine aussi rigoureuse , et plusieurs en doutent encore aujourd'hui. L'on remarqua qu'il ne pouvait les commettre sans avoir un grand nombre de complices qui lui prêtaient leur nom , et qu'aucun d'eux ne fut poursuivi. Il semble qu'on ne voulut immoler qu'une seule victime à la sévérité des lois , ce qui ferait croire qu'elle n'avait été véritablement sacrifiée qu'à la haine et à la vengeance du premier ministre.
On prétend que le cardinal de Richelieu lui-même » ayant appris qu'il venait d'être condamné à mort, ne put s'empêcher de dire : Il faut avouer que Dieu donne aux juges des lumières que d'autres n'ont pas ; je ne me serais jamais imaginé qu'il y eût à condamner à mort le maréchal de Marillac. Peut-être le dit-il pour rejeter sur les juges l'odieux de cette condamnation. Dans son testament, il parle de la mort du maréchal de Marillac comme d'une punition également juste et nécessaire. Cependant le discours dont il s'agit est rapporté dans la plupart des mémoires du temps; et , quelques années après la mort du cardinal de Richelieu , le maréchal de la Motte-Houdancourt, que l'on voulait faire juger par des commissaires , osa le citer dans un de ses factums, comme un Gait constant et connu de toute la cour ; mais quelle apparence que le cardinal ait fait un semblable reproche à ces com* missaires , pour un arrêt si conforme à son opinion et à ses désirs ?
le bruit s étant répandu parmi le peuple que le maréchal était mort comme un saint, plus de quarante mille personnes ar<>ournrent oiiez sa nièce qui leur fil distribuer
des linges trempés dans son sang et quelques morceaux des cordes avec lesquelles on Favait lié et qui furent toutes effilées.
Le maréchal de Marillac mourut âgé de soixante ans moins deux mois , et il fut enterré, comme il Tavait désiré , auprès de sa femme , dans une église de la chapelle desFeufllants. Avant la révolution, Ton voyait encore son buste avec cette inscription : fforte fimesto ciartis.
IjC cardinal et M. Oiitr de St -Sulpice.
Le cardinal de Richelieu, sachant que les solitaires dlssy fondés par H. Olier étaient mal logés, et voulant être pour quelque chose dans leur établissement , donna ordre à la duchesse d* Aiguillon, sa nièce , de les aller trouver de sa part, de leur témoigner Testime qu*il faisait de leur mérite , d'i^ter qu'il était extrêmement édifté de leur retraite ; mais que, sachant combien ils étaient mal logés , il leur offrait son château , pour y faire leurs exercices dans la solitude et avec une entière liberté , promett an d'appuyer lents .desseÛM «de t^uft son coédit «t ëe Twitorité diitroî qui leur était assurée. M. OUer et ses oenfiDères ne se rendirent pas aux «ffi^es généveiues idn eardînal.
( Vie de II. (Uw,)
Offre faite an PoumUi.
M. de Noyers , conseiller du roi , suriutendaDi de ses bâtiments, écrivait, en 1639, de Rueil, au célèbre Poussin : a Qu'il desirait vivement lui faire quitter Rome pour
Paris Qu'il lui offrait, au nom du roi , mille écusde
gages par chacun an, un logement commode dans la maison du roi , soit au Louvre , soit à Fontainebleau , à son choix. . . . que je vous ferai meubler honnêtement pour la première fois que vous y logerez. »
Le Poussin n'accepta pas la proposition.
( Vie du Poussin, )
Statuts de l'Académie Française signés par le cardinal de Ridieliea, àRoeU.
On sait que l'Académie Française a été fondée soqs les auspices de Richelieu. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans V Histoire de l'Académie Française :
n II ne restait plus que deux choses pour l'établissement
(ie ce corps ; rune de faire autoriser ses statuts par le cardinal, suivant le pouvoir que les lettres patentes lui en donnent.
La première fut fort aisée : la seconde , au contraire, accompagnée de beauex)up de difficultés et de longueurs.
Pour faire autoriser les statuts au cardinal , qui était alors â Rueil , on lui députa les trois officiers ( de T Académie) avec M. Boisrobert. J'ai ouï dire à H. Conrart , qui était de cette députation, comme officier, qu'il n'avait jamais ouï mieux parler que fit le cardinal en cette rencontre, etc.'
Statue de Lotii» XIV.
Nous lisons dans le Mercure de France de 1695, au mois d'octobre que Louis XIV s'était proposé de venir voir le château de Rueil cette année , et que le duc de Richelieu voulait y donnner une fête brillante pour le recevoir ; mais que le plus agréable régal de la fête devant être le modèle de la statue équestre de ce prince, et comme il fallait du temps pour transporter et mettre en état une figure d'un caractère le plus extraordinaire qui eftt ja-
mais été, le départ de S. M. pour Chambort rompit toutes les mesures de ce duc.
Ce fut au dessus de la grotte du parc qu'on éleft h statue équestre dont nous venons de parler ; le cheval ne portait que sur les deux pieds de dernère , et elle était dans un équilibre si juste, que d'un doigt on la fimût mouvoir.
L^înscription latine qui devMt raccompagner commençait ainsi : Litdomco Mofn^^ Lmiomti Juiti fUh^ etc., et finissait par ces mots : Ànmmdui Ricketii Dhx : Armtmdi Cardindiê kœrts, et eju» pro ffi^ria principii œnmiêtor kôe obsequium amanspererme momonentum venertUnmduiponnt M DC LXXXV, On composa aussi alors ces vers , sur la tin desquels le sieur Gobert, sculpteur, n'est pas oublié.
O TOUS qo*an désir curieux Amène dans ces lieax Qui délassaient Annand de ses profondes veilles. Apprenez, en voyant de si rares merrcilles Qoe si Louis -le-Grand dkMxmt votre regard, Par son admirable fifure, Un chcf-d^œufre de la nature Ne demandait pas moins qo*un cbef-d^œuvre de Fart.
{Mwrtmrt tfe Pramm 1695 )
Extraie cPan manuscrit inédit, intitulé Mémoirew sur Madame de Maintemon par ttme religieuse de Si.-^^pr,
Nous avons parlé page 116 de la maison fondée à Rueîl par madame de Maintenon pour Téducation des demoiselles nobles que leurs familles n*avaient pas le moyen de faire élever. Nous donnons ici Textrait suivant, pour montrer que madame de Maintenon, si défigurée par des historiens remplis de préjugés, si peu connue jusqu'à pressât sous son véritable jour , s'occupait non^seulement de l'éducation de la jeune noblesse pauvre , mais qu'elle étendait aussi ses soins et sa sollicitude sur les enfants du peuple. Rien ne peut dcmner une plus haute idée des vertus et du caractère de cette femme célèbre que la narration simple et naïve de cette religieuse, témoin de ses actes de charité... Si Ton se contentait de juger madame de Maintenon par les pamphlets de ses ennemis , par les historiens qui n'ont parlé d'elle que d'après de dégoûtantes diatribes, on ne devrait voir en elle qu'une femme ambitieuse et hypocrite ayant gravi les degrés du trône à l'aide de fausses vertus; une espèce de Tartufe en longues coiSes qui s'était emparée de l'esprit d'un Orgon royal et le dirigeait dans tous ses actes.
Hais si l'on fouille plus avant, si l'on consulte les correspondances de son temps» si l'on examine sans préjugés ses œuvnv , ses fondations diverses , k sagesse des règles
((irelle avait établies elle-même pour la direction de ces enfants qu'elle appelait sesiilles, on verra en elle la femme forte de rÉcriture, une âme éminemment chrétienne, pénétrée de la plus sublime des vertus , la charité, 8*oubliant elle-même pour ne penser qu'aux autres, calme et digne dans ses rapports avec ses amis et ses ennemis : on est presque étonné qu'une telle femme ne soit pas de naissance royale; tout en elle est empreint d*uDe telle noblesse, dans ses écrits, dans ses paroles, dans ses actions, qu'on est confondu de retrouver dans la campagne du grand roi, la veuve de Scarron, orpheline élevée par la charité de M. de Villette. On Taccuse d'ingratitude envers M"** de Montespan, on lui attribue la révocation de i'édit de Nantes, mais rien ne prouve que les accusations soient fondées : e^^ dernier fait est même très-peu probable de la part d'une femme qui elle-même avait été calviniste ; après tout, qu'on lui fasse une large part des erreurs humaines, elle n'en a pas moins des titres nombreux et solides à l'estime et au respect des gens de bien. Laissons aux folliculaires, aux écrivains qui traduisent l'histoire en romans, et peignent les personnages du grand siècle aussi mesquinement qu'ils peuvent les comprendre , laiasonaleur la triste besogne de couvrir de bave et d'écume ces nobles caractères du grand siècle si dénigrés par l'ignorance et l'esprit de parti, et ne voyons dans Françoise d'Aubigné que la protectrice des gens de lettres, lafbn*datrice de Saint-Cyr, la femme chrétienne d'une inépuisable bienfaisance, animée des meilleures intentions, digne du trône où elle avait drdt de s'asseoir et qu'elle ne voulut cependant occuper que derrière le ridemt, Jtigeons-la
comme la jugeait un des grands liommes de soii siècle , Pierre-le-Grand , qui ne voulut pas quitter Paris sans voir la veuve de Saint-Cyr.
Mous ne donnons certainement pas l'extrait suivant comme un modèle de style. Mais, cependant avec toute 88 simplicité, il n'est pas sans mérite, et il serait à désirer que beaucoup de nos bas bleus modernes eussent le bon esprit d'écrire ainsi ; elles nous donneraient alors une meilleure idée de leur aptitude aux devoirs domestiques que par les omelettes soufflées littéraires qu'elles nous servent trop souvent.
Ce qui a donn^ oorasion à la fondation de Saint-Cyr.
