CHAPITRE lli
Donations, Imiiiuuitét, AfTrmiidiiMteiiieui de la ruiuiuuu* de Rneil.
Charles-Martel fiit le premier roi de France qui renonça en faveur du clergé , à une partie des droits seigneuriaux sur la Chastellenie de Rueil. Dans la partie de la Seiiie qui en baigne le territoire , il fit construire une pêcherie dont Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés eut la jouissance : les religieux de Saint-Denis pouvaient y pêcher une seule nuit * .
' SuiTanioM Mtre version, qai 9$t plas probable, le droit de pèche, ponr Saint-Geriuûn, éUit restreint au jour. Saint-Denis et Saint-Pierre de Pariff, pouvaient y pAcher la uuit. Les trois monastères contrtbuaiefit, rhscun pour sa part, aax réparations de la vanne.
Les Gors effondrés ' près de Pile de Croissy, en face de Rueil correspondent à la position de cette vanne dont le nom s'est conservé dans celui de Chcdevanne, ou Charievanne ( Caroli Venna ) .
Charlevanne * a disparu des cartes et des ouvrages de
' Gors de gurges. La pêcherie commençait à la léproserie de Charlevanne et 8*étendait jusqu^aa ruisseau de Chambonrci.
' U est question de Charlevanne dans le passage saJTant, que nous trouvons dans la vie du roi Robert.
u Noos étions pressés par la longueur du chemin, pour nous rendre aux ordres exprès du roi, qui nous devait rendre raison sur les motifs de notre voyage, lorsque nous fûmes arrêtés au port de la Seine, dit Caroli Venna, c*est-à-dire la pêcherie. Nous trouvAmes la rivière très-difficile à passer ; nous entrâmes par le saint ordre du roi , seuls dans une petite barque : tandis qa*il regardait ce qui adviendrait de nous et desirait fort de nous voir arriver sains et saufs. Dieu qui est loué, adoré et béni en tous lieux, fut favorable en cette occasion à nous pécheurs, par l'intercession de ce pieux roi.
tt Nous naviguions et tenions nos chevaux attachés au bâtiment, lorsqu'un coursier indompté et qui n'avait jamais été dans une telle position , posa ses deaz pieds de derrière dans le bateau qoi était au miheu des flots, et nous courûmes les plus grands dangers par sa fureur qui entraînait la barque dans les ondes.
tt Le dévot prince aussitôt implore à grands cris avec les siens le secours de Dieu et des puissances célestes, il prie avec larmes pour nos périls, crie à haute voix, de détacher les rênes de nos chevaux et de les repousser loin du navire. On obéit à cet ordre aimable : les rênes furent déliées; on retira du bateau les jambes du cheval et nous commençâmes à aborder au rivage. Là, Robert invoquait à notre secours saint Denis, saint Benoit et tous les saints du Seigneur ; il versait des larmes et offrait des prières, qui furent entendues du Dieu béni, qui règne dans tous les sièdes. U arriva ainsi qu'il l'avait voulu ; et par la grâce divine il nous reçut sans dommage ur la rive , et avec lui nous louâmes le Dieu admirable, n
Vie (lu roi Robert, par le moine Helgaud, tradnct. de M. (ruizot.
géogrupliie ûioderne. Selon M. de. Saiule-Pulaye ' , le lieu se Irouve placé sur k rive ({auche (le la Seim% enire la Malmatson el la Cbaiisfiée, à éffle distance de Louvetienne el de Bougival, dans deuxL cartes anciennea de Hli' de France, Tune de 1598, par François de la Gmllatièrt^ Tautre sans date , mais à peinprès du inéme temps, par Damien Templenx.
Voilà qui est positif; si le fiait est exact » et nous n'avons nulle raison d*en douter, on doit en conclure que Tabbé Lebeuf se trompe, quand il avance que la po«tion de Chai ~ levanne se retrouve dans celle du hameau de la Chaussée' Kt pourtant, Lebceuf cite égalenient les causes ancienne»; mais sans en indiquer aucune; et de plus, il invoque le té^ moignage des titres royaux qui se rapportent à Cliarle* vanne. Entre ces deux grandes autorités dans la matière < nous n'osons prononcer; la question ne nous |Mratt pas «railleurs assez importante pour pousser la cliscussioii plus loin, surtout dans un ouvrage qui n'est pas nn traité «runtiquités.
Quoi qu'il en soit, c>st à Charlevanno que les Kormaods débarquèrent en 846; à l'arrivée de (i)harle»*le-Ciiauve, ils )>assèrént la Seine et se retim^ent sur Cliatou'-.
Tout le bas de la cote de lu rive gauche était ceitsii faire parti4> de la terre i-oyalc de Kueil, à partir ile ce
' M( moire de rAcadémie des liiHcriiHioiis H Kelies-L<Htre^, (oui. X, |>a^. ;'t.^5, note (î.
D'après Koiiai»), les Nonnaiids \iui-eiit h Paris une aiiiii-e plulnt u Ijciir nrrivte cii 8'i.") > répandit nr.c telle ép«)uvanîe, qne cvWv \ille si litfMiplêe deniodra désetle. n ( Méumirr de l'AracK-piie d»*»; In<rr. et Helles- I^ître>, lom. \V. p;'.^.. r..M'.-<.îll .;
bourg jusqu^au ruigseau qui vient du midi. I^f rôteaux voisins de Cliarlevanne produisaient beaucoup de vins sur lesquels le roi Robert accorda la dlme à Téglise de Saint -Germain- en -Laye. I^ transport de ces vins, qui étaient conduits au cellier de Poissy, coûtait encore Fan 1302, la somme de cent sols.
