‹ Rueil, le chateau de Richelieu, la Malmaison, avec pièces justificativesChapitre 27 sur 32 · LA STATUE DE LA REINE HORTENSE · texte numérisé non relu

LA STATUE DE LA REINE HORTENSE

La slatuede la reioe Hortense, qui a été commencée il y a quatre ans, vient enfin d'arriver : elle est, comme on sait, de Bartolini de Florence , qui passe pour un des premiers sculpteurs actuels de Tltalie.

Ce nouveau monument funèbre, qui n'est pas une œuvre parfaite de tout point, tant s'en faut, n'en sera pas moins le plus bel ornement de Téglise de Rueil, destinée, comme nous Tavons dit, k être le Saint-Denis de la famille impériale.

La statue a été placée dans la chapelle qui appartenait aux seigneurs de Busenval et qui a été achetée par le prince Louis.

C'est par les soins de M. de Lussy que la chapelle a été restaurée et décorée. Nous n^avons que des éloges a donner aux travaux exécutés d'après les dessins et sous la direction de Thabile architecte : il a tiré tout le parti possible des dispositions qu'offrait la localité, pour la mettre en rapport avec sa nouvelle desli* nation.

Le pavé se compose d'un comparliment de marbre Doir et blanc. Les parois sont de granit noir a la hauteur de 1"90. Le reste des murs est revêtu de stuc, granit rouge, jusqu'à la voûte, peinte en bleu et parsemée d'étoiles d'or.

La chapelle est éclairée par deux vitraux, provenant de la manufacture de M. Laurent, rue de Méuilmontant. Ils ont été dessinés par M. de Lussy. On y voit les armes de la reine : deux aigles en or sur champ d'azur, deux lions en or sortant de l'onde, sur champ de gueules. Au centre de l'écu se trouve le chiffre de la reine. Les armoiries sont surmontées de la couronne royale et enveloppées du manteau royal. Au-dessus de la couronne luit une étoile et au-dessus de l'étoile ondoie un ruban , avec l'inscription suivante (vitrail de l'est) :

« Moins connve, moins troublée. »

Un autre ruban , à la partie inférieure du même vitrail, porte ces mots pour légende :

« Mieux connue, mieux aimée. »

L'une des deux inscriptions du vitrail du nord est en français, et l'autre en hollandais. Nous les transcrivons ici, en faisant observer que la légende hollandaise est la traduction des paroles françaises :

« Fais ce que dois^ advienne que pourra. »

« Doe well en zie niei om. »

Une branche d'Hortensia et, au-dessous, une croix

latine en verre blanc dépoli, complèlent la décoration des vitraux.

L'aire de la chapelle a 3' 3o en long et en large. Le piédestal de la statue est en marbre de Carrare , avec quatre piliers en marbre rouge. Sa longueur est de 1" 12 sur 0" 60 de large. Le soubassement, qui est en marbre Sainte-Anne, a une longueur de 1" 24, sur 1" de large. La hauteur de la chapelle est de 8".

La statue qui est d'un travail achevé, d'une délicatesse infinie dans les détails, et dont le premier aspect impressionne vivement, offre de graves défauts. L^œuvre nous semble manquée dans sa conception primitive : on dirait que Tartiste ne s'est pas bien rendu compte de Fattitude dans laquelle il voulait représenter la reine, du moins sous le rapport matériel. Cette attitude, il n'y a pas il s'y tromper , est bien celle de la souffrance et de la résignation ^ tout le corps est affaissé , toute cette frêle et gracieuse nature s'incline sous la main du Seigneur; mais cette attitude est-elle possible? Le corps peut-il se soutenir ainsi avec ces épaules penchées en avant, ces deux bras pendants et cette tête qui surplombe, et qui semble sur le point de se détacher du tronc, comme une rose flétrie de sa tige? Et puis la partie inférieure du corps est comme écrasée ou plutôt elle est ccourtée. Ainsi les jambes ne sont pas ou tout au moins ne paraissent pas assez longues : ce n'est peut-être qu'un effet d'optique , les genoux étant enfoncés dans les coussins; en tout cas, c'est un inconvénient fâcheux qui fait tortii l'ensemble.

Quant ^ la tête, c'est la partie capitale de l'œuvre, soit dit sans calembour : elle nous parait admirable.

Rien ne rappelle ici cette fraîcheur toute parée et toute éclatante , celte grâce coquette et mondaine qui donne au monument de Joséphine comme un air de fête. Quoique la reine Hortense soit morte k cinquante ans passés, Tartiste la fait revivre dans toute la fleur de la beauté; mais cette beauté est d'un style sévère, elle est rêveuse , solennelle et comme voilée d'une douleur religieuse : les terribles mystères de la tombe ont jeté leur ombre sur ces traits magnifiques. Il y a Ik une poésie vraiment chrétienne , qui ravit et attriste toutk la fois comme une musique funèbre.

Le coussin sur lequel repose la statue, est supporté par une dalle en marbre; on y a gravé trois mots latins :

Fortuna, Inforiuna, Fortuna,

Nous disons : trois mois latins, quoique dans le fait il n'y en ait que deux, inforiuna étant un barbarisme.

Le piédestal est décoré de bas-reliefs sur trois de ses faces. Celui de gauche, qui est tourné du côté de la chapelle de la sainte Vierge, représente la reine au lit de mort, recevant les consolations de son fils. La face opposée au chœur ofire les armes de la reine, avec Vinscription suivante :

À Là reine hortense , SON fils

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