Pour prendre les choses dès leur origine , je dis que madame de Maintenon , avant d'être à la cour , faisoit sa demeure ordinaire à Paris, et qu'elle y avoit plusieurs amis , qui se tenoient heureux de l'avoir en leur compagnie. C'étoient tous gens de mérite et d'une qualité distinguée, entre. lesquels étoient M. de Mornai, marquis de Montchevreuil , et madame sa femme. Je ne parlerai point des autres dont il sera fait mention ailleurs, ne; prétendant écrire que ce qui s'est fait à mon sujet. Ceuxci donc lui étoient si unis qu'ils s'en séparoient le moins qu'ils pouvoient , et môme lor$([u'ils alloient à Montchevreuil , leur maison de campagne , ils l'engageoient à venir avec eux où elle les y alloit trouver. Cette maison étoit située dans le Vexin , près Magni. Ce fut là qu'une
religieuse ursuline, nommée madame de Brinon, eut l'honneur d'être .connue d'elle. Elle étoit fille, à ce qué j'ai ouï dire, d'un président de Rouen. Ses parente la ft^ rent religieuse sans trop consulter son indination, qui n'y étoit guère portée ; mais, s'y voyant engagée , elle se conforma de bonne grâce à cette destination, et fit, eomme on dit, de nécessité vertu. Quelques années après sa profession, son couvent , qui étoit de l'ordre de Sainte-Ursule, se trouvant obéré, les religieuses furent contraintes de se séparer; Madame de Brinon se vit obligée, comme les autres, de retourner chez ses parente. Madame sa mère, qui étoit veuve alors, la garda quelques années. Durant ce temps-là, elle faisoit des visites aux environs^ et surtout à Montchevreuil , quand les maîtres y étoient , où elle denieuroit quelquefois quinze jours, trois semaines et même davantage. M. de Montchevreuil goûtoitfort son esprit, et la piété les unit étroitement. Madame de Maintenon la goûta aussi beaucoup, se plaisant en sa eo»versation, où elle trouroit de l'esprit et de l'agrément ; mais ce qui la lui rendit plus estimable, oe fut le lèle qu'elle lui remarqua pour exercer son voe» d'imtruipe; car voulant le mettre en pratique , qn<Nqii'elle ne fùtî plus dans son couvent , elte trouva moyen de saitisfaire à son obligation autent que cela se pouvoit, en faisant souvent le catéchisme aux domestiques de la maison de Montch^^ vreuil et autres gens du lieu. Madame de Ihinlenon qui, dès ce temps-là, quoiqu'elle fût jeune, faisoit besuooup de cas de la vertu, et l'esUmoit tellement qu'elle n'en pouvoit voir des traite dans une personne sans concevoir bien de l'inclination pour elle, se sentit prévenue en faveur
deceUe litigieuse, et lui donna beaucoup de marques d'amitié ; mais œla n'alla pas plus loin alors, et elles se séparèrent fort contentes Tune de l'autre. Madame de Brioon retourna chez madame sa mère , où , quelques temps après, elle la perdit par la mott, ce qui l'obligea de se retirer dans un couvent avec une très- modique pension. Ce couvent s'appeloit Saint-Leu, piroche Saint- Prix , à deux lieues de Pontoise , où elle demeura deux ou trois ans. Elle trouva dans cette maison une madame de Saint-Pierre , religieuse ursuline de Rouen, et qui, pour des raisons que je ne sais pas, s'y étoit aussi retirée. KHes lièrent ensemble une étroite amitié ; mais ce couvent étante comme le premier, proche de sa ruine, il fallut aussi en sortir; et, ne sachant pas trop que faire, leurs moyens étant très-médiocres, une des amies de madame de Brinon lui conseilla de s'établir en quelque lieu peu éloigné de celui où elle se trouvoit ^ d'y louer une maison , et d'y élever des pensionnaires. Elle donna dans cette proposition , et se retira d'abord à Anvers avec iqadame de Saint-Pierre , sa bonne amie. Elles eurent bientôt, par le moyen de leurs amies, quelques petites filles, dont les pensions leur aidoient à subsister ; elle» furent aussi secourues par les présents des gens de connoissance. Mais tout cela ne satisfaisant pas suffisamment à leur indigence, elles quittèrent Anvers pour aller à Montmorency, où elles espéroient être mieux. Cependant « après y avoir été quelque temps, voyant que leur appii^ cation et leur travail leur fournissoient à peine le nécessaire , madame de Brinon se détermina à chercher le moyen de se pour\'oir plus avantageusement. Elle crut le
trouver dans la bonté du cœur de madame de Maintenon , qu'elle savoit être à la cour en état de lui faire du bien; car elle avoit entretenu quelque commerce de lettres avec elle depuis leur séparation , ce qui Tencouragea à la venir chercher à Saint-Germain, où le roi fieûsoit alors sa demeure , et où cette dame étoit déjà en considération auprès de lui. Elle reçut madame de Brinon parfaitement bien, qui, profitant de ce bon accueil, lui raconta ses malheurs et Tobligation où elle étoit de vivre en particulier, n'ayant pas de quoi se mettre en pension dans un couvent , ce qui lui avoit fait prendre des pensionnaires pour lui aider à subsister. Madame de Maintenon fut touchée de ce récit , la loua fort du parti qu'elle avoit pris d'employer ses talents d'une manière utile au prochain plutôt que de demeurer oisive et à charge à ses amis ; et comme madame de Maintenon avoit toujours aimé la jeunesse et compté pour la meilleure de toutes les œuvi'es de lui faire donner une bonne éducation, elle l'exhorta à continuer cet exercice , lui promit de la se-courir, et lui donna mille assurances de sa bonne volonté, qui, en elle, étoit toujours efficace, pour peu que les choses se pussent faire. Madame de Brinon s'en retourna bien contente et pleine d'espérance , ce qui réjouit beaucoup madame de Saint-Pierre, sa compagne, et peu de temps après elles virent remplir leur attente ; car madame de Maintenon pourvut libéralement à leurs besoins, et leur donna plusieurs enfants qu'elle faisoit élever charitablement en différentes maisons, et leur paya des pensions plus fortes qu'elle n'auroit fait ailleurs afin qu'ils fussent bien et ({ue c^es dames y trouvassent leur
compte. Elles entrèrent si parfaitement dans ses intentions, par les soins qu'elles prirent de ces enfants et la bonne éducation qu'elles leur donnèrent, surtout madame de Brinon , qui se faisoit un devoir de religion et de reconnoissance d'être utile à cette jeunesse, que madame de Maintenon en fut très-contente. Gomme 8{i coutume étoit de suivre toutes ses bonnes œuvres, elle alloit de temps en temps à Montmorency pour voir par ellemême les progrès de ses pensionnaires, dont elle rêvenoit toujours charmée , en sorte que même elle voulut en accroître le nombre. Mais le plaisir qu'elle prenoit à voir cultiver ces jeunes plantes sous ses yeux lui donna envie de les rapprocher d'elle afin de pouvoir les visiter plus facilement; elle en lit la proposition à madame de Brinon qui y consentit fort volontiers ; et elles convinrent de les transférer à Rueil, ce qui se fit sur la fin de l'année 1682. Madame de Maintenon loua là une maison assez spacieuse et commode pour les loger, la meubla , y fit établir une chapelle, leur donna un aumônier et toutes les autres choses nécessaires pour le spirituel et le temporel , après quoi elle remplit cette maison de plusieurs pensionnaires , qui y étoient nourries et élevées à ses dépens ; elle fit venir aussi dos personnes, sages et entendues pour aider madame de Brinon dans ce travail , qui, de son côté , appela deux religieuses qu'elle connoissoit, et qui étoient du même couvent que le sien , par conséquent errantes et sans demeuiT fixe; elles étoient sœurs, et s appeioient Duboso et d'Angien, d'une famille noble de Normandie : c' étoient deux saintes filles. Klles vinrent donc à Rueil, avec l'agrément de malt»
dame de Maintenon, et s'y appliquèrent à rinslrueiion des pensionnaires, quoiqu'elles nVussent pas de grands talents pour cela ; mais elles s'y donnoient de si bonne foi et avec tant de zèle qu'elles se rendirent très-respectables par leurs vertus et le bon exemple qu'on en recevoit. Elles étoient très-capables d'exciter au bien ceux avec (jui elles vivoient. Madame de Haintenon leur payoit pension et à toutes les autres personnes qu'elle «voit attin'îes k Rueil" pour ^tre auprès des pensionnaires et leur tenir lieu de maîtresses ; outre cela, elle faisoit souvent à la maison des présents considérables en meubles, linge, ornements d*autels, argent et choses semblables; mais sa charité n'en demeura pas là; comme elle étoit fort étendue, et qu'elle la portoit à la pratique d'une piété droite et solide , elle se crut obligée d'assister particulièrement les pauvres de ses terres; c'est pourquoi, ne se contentant pas des aumônes qu'elle leur faisoit , elle rassembla plusieurs de leurs filles, qu'elle mit dans le bas de la maison de Rueil , séparées de l'appartement des pensionnaires ; leur donna des maîtresses pour les instruire , et madame de Brinon avoit inspection sur leur conduite. Ces filles portoient un habit de sei^e bleue , et étoient nourries et entretenues par madame de Maintenon, qui, voulant les tenir dans leur état, ne vouloit pas qu'elles eussent rien qui ne fût conforme; ainsi leur linge, et le reste qui étoit de leur entretien , étoit grossier, mais propre et uniforme; leur travail le plus ordinaire étoit de filer, de tricoter, de coudre du linge, etc. ; elles rendoient aussi service à la maison. Madame de Maintenon fit encorr, à Maintenon, une communauté de petits garçons, à
peu près semblable à colle des tilles bleues de Rueil» et pour les mêmes Ans, le tout à ses dépens ; mais cette petite communauté ne dura guère, parce que Ton trouva que la vie sédentaire et réglée qu'on faisoit observer à ces enfants en faisoit plutôt des paresseux et des lâches que des gens de fatigue et do peine, tels que le doivent être 068 sortes de personnes destinées aux gros travaux. Ils ne faisoient que des bas, et, du reste, apprenaient un peu à lire et leur catéchisme, étoient vêtus et nourris bien mieux que chez eux , suivoient un ordre de journée , toutes choses qui ne les rendoient pas, comme j'ai dit, assez forts et robustes , ce qui obligea de les supprimer ; mais, madame de Haintenon les assista d'une autre manière ; car elle a toujours eu grand soin des gens de ses terres.
Pour revenir à la maison de Rueil, elle y alloit dès qu^elle pouvoit se dérober à la cour, et s'occupoit à suivre les pensionnaires dans leurs exercices afin de mieux juger de leur avancement, et d'y contribuer par sa présence et par ses instructions , car son zèle la portoit à leur en faire; elle assistoit à ceux de madame de Brinon, qu'elle goùtoit fort ; elle alloit aussi voir ses petites paysannes, qu'on appeloit filles bleues , qui se tenoient la plupart du temps, en hiver, dans une étable à vaches , pour se mettre à l'abri du froid, comme cela se pratique assez souvent dans les campagnes parmi les pauvres gens, madame de Maintenon ne voulant pas qu'elle fussent élevées dans un autre esprit cpie celui qui leur convenoit. Elle passoit quelquefois des temps considérables dans cette étable, leur faisoit le C4itécbisme, s'in-
formoit à leur maîtresse de leur conduite, non-seulenient en général, mais de chacune en particulier. Sa viie étoît d'en faire de bonnes chrétiennes et d'honnêtes filles, qu'elle comptoit placer quand elles seroient en état de ser\'ir, ou de les établir par mariages ou autrement, selon leur condition. Elle nous a dit plusieurs fois que , quand elle se trouvoit seule avec ces pauvres filles* elle sentoit au dedans d'elle-même une vraie joie intérieure en pensant à l'innocence de leur vie ; elle les voyoit silencieuses , occupées à leurs ouvrages , instruites de leur religion, et retirées, pour la plupart, de l'oisiveté et des ocx'asions oii elles auroient pu cxyimr risque de se perdre. Ces réflexions la frappoient encore bien davantage à l'égard de ses pensionnaires ; c'est ce qui l'excitoit à en rassembler le plus (fu'elle pouvoit sous la conduite de madame de Brinon. Cet établissement de Rueil subsista jusqu'en février 1684^ c'est-à-dire environ deux ans. Madame de Maintenon en étoit si contente qu'elle eût voulu pouvoir y aller plus souvent , ce qui lui fit nattre la pensée de le rapprocher encore plus près d'elle. Il s'en présenta une occasion assez favorable, e&v l'agrandissement du petit parc de Versailles et la clôture du grand, qui se firent dans ce temps-là ayant rendu beaucoup de fermes et de maisons qui s'y trouvèrent renfermées comme inutiles au roi , qui avoit commencé d'en rembourser les propriétaires, madame de Maintenon lui proposa de lui en prêter une pour sa petite communauté de Rueil, qu'elle ne regardoit alors que comme une chose passagère qui ne subsisteroit qu'autant qu'elle aeroit en état de la soutenir, et tout au plus durant sa vie.
comptant toujoui*s pour l)eaucoup d'avoir déchargé, pendant plusieurs années, un bon nombre de familles de quelques-uns de leurs enfants, et tiré plusieurs tilles des dangers où leur mauvaise fortune et le défaut d'instruction les auroit pu exposer. €'étoit une de ses grandes dévotions d'aider à conserver l'innocence des jeunes personnes de notre sexe. Dès qu'elle voyoit une fille un peu jolie, agréable et bien faite, sans bien et sans appui , elle s'en cliargeoit, ou y pourvoyoit d'une autre manière.