Le monastère de Saint-Denis obtint, en 1273, de Philippe-le-Hardi , la haute et basse justice sur Charlevanne; « dans les chemins, dans les maisons et dans tout le territoire, sauf celle que Pierre de Poissy, écuyer, tenait de lui. » Or, il arriva que Tan 1308, les religieux y tirent la saisie d'un cheval chargé; mais le parlement d'après TÉpiphanie déclara qu'ils n'étaient pas en saisine suffisante. Ce que ces moines avaient saisi pour leur compte fut adjugé au roi * .
Il y avait entre ce hameau et Saint-Germain-en-l^ye, en 1352 , un endroit appelé .4/^ mtims , où les marchands de Rouen faisaient conduire les vins du port de Paris en bateaux^.
Sous Gharles-le-Chauve , la pêcherie de Chalevanne passa tout entière en la possession de Tabbaye de Saint- Denis avec toute la chastellenie de Rueil et ses dépendances , les terres labourées et labourables et les friches, les champs , les prés et les bois , et les pacages , et les maisons , et les ménages des habitants, depuis le nU de Sèvres jusqu'au rut de Chambourcy.
Le titre de la donation se trouve à la fin du vo-
' l/abbé Lebeaf.
' L« même.
Imiie, parmi de$ autres documents et piècM justillcalîvM En retour de ce ridie et royal préeent , le pieui monarque demandah fort peu : sept cierges , rien de pivs . pour éclairer sa tombe aux pieds de Tautel de la Trinilé ; il y en avait un k Fintention de ses ministres ; puis des prières générales et particulières. Aux grandes fêtes , les religieux étaient tenus de fournir quinze luminaires ; par contre, ils avaient, tous les mois, des réfections gêné* -raies de t&Hteg tcrtes de vienden fournies par des revenus de fiueil.
En 998 , le roi Robert donne à Diett et an grand Saint* Denit , les amendes et confiscations provenant des crimes , meurtres et homicides, tant dedans que dehon la ville de Saint-Denis; comme pareillement les )imendes et lesconiiscations des biens des individus «convaincus de s^étre battus en duel. (Voyez à la fin du volume, le titre de donation , par lequel le droit d'avoinage dans Riieil, qui appartenait aux rois , fut également transféré à Tabbaye de Saint-Denis.) Les trésors qui affluaient dans ce splejodide |Milais de la mort avaient corrompu le cœur des religieux ; le monastère était tellement négligé , d'après cette pièce curieuse , que Tordre de la vie monastique avait dégénéré en vanité et pompe séculière ; en sorte que les biens de ladite abbaye se trouvaient aliénés ou usurpés de toutes parts. C'est un touchant spectacle que de voir le roi Robert prendre l'avis de sa femme et de ses enfants^ avant de faire cette donation. Ce trait est digne de rhomme de piété et de miséricx)rde, qui disait au voleur kapaton , lequel lui avait pris , pendant qu'il épanchait ses prières devant le Seigneur , la moitié de la frange de sou
imiuteau : « Ketire^toi ; ce que tu as pris te suffi ph, et le reste peut être nécessaire à quelque autre *. »
Par une charte datée de 1113 , Loui&-le*Crros exempta Tabbaye de Siiint-Denis du chef cens de douze deniers parisii , et du muid de vin sur le clos de Rueil.
Enfin, saint Louis décliargea Rueil , en faveur de ladite abbaye , du droit de gite qui lui restait encore sur le bourg.
D'après TabbéLebeuf , les habitants de Rueil auraient été affranchis au treizième siècle : les abbés de Saint-Denis auraient accordé cette manumission pour faire leur cour à saint Louis et à la reine Blanche. L'affranchisseiment des communes est , au reste, un des événements les plus obscurs de Thistoire de France : on en fait honneur à Louis-ie-tiros et à Tabbé Suger ; mais à tort - . Cet
' Nous ne po«vona résister au plaisir de rapporter ici on autre trait qui honore la mémoire de ce pieux et infortuné monarque : u Dans un certain temps il se trouva au palais de Compiègne; il se disposait à célébrer la sainte Piqiie en ce lieu, le jour de la Géue de notre Seigneur, lorsqu'une inique ceuspiration fat tramée par douât personnes^ qui jurèrent sa mort, et Toalaianft lai ôter la vie et la couronne. Le roi ordonna de les prendre et de les lui amener. Il les interrogea, commanda de les garder dans la demeure de Charles-it'-Cliauve, de les nourrir magnifiquement des \iandes royales, et au jour de la sainte Résurrection, de les fortifier par la réception du corps et da saag de Jésus-Cbrist ; ensniie leur cause fut exposée. Ils furent jugés, condamnés, et il y eut contre eux autant de sentences de mort qu^ils étaient d*hommes. Ce prince de Dieu les entendit, et leur pardonna pour l'amour du Dieu Jésus, disant qu'il ne pou\ait faire exécuter ceux qui avaient été repus de la viande et du breuvage célestes. y> (Vie de Robert, pag. 3 AH, dans la ooUect. des Mém. p. THist. de France par M. Guizot.
^ y. Histoire de IjOuis-le-6ros, dans la colJect. des Mémoires p. s. à '' Histoire de France, par M. Guizot.
aflhuichiasement provenait de causes indépendantes de leur pouvoir , s'aooompUssait sans leur concours , et ils Font aussi souv^t ccmtrarié que secondé.
Durant le cours des longi:fôs et cruelles guerres entre la France et T Angleterre, Rueil fut incendié par le prince Noir , en 1346 , ainsi qu*il a été dit plus haut à Tarticle Charlevanne.
RmiL n TEIPS lE RICHILim.