Translation de la raaisou de Rueil à Noisy.
Madame de Maintenon , dont l'élévation et le crédit étoient alors au plus haut point, n'eut pas de peine à obtenir du roi la maison qu'elle desiroit. Il lui offrit le château de Noisy ; mais sa modestie étoit si grande qu'elle fit d'abord difficulté de l'accepter, disant que cette maison étoit trop belle, et que la moindre ferme suffiroit Le roi insista sur Noisy, et, pour la mieux engager à prendre ce château, il lui dit que cela lui feroit plaisir parce qu'il alloit tomber en ruine; alors elle acquiesça; et le roi ordonna aussitôt qu'on y lit les réparations nécessaires et les ajustements convenables à l'usage qu'on en vouloit Caire. On rompit la plus grande partie des dedans pour y trouver de grandes pièces propres à y Cure des classes, des dortoirs, un réfectoire, une infirmerie, une chapelle , etc. Tout cela fut fait en quatre mois, et
coûta plus de dix mille écus au roi. Pendant (pie ces ou* vrages se faisoient, madame de Haintenou oontinuoil ses viûtes et ses bienfaits à Rueil ; elle alloit anssi quelquefois à'Noisy voir si tout avançoit; elle y menoit madame de Brinon, afin qu'elle pût donner ses avis, auxquels elle défiéroit beaucoup. Lorsque tout fut achevé, le roi voulut encore donner les gros meubles, comme tables, armoires, chaises, lits, bancs et dioses semblables qu'on navoit pas à Rueil en si grande étendue et quantité, qu'ils ne devinrent nécessaires. Dès qu'on eût disposé et mis toutes choses en ordre, madame de lUlaintenon fit venir à Noisy sa communauté de Rueil. Ce fut le lendemain de la Purification, de Tannée 1684, qu'on commença à déménager ; et, afin de le faire plus promptement, on prit ce qu'il y avoit de voitures en attente à Versailles; madame de Haintenon donna son carrosse, en emprunta à quelques-uns de ses amis , partagea tout ce qu'elle avoit d'officiers et de domestiques entre Rueil et Noisy, les uns pour présider au départ et les autres pour recevoir à Noisy ce qui venoit de Rueil, d'autres accompagnoient le convoi. Il y avoit aussi des suisses qui servoient à charger et à décharger les voitures. La marche fut dispos<'»e en œtte sorte : le corps de sainte Candide, qui avoit été donné à madame de Maintenon par le pape Innocent XI , et qu'elle avoit fait mettre dans la chapelle de Rueil pour y être vénéré, venoit le premier, en carrosse, accompagné de l'aumônier, revêtu du surplis et de l'étoie, mesdames de Brinon et de Saint-Pierre , avec tes deux religieuses dont j'ai parlé , suivoient dans un autre carrosse , ensuite venoient les principales pensionnaires
dans ce qui re^loit de carrosses, et étoieiit suivies de charriot& et de charrett^^s, chargés de lits et des autres meubles , avec le reste des pensionnaires, qui étoient des petites filles, qu'on enveloppa dans des couvertures à cause du froid , qui est ordinairement assez rigoureux au mois de février, et qui Tétoit fort cette année-là. M. Manceau, maitre-d' hôtel de madame de Maintenon, dont il sera souvent parlé dans ces Mémoires , étoit à Noisy pour faire mettre tout en ordre à mesure qu'on arrivoit : c'étoit un honune intelligent et de mérite , dans la sagesse duquel madame de Maintenon se reposoit. La première chose que Ton lit, dès qu'on fut arrivé à Noisy, fut de porter la i*elique de sainte Candide , avec beaucoup de décence , dans la cliai)elle qu'on avoit préparée ; ensuite toute la troupe se répandit dans la maison , où l'on trouva grand feu et des tables couvertes des rafraîchissements nécessaires ; les filles bleues vinrent après, et furent logées, avec leur maîtresse, dans un pavillon au pied du château, où elles observèrent les mêmes règles qu'à Kueil.
La maison de Noisy avoit été belle ; elle l'étoit encore assez. Elle consistoit en un grand corps de logis qui coutenoit bien des chambres et de grandes pièces, tant en haut qu'en bas, quatre pavillons détachés ou isolés, qui faisoient face au château, deux sur le devant et deux sur le derrière, deux autres pavillons au bas de l'avant^ cour; et la maison du suisse étoit au milieu, à côté de laquelle il y avoit une grande porte cochère ; ce suisse la gardoit afin qu'il n'entrât ni ne sortit personne sans la permission de madame de Brinon , ce qui s'observoit fort
exactement. Outre cela, on établit aussi à la paje dn château une personne du dedans à qui le suisse vontannoncer ceux qui demandoient à voir quelqu'un de la maison , et cette personne Talloit dire à madame de Brinon, qui aocordoit ou refusoit , selon qu'elle le jugeoit à pro* pos. Quand çétoient des visites, on alloit les recevoir dans un beau vestibule où il y avoit des bancs pour s'asseoir, car il n'y avoit point de parloir. Comme cm passoit et repassoit souvent dans ce vestibule pour aller où on avoit affaire, cela tenoit lien d'accompagnantes. Madame de Brinon recevoit ses visites chez elle, dans sa chambre ; comme ce n'étoit pas une clôture que la maison , elle faisoit entrer qui elle vouloit.
U y avoit aussi à Noisy un bois à peu près comme celui-ci * , même il me semble qu'il étoit plus grand ; des allées bien percées, qui faisoient de belles promenades, et deux jardins où l'on n'alloit guère , parce qu'ils étoient plus pour l'utilité que pour la beauté : l'un étoit potager, et il y avoit dans l'autre beaucoup d'arbres fruitiers. On y voyoit une belle grotte, revêtue de coquillages, et où plusieurs figures tirées de la fable étoient représentées.
' Celui de Saiiit-Cyr.
Des carros:»es tic Kueil chez la du Uam .
Marie-Jeanne Vaubernicr , comtesse du Barry qui , de courtisane, était devenue quasi reine ^ avait quitté Versailles depuis plusieurs jours, quand empira le roi Louis XV. Ce prince , s' étant rappelé les scènes de 1744^, à Metz, contre la duchesse de Châteauroux, avait de luimême fait donner à madame du Barry Tordre de s'éloigner, et il avait prié le duc d'Aiguillon de la recevoir. Elle s'était donc retirée à Rueil chez ce ministre qu'elle avait elle-même porté au ministère de la guerre par ses intrigues. Plusieurs seigneurs allèrent }a voir ; la malignité avait alors observé les douze ou quinze voitures qui stationnaient à la porte , et longtemps à la cour de I^uis XVI , ce souvenir fut un titre de défaveur pour ces œurtisans de la disgr&ce , longtemps on les montra du doigt en disant : « C'était un des carrosses de Rueil. »
La du Barry resta chez le duc d'Aiguillon jusqu'à l'avénement de Louis XVI au trône.
Elle habita alors le pavillon qu'elle avait fait bâtir suite versant nord-est de la colline de Louvecienne, au dessus de la machine de Marly. Elle y resta jusqu'à son arrestation amenée par la trahison d'im de ses domesti- (|ues.
La du Barry avait un goût particulier pour les i)orcclainesdeSaxe, do Sèvres e( du. lapon. CoquVIlo i)ossédail
en (îe genre était admirable. Tout fut disséminé dans irs villages des environs , après sa mort , et pendant longtemps ce fut une mine que vinrent exploiter les marchands de bric-à-brac. Maintenant cette porcelaine est devenue plus rare , et nous ne connaissons plus dans les environs qu*un magnifique déjeuner du Japon , dont les peintures sont admirables.
( Anecdote traditionnelle. )
I^ettre écrite de Rueil à Louis XYIIJ , i>ar Bonaparte pieiiii^':r CuukuI
Bonaparte, l*"" Consul de la République.
RmH, 1« 3U Fructkiur. «i 8 <U U Br|ml>U«|N».
J'ai reçu , Monsieur, votre lettre. Je yous remercie des choses honnêtes que vous m'y dites.
Vous ne devez plus souhaiter votre retour en France. U vous faudrait marcher sur cent mille cadavres
Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France I/histoire vous en tiendra compte.
Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille. Je contribuerai avec plaisir à la douceur et à la tranquillité de votre retraite.
BONÀPARTK.
La ietlre suivante , de la niéiue dale et écrite par liCbrun à Louis XVllI, prouve ([ue le premier consul et I^brun s'étaient entendus sur la réponse à faire à la proposition de rétablir la branche aînée sur le trùiie.
Monsieur ,
Vous rendez justice à mes sentiments et à mes principes , ser\'ir ma patrie fut toujours le plus cher de mes vœux comme le premier de mes devoirs ; c'est pour aider à la sauver que j'ai accepté la place que j'occupe, mais il faut vous le dire, si je vous vois le courage de l'entendre, ce n'est pas en lui rendant un roi qu'on -peut la sauver aujourd'hui : si j'eusse pensé autrement , vous séries sur le trône, ou je serais dans la retraite. Les circonstances vous condamnent à la vie privée, mais soyez bien sûr que le premier consul a la vertu aussi bien que le courage d'un héros, et cpie sa jouissance la plus douce sera de donner des consolations à vos malheurs. Pour moi. Monsieur, je conserverai toujours pour votre personne les sentiments que me permettent les intérêts de la patrie * .
' Ces deux lettres copiées sur ies originaux authentiques apparteuairut a iVJ . Brogue d'Auch, qui les avait communiquées à M. Je Sous-Préfet d*Aucb le dix juin 1837, celui-ci au ministre de Tlnstruction publique, qoi les avait envoyées au conservateur de la bibliothèque avec la proposition du
propriétaire qui en demandait dix mille francs.
La Malmaison Miii* IVmpin*.
Nous avons déjà parlé de la Malmaison, toutefois, nous croyons nécessaire d'ajouter ici quelques détails qui n'ont pu trouver place dans le cx)rps de l'ouvrage.
Joséphine fit l'acquisition de la Malmaison avant son mariage avec Bonaparte. C'est à tort que l'on a prétendu que le général en chef de l'armée d'Egypte, avant de s'embarquçr pour les rives du Nil, avait témoigné le désir de se trouver à son retour possesseur d'une maison de campagne, et que, docile aux instructions qu'elle avait reçues, Joséphine, après avoir hésité longtemps entre Ris et la Malmaison, le décida pour ce dernier séjour.
Plus tard h son retour de la seconde campagne d'Italie, Bonaparte (it restaurer et agrandir le château en conservant son ancienne forme , ses défauts et ses avantages. Ici, nous trouvons encore une erreur à réfuter. Bonaparte n'acheta pas de chftteau voisin comme le prétend un auteur contemporain pour l'englober dans le parc de la Malmaison.
La bibliothèque fut construite d'après les dessins et sous la direction de M. Percier, architecte. Dans le centre de la serre chaude dont nous avons déjà parlé, se trouvait un vaste salon dont l'ouverture était ornée de deux belles colonnes de marbre , brèche violette de 12 pieds de hauteur avec chapitaux et bases (iorées que M Alexandre
I^noir avait promis à Joséphine, qui l*avait nommé conservateur honoraire de ses antiquités.
On voyait aussi à la Malmaison une collection de vases grecs peints et une suite de bronzes antiques , provenant des découvertes faites à Herculanum et à Ponîpeia. Au nombre de ces antiques remarquables , que Joséphine avait reçus du roi de Naples, pendant que son mari était en Italie, se trouvaient dix tableaux grecs peints sur un enduit de ciment recouvert de stuc, représentant les neuf Muses , et Apollon Musagète. Ces différents objets d^art ont été transportés au musée du Louvre. Quant à la fontaine construite avec une colonne de granit antique de quatorze pieds de haut, que M. Lenoir avait fait venir de Metz , et que Ton voyait devant les serres , elle n'existe plus, a Sur un rocher d'où Teau paraissait sortir, continue M. Alexandre Lenoir à qui nous empruntons ces détails, je fis constniire un temple dans le goût antique dont le porche était orné de huit colonnes ioniques de marbre rouge, de huit pieds de hapt. Tune et l'autre provenant du musée des Petits-Augustins. Je procurai aussi un saint François, en habit de capucin, par Germain Pilon, pour être placé dans une grotte, ainsi qu'un ba&-relief funéraire, sculpté en marbre par Ginirdon , afin qu'il y eût dans le parc un tombeau suivant Tordonnance d'un jardin anglais. Ce n'est pas tout , une grande pièce d'eau , dessinée en forme de miroir, était au sommet d'une colline à la gauche du parc. Je Tornai de deux colonnes rostrales de 14 pieds, sculptées en marbre sarancolin , provenant du chÀteau de Richelieu en Poitou ; au centre, je plaçai une statue colossale
de Neptune , par Puget, achetée à la vente (le Tamateur l>onjeux. Je fis venir de Metz la façade d'une chapelle içothique des grands Carmes, de 36 pieds de haut, sculptée à jour et d'une légèreté extraordinaire; elle devait ^tre placée sur le penchant d'une autre colline légèretnent boisée, située près du château : elle aurait été vue de la bibliothèque. — Pendant le séjour du général Bonaparte en Egypte, je fis placer à la porte du château donnant sur le parc et en tôte du pont-levis , deux obélisques de 14 pieds , en marbre rouge de Givet , ornés d'hiéroglyphes dorés, que je m'étais procurés du château de Richelieu, où ils me furent vendus avec d'autres antiquités, par M. Bontron, qui en est encore le propriétaire. C'est une surprise que madame Bonaparte et moi avions l'intention de procurer au général à son retour en France. I^. château de la Malmaison n'éprouva aucun changement dans sa construction ; l'intérieur seul fut restauré , I^ façade extérieure donnant sur la cour fut décorée d'une suite de statues en marbre , d'après l'antique ; venant de la destruction du parc de Marly , vendu , ainsi que le château, à un nommé Àudrianne. J'ornai le péristyle et l'antichambre de bustes en marbre et en bronze. M. Charles Percier fit décorer la salle du conseil ave<; des trophées de guerre, et il fit peindre dans la salle à manger des figures allégoriques sur un fond de stuc, par Laflitte. Dans le salon qui précède cette pièce on voyait le beau portrait de l'impératrice Joséphine sur un sopha de velours jaune, et celui de la reine Hortense avec ses enfants, par Gérard. (Ce tableau se trouve maintenant à Munich, et la copie en tapisserie qui en avait été
faite par les Gobelins est à Rome chez madame Salvage de Faverolles. ) Dans le salon de réception étaient deux magnifiques tableaux , figurant des sujets d*Ossian , l*un par Girodct , et Tautre par Gérard : tous deux ont été gravés. Quand TEmpereur était à la Halmaison, on dressait des tables dans toutes les pièces de Tappartement, on plaçait dessus des cartes de géographie , qu'il consultait en traversant les pièces , ses mains derrière le dos selon sa coutume. — L'impératrice demanda à M. Berthaud, moins habile architecte qu'homme intelligent dans la distribution d*un jardin à la manière anglaise , de lui construire un théâtre et une galerie pour les tableaux précieux qu'elle posséxiait. Cette galerie spacieuse renfermait entre autres deux magnifiques tableaux de Paul Patter , la Ferme d'Amsterdatn , connue sous le nom de la Vache qtU pisse 9 la Chasse que les hommes font aux animaux ^ et au centre dans le même tableau la ReprésaiUe des animaux exercée sur l'homme; les Quotité heures du jour, par Claude Lorrain ; une Entrée de forêt , par Berghen , et ï Arquebuse^ de David Teniers, tableau très- remarquable par le nombre des figures et leur proportion d'environ 15 pouces. À la mort de cette princesse , ces tableaux, une Danseuse et un Paris ^ sculptés en marbre blanc parCanova, ont été vendus à l'empereur de Russie, 800,000 francs. En peintures modernes , on voyait un très-beau tableau de M. Granet, le Peintre français^ Stella dans la prison de F Inquisition de Home , la Mort de Jtaphnël, parH. Bergeret; desNymphes, par madame Mayer, un Pacha qui fait peindre sa maîtresse, par Carie Vanloo, et une Vtte de fa salle du XI II* siècle, ou mwiée des ma-
mtments ftwirais^ clief- (l'œuvre do H. Bouton. On conçoit que ce séjour enchanté devait plaire à une femme aussi gracieuse et aussi instruite que Tétait Joséphine ; il plaisait infiniment aussi à l'Empereur ; il y passa quelques temps à son retour de Ttle d'Elbe et après son abdication. L'Impératrice aimait les tableaux et par dessus tout les plantes et les fleurs. Elle avait des tulipes et des jacinthes doubles de Hollande de la plus grande beauté. Un jour de printemps ([ue je me trouvais avec elle dans les jardins, elle s'arrêta devant les plants des tulipes et des jacinthes, qui étaient prêtes à fleurir; les larmes lui vinrent aux yeux, et elle me dît : « Je suis malheureuse, mon ami , voilà deux ans que je suis privée de les voir en fleur. Bonaparte m'appelle toujours auprès de lui dans ce moment-là. »
L'empereur était en Allemagne. Lé jour où fut signé sou divorce, elle m'avait donné rendez-vous aux Tuileries, à neuf heures du matin.
Après avoir été prévenu de mon arrivée , elle me fit dire: « Dites-lui qu'il m'attende jusqu'à c^ que je puisse le recevoir. ï> 11 était six heures du>6oir lorscfueje lavis. En me recevant elle s'exprima ainsi : « Eh bien ! mon ami , c'est une affaire finie, mon divorce est prononcé ! . . . Je m'y soumets, puisque l'Empereur dit que c'est pour le bonheur de la France; ; je ne puis vous retenir plus longtemps; il a la cruauté d'exiger que je tienne le cercle ce soir. Je me retire à la Malmaison où je me livre* rai tranquillement à mon goût pour les sciences et les arts : vous y viendrez n'est-ce pas? Voyez, l'on fait déjà mes paquets ; venez demain à dix heures , je vous
conterai tout. » Je lui liaisai la iiiaiu et nie retirai. Bonaparte qui avait aimé Joséphine, ne put l'oublier : après son mariage avec Marie-Louise, il vint souvent la voir.
Pendant le séjour des alliés à Paris, Fauguste Joséphine conçut le projet de donner une fête à l'empereur Ale»iiidreetau roi de Prusse, dans Fintention de se ménager ces deux puissances pour ses enfants. J'allai la voir : c'était le. dimanche qui a précédé celui de sa mort. Je la trouvai in* disposée; mais comme elle était extrêmement courageuse, elle me retint, me parla de son projet, et à ce sujet me fit quelques confidences sur les arrangements qu'elle avait à prendre. En effet, le mardi suivant, elle reçut Tempereur de Russie , lui fit présent d'un camée antique d*mi très-grand prix , et ou\Tit le bal avec lui. Après avoir dansé, ils passèrent tous deux dans le parc on ils se promenèrent longtemps. Joséphine y gagna du froid ; rho— midité qu'elle avait éprouvée augmenta sa disposition catarrhale ; elle se mit au lit le jeudi suivant, le joar où elle était attendue aux Tuileries pour être présentée à Louis XYin. Sa visite n'eut pas lieu , je le sus le même jour d'un huissier que je vis au chÀteau. Enfin cette bonne et admirable princesse, aussi gracieuse par son esprit qoe par tout le charme de sa personne , expira le dimanche suivant d'une angine gangreneuse.
Napoléon, à ses derniers moments, était encore tout Empereur; ce qui le préoccupe, c'est la guerre , c'est la France.
Josépliine, à ses dermiers instants, n'était toujours que l'épouse de Napoléon, ses dernières pensées, ses demîè^
res paroles sont pour lui : L'île fTKibe! Napoiéon ! voilà ses derniers niots. *
Nous savons, paries mémoires de Constant, que le premier Ck^nsul passait, à la Malmaison , tous les moments qu'il pouvait dérober aux affaires qu'il appelait non coilier de misère.
C'était surtout la veille de chaque décadi que le château s'apprêtait pour le plaisir et pour les fêtes. Nous lisons le passage suivant dans la Revue de TRmpire. {Pf du !•' décembre 1843.)
— «Ce jour-là Bonaparte arrivait exactement , mais tard ; il y avait alors quelques heures d'une attente inquièle ; on savait que les ennemis du premier Consul , toujours prêts pour les coups de main, n'avaient pas. renoncé au projet de l'enlever sur le chemin de la Malmaison.
L'insucc>ès de leurs p^emi^^es tentatives ne les décourageait point, et leur acharnement croissait avec les obstacles. Joséphine avait toujours soin d'envoyer au devant de Bonaparte des domestiques armés ; souvent même elle les suivait avec les habitués du château, qui tous auraient donné leur sang pour elle et pour lui. Bonaparte accueillait ces Venforts et ces corps do réserve avec un sourire moqueur et quelques railleries bienveillantes. » La route s'achevait sans qu'on eût rencontré, disait-il un soir, ni Don Quichotte ni ses moulins. — Fort bien , reprit quelqu'un ; mais deux précautions valent mieux cpi'une : prudence est mère de sûreté ; tant va la cniche à l'eau.... — Parbleu ! voilà Sancho , s'écria Bonaparte ; je le reconnais à ses proverbes! Hâtons- nous, car son maître
ne doit pas être loin. » Et il entra en riant au cli&teaii. Parfois- aiissi^ ces témoignages de crainte Tindiâposaient contre Joséphine , et alors il cherchait Toccasion de les tourner en ridicule. Un soir qu'elle n'avait pu aller à la rencontre de Bonaparte, elle le vit tout à coup entrer chez elle avec une étrange précipitation : c'était une entrée à la Talma. Après «voir lancé autour de lui des regards qu'il s'efforçait de rendre significatifs , il se jeta dans un fauteuil , et respirant avec bruit. « Parbleu s'é- (•ria-l-il nous l'avons échappé belle ! Qu'est-ce donc, mon ami? reprit Joséphine; qu'est-il arrivé, parle, tu me fais peur! — Il est arrivé, ma chère, continua froidement Bonaparte, que deux secondes plus tard... et... — Et... quoi donc... un complot ! une attaque, tu étais poursuivi, x)n en voulait à tes jours ! Mon Dieu cela ne finirat-il point ! toujours des ennemis ! des assassins !... Bonaparte, je te l'ai dit souvent, tu ne veux pas m'entendre, cette route est seméiî de périls î Tu as vu l'autre jour ces ornières qu'on avait creusées pendant la nuit... Ils espéraient que ta voiture verserait là , et peu s'en est (allu que leur espoir ne s'accomplit ! Il ne faut plus venir si tard; tu me le jures!... Tu ne me réponds pas... — Et comment veux-tu que je te réponde ? où placerfti-je un mot? Tu m'accables de paroles; j'attends mon tour... — Eh bien ! explique-toi. Vois, je suis calme maintenant ; j'écoute. Tu disais que deux secondes plus tard et... — Et nous aurions reçu.... car nous sommes venus à cheval... — Quelques coups d'armes à feu, n'esta ce pas ? — Va ! parle ! chère amie. Décidément tu en as pour le reste de tes jours... — Mais enfin. — Nous au-
rions reçu Taverse qui tombe en ce moment. » Et , jen effet il pleuvait à torrents.
Dépité de cette mystification , Joséphine prit ce petit air boudeur (jui lui allait si bien . Bonaparte ne fit pas d'abord semblant de s'en apercevoir ; il était aise que sa femme réfléchit quelques instants sur la petite leçon qu'il venait de lui 'donner à Tendroit des inquiétudes auxquelles elle se livrait, selon lui avec trop de prédilection , puis, quand il crut que renseignement avait profité, il se leva sur la pointe du pied, s'avança d'un pas de loup derrière Joséphine , la prit par le bout de loreille gauche, la força de tourner vers lui sa gracieuse figure, et, lui donnant deux tapes sur hi joue, il lui dit : « N'aie donc pas peur, ma grosse bête!,,, estce qu'ils oseraient, » C'était en style familier , cet autre mot qu'il répéta plus tard : Le l)oulet qui doit me tuer n'est pas encore fondu.
Un jour advint pourtant que les inquiétudes de Joséphine furent sérieusement justifiés ; une nouvelle conspiration était organisée contre le premier Consul ; les conjurés devaient, à l'aide d'un travestissement, ^. mêler k l'escorte qui accompagnait l^^naparte sur le chemin de la Malmaison, et attenter à ses jours. Leur point de ralliement était aux carrières de Naiiterre. Cette fois encore leur complot échoua ; mais ils ne s'étaient point bornés a <;e projet, ils avaient lié des intelligences avec les ouvriers du château ; le soir même on trouva sur le bureau du premier Consul une tabatière semblable à c«lle doiit il se servait; on crut d'abord qu'elle lui appartenait, et que son valet de chambre l'avait oublie ; mais la sollicitude
de Joséphine était trop éveillée pour qu'elle s'endonnit aisément, elle s'empara de la boite, fit analyser le labtc ; il était empoisonné.
Cependant la Malmaison s'embellissait cliaque jour ; déjà elle possédait une galerie de peinture et de acolpture ; un cabinet d'antiques, une bibliothèque, un cabinet d'histoire naturelle , un jardin botanique : tout cela était l'œuvre de Joséphine. La part de Bonaparte conûs» tait principalement à augmenter les dépendances du chÂteau ; c'était un pré, une vigne, une prairie, qui, ajoutés au domaine, l'arrondissaient d'autant.
Puis venaient les fêtes dont le souvenir a survécu aux splendeurs de la Malmaison ; puis les pai*ties de barres, auxquelles chacun prenait une si vive part , et surtout le premier consul, qui trouvait dans cet exercice ses premiers souvenirs de Brienne , et quelque folle image de ses immortelles batailles.
Les deux camps sont formés : voici d'un côté Bonaparte^ Lauristou, Kapp, Eugène, et les demoiselles Auguié, dont 1 une épousa plus tard le maréchal Ney; de l'autre côté Joséphine, Hortense, cette autre perle de la Malmaisoa, Jérôme, madame Caroline Murât, Isabey, Didelot, de Luçay. La lutte est engagée ; bientôt deux files de prisonniers se déroulent de part et d'autre : mais le nombre e^t ^;al, la victoire indécise : c'est le moment de frapper le grand coup, la garde va donner, Bonaparte s élance, avec quelle vigueur, quelle impétuosité! Hortense est poursuivie, elle s'épuise en détours, en ruses de guerre, mais la voilà perdue.... Quand le premier Consul, rencontrant sous ses pieds une racinp cachée dans rherbe, s'étend tout de
son long sur le champ de bataille. Un cri s*élève , mais fionaparte se relève avec de grands éclats de rire et se livre aux vainqueurs. Les chutes imprévues Tarrétaient presque toujours au milieu du triomphe, et devenaient une source de plaisanteries aussi bruyantes qu*inoffensives.
Venait alors rechange des prisonniers , de là , grande querelle, il fallait deux ennemis pour le rachat du Premier Consul, et trois au moins pour Hortense, dont Tintrépidité connaissait peu de bornes.
Ces différences constituaient , à proprement parler , toute Faristocratie de la Malmaison.
Quand on avait repris haleine, on se réunissait frater^ nellement, vainqueurs et vaincus, autour d'une collation champêtre, et, après quelques heures de repos on passait au théâtre où Ton jouait la comédie sous la direction de Michat. Les principales pièces du répertoire étaient : Le harbier de Séviile^ le Dépit amoureux^ la Gageure impré^ me, etc. Bonaparte ne prenait point de rôle; il composait, avec Happ, Jérôme, Isabey, Didelot, et les convives du jour, l'auditoire dont la critique s'endormait rarement et s'exhalait en plaisanteries quelquefois personnelles mais toïijours accueillies avec le respect dû au public souverain.
Viw promena*!*' «K* rimiMTatrûv J««M^|»liiii»*
C était au mois de juin 1806, rimpératrice Joséphine, qui était alors à la Maluiaison , eut un matin la fantaisie de faire seule une promenade dans la campagne ; une demi-heure après elle se dirigeait, en calèche découverte , vers Saint-Germain. A peu de distance du Pecq , sa voiture rencontre une carriole d'osier roulant au trot pesant d'un cheval de labour. Aux cris de ^ore / ^utre / répétés par Dargens, Tun des valets de pied de l'Impératrice , le paysan assis dans sa carriole répond par un sourire naiH]uois, et il continue à cheminer sur le milieu de la chaussée. Sur Tordre exprès de Joséphine, Dulac, son cocher, prend le débord, mais si juste ou plutôt si adroitement, que du même temps qu'il détourne, il accroche la carriole et la renverse sens dessus dessous. Joséphine, effrayée, tire le cordon et ordonne d'arrêter « puis elle met pied à terre. Au même instant, le paysan, qui malgré la violence de la culbute n'avait eu aucun mal , sortait de sa carriole et s'avançait vers la calèche.
— N'êt<îs-vous pas blessé? s'écria l' Impératrice. aVoire ! il ne manquerait plus que ça, répondit insolemment le paysan ; si ça continue, ces gueux de parvenus marcheront bientôt sur le ventre à tous les honnêtes gens. Je jj;age que rclle-oi est au moins la personnière d'un fournias<Mir.
Le cocher, qui avait enteiulii ces paroles, faisait déjà siffler son fouet au dessus de sa tête dans l'intention d'adnii* lustrer à ce rustre une correction sévère et bien méritée. De son côté, le valet de pied s'était élancé vers Tinsolent campagnard, et Fayant saisi par la cravate il le fit de vive force mettre à genoux dans la poussière ; mais grâce à un signe impérieux de Joséphine, cette scène de violence Q alla pas plus loin. Cette excellente femme voulut même que Ton aidât à relever la carriole, puis elle remonta en voiture et s'éloigna.
Bientôt on fut en vue du Pe<îq ; Tlmpératrice jeta en passant , les yeux sur une jolie métairie nommé Bois-Joli , et qu'elle avait remarquée plusieurs fois à cause de son heureuse situation et du riant aspect qu'elle offrait. Cette fois , il lui parut qu'il s'y passait quelque chose d'étrange ; une douzaine d'individus au visage sinistre , entouraient plusieurs charettes chargées de gerbes ; les chevaux , les vaches , les ânes , étaient parquetés pêle-mêle dans la cour , on voyait tous les meubles épars sur le • gazon. Une femme , jeune encore et entourée de six enfants, paraissait absorl)ée dans la plus profonde douleur ; seule, une vieille femme , paraissant être la grand' mère semblait résignée, et roulait un chapelet entre ses doigts, tandis que les deux plus jeunes enfants , assis sur des matelas empilés , jouaient avec un dogue accoutumé à leurs naïves caresses. La bonne Joséphine , émue jus- ((u'aux larmes par ce spectacle , descendit aussitôt de voiture, elle entra dans la métairie, et tel était l'accablement de la famille, que l'arrivée de cette dame inconnue fut à |>einc remarquée: rinipt'ratricc s'adressa à la grand'-
mère ; et lui demanda quel malheur était arrivé dans l'habitation.
Hélas ! répondit la bonne femme ; tout ce qui nous arrive aujourd'hui est bien un peu de la faute de mon fils Richard , qui ne veut rien faire conune les autres ; Dieu merci , pourtant , c'est un bon sujet , mais il s'est laissé enjôler par des savants , et ça Ta perdu.
— Et comment , dit Tlmpératrice , des savants ont-U pu perdre votre fils ?
— Oh ! ça n'est pas malin , allez. Un jour il en vient un ici, nommé Parmentier, celui qui a inventé les pommes de terre. — Mon cher Richard, dit -il, voici une bonne découverte ; on est maintenant certain que la betterave, dans nos climats , contient plus de sucre cristallisable que la canne à sucre dans nos colonies.
— Est-ce possible ? dit Richard.
— Si possible, répondit T inventeur des pommes de terre, qu'il ne tiendra qu'à vous d'avoir d'ici à quelques années une sucrerie sur votre propriété; il ne faudra pour cela que mettre la moitié de vos terres en betteraves.
— Et l'usine ? fit Richard.
— Je m'en charge... c'est-à-dire que c'est l'Empereur qui s'en chargera. Là dessus , Richard se lance , il met en betteraves la moitié de son bien ; l'Empereur donne des fonds pour l'usine ; ça paraissait superbe. Hais voilà qu'au bout de six mois , Napoléon s'en va batailler je ne sais où comme un turbulent et un tapageur qu'il est ; il oublie Richard et ne lui envoie plus rien. Pourtant nous faisions du sucre ; mais les bons ouvriers manquaient, et ce sucre nous coûtait plus cher que nous
ne le vendions. Richard disait toujours ; Attendons : Napoléon qui n'oublie rien, se souviendra de moi et il m*aidera de nouveau. En attendant, il faisait des dettes; il empruntait à gros intérêts et il engageait son bien. Puis les échéances sont venues, il n'a pas pu payer, et ce mécubant homme de Grevin , son plus fort créancier , s'est mis à nous poursuivre à boulets rouges , si bien qu'au-^ jourd'hui tout ce que nous possédons va être vendu.
— Et où est donc votre brave fils , demanda Tlmpératrice encore plus vivement émue par le récit.
— - U est allé à Paris où il avait espoir de se procurer de quoi satisfaire ces bandes d'huissiers qui se sont abattus sur notre maison comme des corbeaux sur un cimetière ; mais s'il avait trouvé ce qu'il est allé chercher , il serait de retour maintenant, et dans tous les cas il arrivera tnop tard , car j'aperçois Grevin qui vient sûrement presser les huissiers d'en finir. »
Gomme la bonne femme achevait ces paroles, un bomme entrait eiFectivement dans la cour.
L'Impératrice tourna la tête, et ne fut pas peu surprise de reconnaître l'homme qui l'avait si grossièrement insultée sur la route.
— Eh bien ! dit Grevin en ricanant , il parait que ce n'est pas tout sucre que de semer des betteraves.... Ah ! ça , est-ce que nous n'en finissons pas aujourd'hui ? Il me semble qu'il est bien l'heure de faire partir tout ça pour Saint-Germain ; on vend mieux et plus cher le matin que le soir.
Tandis que cet homme parlait, la moins jeune des trois grandes filles qui entouraient leur mère, et qui
étak d'une beauté remarquable , regardait d'uti air in- ((uief la route de Paris. Tout à coup un rayon de joie illumina le visage de cette jolie fille. L'Impératrice porta ses regards dans la même direction et elle aperçut an paysan de bonne mine et d'une taille vigoureuse qui avançait rapidement à travers les blés et lés herbages ; c'était Lombard^ le fiancé de la jolie fille. Il arriva toat essoufflé, tenant un sac de toile bleu, qu'il jeta aux pieds de la femme Richard.
Cl Voilà tout ! s'écria-t-il , en poussant un gros soupir ; il y a là dedans sept cent trente francs ; ce n'est guère; mais voilà tout ce que j'ai. Reste à savoir si le brigand se contentera de cet à-compte.
— Je le prends toujours , mon garçon , dit Grevin en se baissant pour ramasser le sac ; nous verrons après. i>
Mais au même instant Lombard mit le pied sur le sac, n\ même temps que d'un poignet vigoureux il saisissait Grevin au collet et l'obligeait à se relever : « J'ai apporté cela pour sauver Richard et sa famille , dit-il ; si cette somme ne fait que suspendre sa ruine sans l'enipéelier, je la garde , elle trouvera son emploi. »
Tout cela s'était passé si vite que Joséphine n'avait pu prendre la parole ; mais enfin se tournant vers la famille éplorée , elle dit :
— Mes amis, Richard est un honnête homme et un bon citoyen ; à ce double titre je le prends sous ma protection et je réponds de toutes ses dettes.
«Ta , ta , ta ! lit Grevin , je ne donne pas là dedans, moi : répondre n'est pas payer, et des paroles ne valiMil pas (le l'argent.
— Prenez garde , dit Joséphine, dont le visage s'anima légèrement , vous pourriez payer cher votre insolence !
. — ► Tiens , reprit Grevin en se tournant vers Tlmpé-
ratrioe, cesi la particulière qui m'a fait verser pa&
fâché de la rencontre ; faudra nous entendre pour les dommages-intérêts. »
En ce moment un homme parut ; il s'avança rapidement, puis il s'arrêta tout à coup comme frappé de stupeur : il venait de reconnaître Tlmpératrice.
— Approchez , mon cher Richard, lui dit Joséphine qui, à la joie qui avait brillée sur tous les visages, devinait que ce devait être le chef de la famille, approchez, l'Empereur n'a pu s'occuper dans ces derniers temps de votre louable entreprise ; mais il ne vous a pas oublié , et vous avez eu tort de' ne pas lui faire connaître votre fâcheuse
position Maintenant tout est fini , vous n'avez plus de
dettes.
— Ah ! Madame , répondit l'honnête homme en tombant aux pieds de l'Impératrice , il y a longtemps que je sais que partout où pénètre Votre Majesté il n'y a plus de malheureux.
— C'est l'Impératrice Vive l'Impératrice I s'écria
en chœur la famille.
Et tous vinrent se prosterner et embrasser ses genoux.
— ' L^Impératrice! disait Grevin en tournant les talons et en faisant signe aux huissiers de le suivre ; qu'est-ce qnî aurait jamais cru ça; Bonaparte est capable de me fiaîre fusiller.
Et il disparut sans que Joséphine prit la peine de le rassurer.
Dès le lendemain , Napoléon instruit par Tlmpératrice de ce qui s'était passé envoyait 10,000 f. à Richard. De son côté, Joséphine voulut doter la fille aînée de ce brave homme, qui épousa Lombard, et tous deux obtinrent un emploi lucratif à la Malmaison.
a C'est singulier, disait Joséphine en rentrant au château une heure après cet événement, mes pressentiments ne me trompent jamais : j'étais sortie ce matin avec Fassuranoe que je trouverais l'occasion de faire des heureux. y>
Anecdote h^aditionnelle .
Le Prince Eugène apprenti menuisier.
On sait assez généralement qu'Eugène de Beauhamais, fils de Joséphine, fut mis en apprentissage chez un menuisier peu de temps après la mort de M. de Beauharnais, son père. Mais ce qu'on ignore, c'est que ce fut à Croissy , près du château que sa mère devait habiter comme Inopératrice, qu'Eugène fit son app^ntissage. Le maître menuisier chez lequel il entra se nommait Cockard. Dès
les premi(;res années du séjour de Umpératrice à la Malmaison , tous les anus du père Cochard rengageaient à se présenter au château , mais toujours le brave homme s'y refusa. « Ils doivent savoir ce qu'ils ont à faire, répondit-il toujours, ce n'est pas à moi à le leur rappeler.»- Il est mort il y a peu d'années, sans un souvenir de son ancien apprenti.
Il est probable que ce ne fut pas le défaut de ressources qui fit prendre à Joséphine le parti de faire apprendre un métier à son fils ; mais que ce fut uniquement pour le mettre à l'abri des dangers auxquels son nom pouvait l'exposer à cette époque. Toujours est-il qu'Eugène ne resta dans son atelier que pendant la Terreur, et qu'il en sortit dès que sa mère fréquenta de nouveau le monde. On sait que ce fut à Toccasion de la réclamation faite par Eugène de Tépée de son père , que Joséphine eut ses premières relations avec Bonaparte.
Anecdote traditionnelle,
Hortense de Beauharnais était aussi en apprentissage chez une marchande de niodes de Paris , comme nous le dH une lettre de Joséphine à madame Fanny de Beauharnais sa tante , mais elle y resta moins longtemps que son frère dans l'atelier de menuiserie de Croissy. En comparant les dates , il paraîtrait que Joséphine prit le parti de mettre ses deux enfants en apprentissage à la suite d'un interrogatoire que fit subir chez elle à Eugène et à Hortense, un membre du comité, qu'elle ne nomme pas, et qui lui fît craindre qu'ils ne fussent arrêtés comme leur père.
DépenM« de Jocrpbine.
Les dépenses de Joséphine étaient peu calculées. Nous avons entre les mains quelques lettres que Napoléon lui écrivait à la Malmaison après son divorce.
n lui donnait souvent des leçons d'économie. On peut en juger par la lettre suivante :
A rin)p«'*ratrice Jos^^pliine, à Malmaisou.
Triannti, I5 août 1813
J*ai reçu ta lettre. Je vois avec plaisir que tu es en bonne santé. Je suis pour quelques jours à Trianon. Je compte aller à Compiègne. Ma santé est fort bonne.
Mets de Tordre dans tes affaires : ne dépense' que 1,500,000 francs, et mets de côté tous les ans autant; cela fera une réserve de 15,000,000 en dix ans, pour tes petits enfants; il est doux de pouvoir leur donner quelque chose et de leur être utile. Au lieu de cela Ton me dit que tu as des dettes, cela serait bi^ vilain.
0( (;upe-toi de tes affaires , et ne donne pas à qui en
veut prendre. Si tu veux me plaire, fais que je sache que tu as un gros trésor. Juge combien j*aurais mauvaise opinion de toi, si je te savais endettée avec 3,000,000 de revenu.
Adieu, mon amie, porte-toi bien.
Napoléon.
Une anecdote de peu d'importance prouve combien Joséphine connaissait peu la valeur de l'argent. Se promenant un jour en calèche dans les bois de la Malmaison, son cocher écrasa par mégarde un porc élevé par un des gardes de la propriété. A la vue du chagrin de la femme du garde, Joséphine appelle son intendant, et lui recommande de donner 25 louis pour le prix du porc écrasé, ce que se garda bien de faire l'intendant, qui se contenta de le payer à sa juste valeur.
Peu de temps après, le garde fit des réclamations, et ce ne fut que sur de vives représentations de quelques per^ sonnes de la suite de l'Impératrice et d'après les explications qui lui furent données sur le prix réel de l'animal . qu'elle approuva ce qu'avait fait l'intendant.
{Anecdote communique par un témoin oculaire.)
Cabiu&t (le PEmptreur à la MalmaÎKon.
Iv«' château de la Malmaison ifest point grand , tout y est sacrifié au rez-de-chaussée, qui, sans y être magnitique, est cependant fort convenable pour un prince. Napoléon y avait un appartement commode, et il restait en outre plusieurs piè^^es très-bien distribuées pour de brillantes réceptions; le vestibule, le billard, le salon, la salle à manger sont charmants; et la galerie était sans aucun doute une des plus belles choses qu'on pût voir lorsqu'elle était pleine de superbes tableaux et de statueii admirables de Cunova.
l/Impératrice avîiit conservé pour TEmpereur, même après le divorce, un attachement qui tenait du culte ; elle n'avait point permis que Ton dérangeât une cliaise du logement occupé par lui ; et au lieu de Thabiter, elle avait préféré être fort mal logée au premier. Tout était resté exactement dans le même état où l'Empereur Tavait laissé. Un livre d'histoire était posé sur son bureau, marqué à la page où il s'était arrêté ; la plume dont il se ser^ vait , conservait l'encre qui , une minute plus tard, pouvait dicter des lois à l'Europe ; une mappemonde , sur laquelle il montrait aux confidents de ses projets les pays qu'il voulait conquérir, portait les manjues de quelques mouvements d'impatience, occasionnés peut-être par les observations qui lui étaient faites.
Joséphine seule s*était chargée du soin d'ôter la poussière qui souillait ce qu'elle appelait ses reliques^ et rarement elle donnait la permission d*entrer dans son sanctuaire.
Le lit romain de Napoléon était sans rideaux ; des armes étaient suspendues aux murailles, et quelques pièces de rhabillement d'un homme se trouvaient éparses sur les meubles; il semblait qu'il fût prêt à entrer dans cette chambre d'où il s'était banni pour toujours.
(M4mmres sia* Joséphine. Tom. 1. p. 4^8.)
Appart^neiit de Joséphine.
Le rez-de-oJiaussée, d^me extrême magnificence, (ceci se contredit avec ce qui précède ) contenait une foule de tables de mosaïques de Florence, de pendules en lapis et en agate ; des bronzes d'un travail précieux et des porcelaines de Sèvres, données par l'Empereur. Le meuble du salon était en tapisserie ; c'était l'ouvrage de l'Impératrice ; le fond en soie blanche, et le double J. enlacé en roses pompons ; quand il y avait peu de monde, on le cou* vrait de housses de gros de Naples gris. L'appartement de
Jofiépiiine était d^uoe simplicité extrême, drapé de mousseline blanche. Il est vrai que la toilette d*or avarie par la yille de Paris, était comme le cachet de la personne qui rhabitait ; rien n'eût été digne de rivaliser avec la richesse de ce meuble ; aussi était-il là tout à bit isolé. Plusieurs fois Joséphine voulut l'envoyer à la vice-reine, le prince Eugène s'y opposa devant moi. C'était un don personnel qu'elle avait reçu à l'époque du sacre. Lors du divorce. Napoléon le lui envoya, ainsi que le déjeuner d'or et plusieurs autres choses d'une grande valeur, qu'elle avait négligé d'emporter.
(Fdit. id. Tom. I. p. 410.)
VUitw de Tempereur de Russie à rinipératrice Jo»éphine.
Joséphine , avec son aplomb et sa grftce accoutumés, exprima à S. M. combien elle était flattée de sa visite. Alexandre répondit que c'était un hommage quMI étdt heureux de lui rendre. « Je brûlais du désir de vous voir, madame : depuis que je suis en France, je n'ai entendu que bénir votre nom. Dans les chaumières comme dans les châteaux, j'ai recueilli des détails sur votre ang^ique bonté ; et je me fais un plaisir d'apporter à votre majesté les bénédictions dont je me suis chargée pour elle, r»
M. U. voyant que LL. HM. s'éloignaient pour causer plus librement se mit encore plus à Técart. La conver^ sation devint sérieuse autant que Ton en pouvait juger par Texpression des visages ; et au bout de quelques instants, LL. MH. passèrent au jardin. Pendant qu'elles y étaient, la reine Hortense arriva en toute hâte de Paris, elle fut rejoindre sa mère, et elles se promenèrent assez longtemps avec l'empereur , qui donnait le bras à toutes deux.
L'Impératrice devait être présentée au roi quelque temps après. Le prince Eugène avait été parfaitement reçu. Louis XVIII l'avait embrassé : et l'on disait dans le monde qu'il lui avait dit qu'il le nommerait Maréchal de France ; que la paix allait être faite ; mais que, dans l'occasion , on emploierait avec confiance le prince dont la conduite pouvait être citée comme l'exemple de l'armée , et qui serait surnommé le Bayard du Siècle.
La reine Hortense avait été aussi fort bien accueillie ; et les honneurs de son rang lui étaient continués.
[Mémoires sur Joséphine,)
Maladie et mort de Joséphiite.
Ce fut en revenant de Saint-Leu-Taveniy , le jour où la reine Hortense avait donné un grand diner aux souverains , que Joséphine éprouva un malaise universel en rentrant chez elle ; son médecin ordinaire, M. Uoreau , crut devoir prendre quelques précautions, il lui donna de Témétique et la purgea. Llmpératrice se sentant un instant soulagée, reprit ses habitudes ordinaires, mais il était CEicile de s'apercevoir qu'elle souffrait.
L'empereur AieiLandre alla voir l'Impératrice le 10 mai, et dîna à la Malmaison. Elle resta dans le salon maigri' (les souffrances réelles qu'elle cherchait à combattre. On fit une partie de barres après le dîner sur la belle pelouse ({ui est devant le palais ; elle essaya d'y prendre part : mais ses forces la trahirent, et elle fut contrainte de s'asseoir. Sa figure altérée fut remarquée ; on lui fit mille» questions auxquelles elle répondit en souriant ; elle assura qu'un peu de repos la remettrait ; on se retira, espérant (|u en effet elle serait mieux le lendemain.
Le jour suivant, cherchant à calmer les inquiétudes que faisait naître son état , elle voulut faire sa promenade accoutumée , mais elle se trouva complètement mal , et fut ramenée dans sa chambre dans un état de faiblesse fort alarmant. La journée ne fut pas bonne. Elle eut plusieurs évanouissements : la nuit fut plus mauvaise encore, une
sorte de délire s'était déjà empai'é d'elle ; fortement agitée, elle parlait beaucoup, bien que son médecin le lui eût défendu expressément.
Le 24 mai (c'était un vendredi) elle éprouva en s éveillant un cuisant mal de gorge. Le roi de Prusse et Tempereur Alexandre étaient attendus ce jour-là à laMalmai» son, où ils devaient dîner. M. Iloreau trouvant un peu de fièvre à S. M. lui ordonna de rester dans son lit, et d'éviter le plus petit froid, d'autant qu'ayant été purgée, il pouvait être d'un vrai danger de prendre l'air. Voyant que l'Impératrice ne paraissait piis disposée à suivre ses avis, il crut devoir prévenir inaBame d'Arberg, qui essaya d'obtenir que S. M. ne se levât piis. Tout fut inutile ; elle voulut s'iiabiller comme à Tordinnaire, et descendre faire les honneurs aux souverains alliés. Elle se mit à table , assista au cercle ; mais enfin ses maux augmentant, elle fut forcée de se retirer et de charger k reine Ilorteuse de la remplacer.
Dès ce moment, sa maladie prit un caractère extrêmement sérieux. Le lendemain, 25 mai, l'empereur Alexandre lui fit une visite, et la trouvant fort changée depuis la veille, il lui proposa de lui envoyer son médecin particulier, ce qu'elle refusa, de crainte de désobliger M. Iloreau, dans lequel elle avait une grande confiance. Il avait été près de l'Empereur, médecin par quaitier. Depuis le divorce il était attaché à l'Impératrice qui estimait son talent et son caractère.
Il avait l'habitude de ne la voir que le matin. Dès qui; sa consultation était faite il partait i)our Paris. N'ayant <lu'uno fort ptUite chambre à Boispréau, il ne restait ja-
mais : ainsi c*est une grande injustice de l*avoir accusé de n^ligence dans cette fintale journée du 25.
Il avait voulu rester à la Malmaison , mais Flmpérmtrioe, craignant qu'il ne lempèchât de se lever oommeelle en avait l'intention, le pressa de partir pour Paris comnie de coutume. Son état n*avait rien qui put inquiéter; il céda et partit.
Le soir on envoya chercher le docteur de Rueil, qui fut effrayé du dangei» de Tlmpératrice , dont Timprudence avait des suites si funestes. Il jugea nécessaire d'appliquer immédiatement vingt -cinq sangsues 'derrière le col et entre les deux épaules. Il ne crut pas devoir prendre sur lui un remède si violent, il se contenta de Tindiquer, on envoya chercher M. Horeau à Paris ; on fut quelque temps sans le trouver ; enfm il iEuriva : il fut désespéré en trouvant S. M. dans une situation qu*il pensa ne laisser que bien peu d'espoir. Elle avait toute sa connaissance, mais ne parlait que difficilement. Ses yeux interrogeaient ceux de M. Horeau qui faisait des efforts inutiles pour cacher son profond chagrin. Elle lui serra la main , pour lui faire comprendre qu'elle connaissait son état, et elle eut dans cet affreux moment, tout le courage que l'on devait attendre de son caractère.
M. Horeau s'entretint avec M. Lamoureux (le médecin qui avait été appelé) : ce dernier dit qu'il avait pensé qu'une application de sangsues eût pu sauver l'Impératrice ; qu'il n'avait pas osé employer ce remède sans être approuvé par le médecin ordinaire de S. H. « Eh ! Monsieur , s'écria-t-il , dans un cas pareil, il ne fieiUait pas m'attendre : deux heures perdues sont mortelles. »
On posa un vésicatoire entre les deux épaules,et lessinapismes aux pieds, mais, hélas ! il était trop tard. Et les progrès de ce mal affreux étaient aussi rapides qu'effrayants.
Cette femme angélique, craignant toujours d'affliger ceux qu'elle aimait, ne se plaignait point, prenait tous les remèdes ordonnés, et par des regards doux et tendres, cherchait à rassurer toutes les personnes qui Tentouraîent.
Elle apprit que le célèbre peintre de fleurs. Redouté^ dont elle admirait le talent, était à la Malmaison, où il venait dessiner deux belles plantes de la serre. Elle fit signe qu'elle voulait le voir. Dès qu'il parut, elle lui tendit la main , puis le repoussa doucement, en lui disant qu'elle avait peur que sa maladie pût se gagner. « La semaine prochaine, dit-elle, j'espère aller vous voir travailler à un chef-d'œuvre nouveau. »
Dans la nuit du 27 au 28, elle eut un sommeil léthargique qui dura cinq heures. A dix heures du matin, H. Bourdois arriva. Il jugea comme M. Horeau qu'il n'y avait plus de ressources. Il crut devoir prévenir la reine Hortense et le vice-roi, qui, effrayés de la promptitude des ravages qui s'opéraient sur ce visage adoré qu'ils contemplait avec un effroi toujours croissant, la firent préparer à recevoir les derniers sacrements, et envoyèrent chercher le curé de Rueil pour l'administrer. Il n'était pas pas chez lui, etce fut le gouverneur des jeunes princes de Hollande , qui était prêtre ( mais qui depuis longtemps n'exerçait plus), qui la confessa. Elle répondit avec beaucoup de peine, coup sa langue devenant de plus en plus embarrassée; mais sa figure ne perdit rien de son calme ni de sii bon te.
L'empereur Alexandre arriva à la Malinaisou ; à sa vue, Joséphine sembla se trouver mieux , et le regarda avec gratitude. Le prince Eugène, à genoux près de son lit, recevait la bénédiction de sa mère, ainsi que la reine Ilortense. Ils ne purent ni Tun ni Tautre, adresser un mot à Tempereur, leurs sanglots exprimait leur douleur. <cAu moins, dit Joséphine d'une v(hx expirante, je mourrai regrettée ; j'ai toujours désiré le bonheur de la France ; j'ai fait tout ce qui a été en mon pouvoir pour y contribuer ; et je puis vous dire avec vérité, à vous tous qui êtes présents à mes derniers moments, que la première femme de Napoléon n'a jamais fait verser une larme. » Ce furent les dernières paroles qu'elle prononça, et le lendemain , 29 mai 1814, à onze heures et demie, tous ses maux étaient fmis ! et ceux de sa famille sans remèdes ni consolations!....
Joséphine mourut de ce que les médecins appelaient autrefois esquinancie gangreneuse » et nomment aujour^ d'hui angine.
CcHiTui (le Joséphine.
Le corps de Joséphine, placé sur un lit de parade dans un petit salon qui précédait la chambre où elle est morte , avait été entouré de cierges nombreux. Un autel richement décoré avait été élevé à la droite do la porte d'entrée , et entouré de chaises et de fauteuils. Ce salon était drapé do noir, mais sans chiifre ni écusson. Deux desservants , appartenant à des villages voisins , le curé de Rueil et quatre valets de chambre gardaient le corps de Joséphine dont le visage avait été recouvert d'un mou* choir de batiste.
Depuis ce jour fatal de la mort de Tlmpératrice jus> qu'au 2 Juin, que devait avoir lieu Fenterrement, plus do vingt mille personnes revirent Joséphine pour la dernièœ fois. Je ne parle pas de quelques c<»ntaines do curieux qui profitèrent de l'occasion pour venir visiter la Malmaison : ceux-ci après avoir salué le lit de parade demandaient où était située la grande serre , et allaient en riant agacer les animaux étrangers. Un beaucoup plus grand nombre venait sangloter autour du corps ou prier en s'agenouillant. Ensuite ils visitaient avec recueillement ces berceaux que Joséphine avait plantés ; ces champs qu'elle avait ensemencés ; les arbustes qu'elle avait arrosés de ses mains délicates. Partout on admirait son ouvrage, et l'on semblait cher-
cher ce qui pouvait ajouter aux regrets que chacun éprouvait. Les jeunes filles attirées dans ce lieu de douleur, pleuraient beaucoup ; elles savaient que plusieurs de leurs compagnes avaient dû à Tlmpératrice de voir aplanies des difficultés élevées par Tintérét pour empêcher un heureux mariage. Les vieillards gémissaient en pensant qu'ils perdaient les pensions qui leur procuraient quelques petites douceurs ; les mères versaient des larmes en songeant aux fik que la bienfaisance de Joséphine leur avait rendus , soit en les rachetant de la conscription, soit en les faisant réformer, soit enfm en obtenant leur congé. On s'abordait sans se connaître pour se raconter mutuellement ce qui honorait la mémoire de Joséphine. Rien ne rapproche comme la douleur : ainsi plusieurs ennemis se réconcilièrent, dans ce jour solennel où tout était oublié, hors les bontés de celle que Ton pleurait ; ils s'abordèrent pour parler d'elle, et son souvenir amena plus d'un raccommodement. Etait-il possible de s'en vouloir près de la tombe de celle qui eut tant à pardonner? Ainsi son souvenir suffisait pour opérer ce que sa présence eut pu faire. Le lent tintement des cloches de toutes les paroisses environnantes appelait les fidèles à aller aux pieds des autels déposer l'hommage de leur reconnaissance.
A midi, les funérailles eurent lieu avec la plus grande pompe, dans la modeste et petite église du village de RueiU paroisse de la Malmaison.
Les coins du drap mortuaire étaient portés par le grandduc de Bade (époux de la grande-duchesse Stéphanie de Beauharnais, nièce de l'Impératrice), le marquis de Beauharnais, ancien ambassadeur, beau-frère de; S. M. , le comte
de Tascber, son neveu, et je crois, le comte de Beauharnais, chevalier d'honneur de Marie-Louise.
Le cortège sortit par la grille d'entrée de la Malmaison» et suivit la grancte route jusqu*àRueil. Le général Sacken, représentant Tempereur de Russie, et Tadjudant-générai du roi de Prusse, remplaçant son souverain, se rendirent à pied à la tête du convoi, ainsi qu'un grand nombre de princes étrangers, de maréchaux, de généraux et d'officiers français. Les bannières des différentes confréries de la paroisse et vingt jeunes filles vêtues de blanc , chantant des cantiques, faisaient partie du cortège, dont la haie était formée par des hussards russes, et des gardes nationaux. Deux mille pauvres de tout Âge fermaient sa marche.
Le général Sacken fut chargé de la part de son maître, d'annoncer aux parents de l'Impératrice, réunis à la Malmaison, qu'affecté trop profondément de la mort de S. M., il voulait consacrer les trente-six heures qu'il avait encore à rester à Paris à C excellent prince Eugène et à sa sœur. Il ne les quitta en effet que pour retourner dans ses États. On compte plus de quatre mille habitants des communes voisines qui s'étaient assemblés pour rendre un dernier hommage à la mémoire d'une princesse qui avait si bien mérité le titre de mère des pauvres et des affligés, M. de Barrai , archevêque de Tours, son premier aumônier assisté de MM. les évêques d'Évreux et de Versailles, célébra la messe ; après l'évangile il prononça une courte mais touchante oraison funèbre.
Lo corps de Joséphine, placé dans un cercueil de plomb, renfermé dans une caisse de bois fut ensuite déposé
provisoirement dans une partie du cimetière où se trouvaient les corps des cent trois personnes qui avaient été écrasées dans la rue Royale, en revenant du feu d'artifice , tiré sur la place Louis XV, à Toccasion du mariage de Louis XYI avec Marie* Antoinette.
En arrivant au cimetière, la reine Hortense, qui était constamment restée dans une des chapelles de Téglise de Rueil, se précipita sur la tombe de sa mère où elle demeura quelque temps comme absorbée. On Ait obligé de Farracher de ce funeste lieu. La cérémonie ne fiit ter^ minée qu'à cinq heures du soir.
Toute la maison de T illustre défunte fondait en larmes, et plusieurs étrangers qui se trouvaient présents, et qui cependant ne l'avaient connue que depuis la restauration , mêlèrent leurs pleurs ft c^ux de toutes les personnes heureuses ou consolées par elle.
Deniicri; visite à la MalmaiKoii.
Depuis quatorze ans je desirais et craignais également de revoir la Halmaison. Plusieurs fois j'avais dû y aller ; toujours cette course avait été dérangée par ma volonté , qui chancelait dès qu'il fallait me décider à parcourir ce séjour favori de Joséphine. Je prévoyais tout ce que j'éprouverais en y entrant ; et » par une faiblesse que je me reprochais comme un tort envers sa mémoires, je tremblais de me retrouver là, où j'étais certain de ne plus avoir que de douloureux souvenirs ! Apprenant que ce beau domaine venait d être vendu partiellement, et que probablement bientôt tout ce que j'avais admiré serait changé ou détruit, je pris enfm le parti de m'y rendre ; c'était encore un douloureux adieu que j'allais faire.
Je partis seul de Paris avec le cœur horriblement serré ; il m'eût été odieux de parcourir la Malmaison avec des indifférents qui n'eussent pu comprendre aucune de mes impressions.
Arrivé k la grille , un homme à jambes de bois vint m'ouvrir. Je commençai dès ce moment à remarquer la différence qui allait me frapper à chaque pas ^.*ntre cje qui avait été et ce qui était. Au lieu des nombreux grenadiers de la garde impériale en grande tenue, que j'étais habitué à voir dans ce pavillon ; il n'y avait plus alors
qu'un vieil invalide ; roinme si un reste de cette brillante armée devait seul garder les ruines du palais impérial !
En avançant à pied dans Tavenue qui conduit au château, je cherchai malgré moi, dans les prairies qui la bordent, ces troupeaux que j'y avais admirés tant de fois, et qui fuyant au bruit des voitures qui se pressaient, animaient ce paysage , maintenant si triste et si désert. Parvenu dans la cour je fus presque étonné de n'apercevoir qu'un concierge mal vêtu assis sur un banc dégradé, fumant sa pipe tranquillement, en attendant les voyageurs qui devaient le dédommager de l'ennui qu'il semblait éprouver. Où donc étaient les équipages entassés, les valets dorés qui obstruaient le passage ? Qu'était devenue cette foule empressée de contempler les traits de la souveraine? Pouvant à peine parler, je demandai au concierge de me faire voir les appartements, a Oh ! Monsieur, me répondit-il, ce ne sera pas long, il n'y a plus rien. — Quoi rien ? m'écriai-je d'un ton si affligé, que cet homme en fut étonné. — Rien » prononça-t-il tristement. » Je le suivis sans proférer une parole, je vis qu'il avait eu raison.
Tous les meubles étaient enlevés, et quelques diaises d'un vieux lampas sale et déchiré, étaient placées de loin en loin dans le salon, beaucoup plus, je crois, pour reposer les visiteurs que pour parer une pièce dans laqudle ib n'eussent jamais dû entrer : c'était remplacer la magnificence par une misère que l'on était surpris de trouver là. Mon émotion augmentait et devenait de plus en plus pénible; elle fut extrême en entrant dans cette galerie, jadis si pleine de chefs-<l'œuvre. Au chagrin que j'éprouvais en voyant aliandonnée cette ilemeure qui, peu
d'années auparavant, était un mikdèle de goût et d*élél^nce, se joignait celui de penser que tous ces tableaux se trouvaient perdus pour la France K Les superbes statues de Canova étaient aussi parties! Cependant leurs places étaient encore marquées par la différence de couleur du magnifique parquet de marqueterie. Un cygne noir empaillé, plein de poussière» dont toutes les plumes se détachaient au moindre mouvement, était le seul ornement de cette immense salle, où se remarquait encore le fauteuil de velours de Sa Majesté. L'appartement de Napoléon n'avait pas été respecté davantage. Je me tournai promptement du côté où se trouvait le portrait de Joséphine peint par Gérard, hélas! il avait aussi disparu !
y> Ce beau portrait est à Munich. Le plus ressemblant que je connaisse de Timpératrice Joséphine, appartient à madame la duchesse de Rovigo. Il est peint par M. Massot de Genève, dont j'ai eu l'occasion de louer l'agréable talent.
x> J'entrai dans la bibliothèque. Le bureau était couvert de livres ; et j'appris que l'on faisait un catalogue trèsexact, parce que quelques jours après, on devait vendre publiquement tous ces ouvrages. Il est tout naturel que la vente de la Malmaison ait eu lieu, puisque les héritiers sont mineurs. Ce que je conçois moins, c'est que quelque particulier riche ne se soit pas rendu acquéreur unique de cette bibliothèque qui dans quelques années serait une collection d'un très-grand prix. On peut en juger par ce-
' La plupart ont été, dit-on , acheté.* par d.'s étranger.*, U*% autres envoyai à la reine Horten^c*fftàla ducheMie de lieuchteiiberiir-
lui que Ton met déjà à tout ce qui a appartenu à un homme , que Ton pouvait certainement ne pas aimer, mais qu il est impossible de ne pas admirer, comme le génie le plus extraordinaire que puisse offrir Thistoire. Je découvris dans un coin un modèle de la cathédrale de Strasboui^ en filigrane d'argent. Il était cassé en plusieurs endroits; les alliés s'étaient amusés à en emporter quelques morceaux. Ils avaient aussi imaginé de couper fort proprement le tapis neuf du billard. Pouvant prendre des choses d'une plus grande valeur, il est heureux que ces messieurs se soient bornés à ces aimables espiègleries.
D Nous montâmes dans la chambre où Joséphine avait rendu le dernier soupir. Je ne saurais dire ce que j'ai regardé, car mes yeux obscurcis de larmes, ne pouvaient rien voir de ce qui m'entourait dans cet appartement. Il m'était impossible, sans passer pour folle, de pleurer tout à mon aise, en approc^hant de cette place où fut un lit de mort, qui eût dû être consacré par quelque signe de deuil. Je sortis donc vite, et me précipitai dans le jardin espérant que l'air me remettrait, et que j'y serais moins affligée, entourée d'une verdure semblable à celle que j'admirais lorsque j'habitais la Halmaison. Les arbres graadis devaient ôtre plus beaux que dans le temps que je regrettais ; ainsi la nature allait me dédommager de tout ce que je venais de souffrir. Ce fut donc avec avidité que je parcourus ce parc, que je m'imaginais devoir être embelli. Je ne le reconnus pas ; les arbustes rares qui s'y trouvaient à chaque pas avaient été vendus sur pied ; à la place d'un bel ombrage de rliododendrums, je ne trouvai plus
qu'un trou profond, plein de mauvaises herbes; au lieu de ces jolis massifs de fleurs, je voyais de hautes luzernes ; des eaux vertes et croupissantes 'exhalai«it une odeur infecte: enfin je fus contrainte de préférer encore le château au parc, car du moins les murs étaient teb que je les avais laissés! jamais destruction ne fut si prompte et si complète.
» Il existe en France un grand nombre d'hommes honorables, qui ne rougissent pas d'avouer leur reconnaissance pour Napoléon, qui les enrichit et les associa à sa glcnre dont ils furent dignes, puisquMls s'en souviennent ; comment n'ontr-ils pas eu l'idée d'acheter la Malmaison, afin d'y fonder une maison d'orphelines! C'eût été ennoblir encore un lieu plein de grands souvenirs : les conserver, en y ajoutant tout ce que la bienfaisance a de touchant, était une manière noble et délicate de préserver la Malmaison d'une ruine totale (qui sera peut-être hAtée par la cupidité de quelque acquéreur de la bande noire) et de rendre un hommage durable à Joséphine dont le nom ne peut qu'être cher à la France * .
^ C«8 réflexions dr Mlle *** iiouk aN aient donné Pidée d*une propositimi fdto en 183^ an gouTernement. Otait d*aeiierter In Malnanon à In mort de M. Hagnerman, et d'en fiûre nna maison d'bonorahlet înTalidefi povr les TÎeax officiers supérieurs n*ayant pas de fortune. L'exécution de ce projet eût fait honneur au ministère de cette, époque , et eût Hè une source de prospérité pour Rneil.
En 1841 , il fut question du projet d'acheter la Malmaison pour le dur de Nemours. Plus tard, rommr on sait, la reine régente d'Espagne en fit l'acquisition.
(Noir de VauUur).
» Après avoir visité pour la dernière fois la fameuse serre chaude, je m'éloignai pour toujours de ce lieu; ayant été beaucoup plus* peinée encore que je ne m'y étais attendue. Je croyais en arrivant que je trouverais partout des traces du respect et de la vénération que Ton devait à Sa Majesté; au lieu de cela, il semblait qu'une bonne fée, après avoir embelli cette délicieuse retraite, avait voulu en la quittant, emporter avec elle tout ce qu'elle offrait d'agrément, et je répétai douloureusement avec mon guide : Maintenant^ plus rien, rien', »
[Mémoires de Mlle ***.)
Il ne faudrait cependant pas s'en rapporter entièrement à ce que disent les journaux et quelques auteurs contemporains. La Malmaison n'est plus, il est vrai, ce qu'elle était sous Joséphine; mais elle n'est pas non plus morcelée, détruite et renversée comme on l'a dit. Il n'y a de démembré que ce que l'Empereur avait acheté pour l'ajouter au parc. La propriété du reste, est encore, pour l'étendue, telle que madame de Beauharnais l'avait achetée. Quelques changements ont eu lieu dans l'intérieur du château, dans les jardins : les objets d'art ont disparu ; mais pour quiconque a vu la Malmaison sous Joséphine, il y reste encore bien des souvenirs.