‹ Rueil, le chateau de Richelieu, la Malmaison, avec pièces justificativesChapitre 6 sur 32 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Pnicès Hn maréchal de Marillac.

On ne s'attend pas sans doute à trouver ici la biographie de Richelieu; beaucoup Font tentée; mais ne la &it pas qui veut ; il ne faudrait pour cela rien moins qu^un homme d'état de sa taille , et qui eût fait marcher les affaires "à travers miUe résistances furieuses ; et il lui fau* drait cette haute intelligence à la fois calme et violente , el ces formes de style simples et uues , mais vigoureuses et chargées de pensées , et œtte énergie de conviction in* lit^pide, <tt cotte fnnneté inflexible t't cruelle , que Ton

peut haïr , mais sans laquelle le grand ministre succombait dans une lutte dont on n'apprécie peut-être pas assez les dangers.

Et d'ailleurs Tespace nous manque ; tout notre petit volume ne suffirait pas pour vous montrer le géant à Tœuvre mangeant le royaume de France^ selon l'expression de Louis XIII, et tout prêta entamer l'Europe. Nous passerons rapidement devant cette liaute et sinistre figure , épouvantail placé près du trône , colosse qui a l'air de l'écraser tout en le soutenant , et qui inspire peut-être autant de pitié que d'eifroi . M. le cardinal est presque aussi à plaindre que ses victimes. Voyez sa pâleur sous la barette rouge ! Quelle agitation sous cette tranquillité impérieuse ! et avec cette fierté d'attitude , ce geste de maître , comme il souffre au sein des grandeurs , et comme il s'use à cette rude tâche qu'il a entreprise, de ranger l'insolence des grands féodaux aux pieds de la raison ! C'est comme un orage qui se consume en éclairs et en coups de tonnerre.

Au prieuré des Rochers, le pauvre évêque de Luçon riait si bien de sa misère , et maintenant dans des coupes d'or il boit l'ennui et la tristesse ! Quand Iç poète écrivait ces deux vers :

On lit au frout de ceux qui portent la couronne Que la fortune vend œ qn*on croit qu'elle donne.

sans doute il se rappelait ce front puissant ravagé par les veilles; cette face maladive et hautaine et ce regard dominateur plein d'angoisses et de mortelles inquiétudes !

Rueil nous rappelle un des sanglants épisodes du ministère de Richelieu , c'est dans une salle de son château que fut jugé un procès fameux ; on y condanma , après une instruction qui avait duré près de deux années, cet infortuné Harillac, assez pauvre personnage, qui ne comprenait pas qu'on pût couper la tcte à un homme de sa qualité ; intrigant maladroit qui payait pour les sottises des gens plus coupables que lui ; mais que leur position protégeait contre les vengeances du ministre.

Harillac était un petit gentilhomme , ancien soldat de Henri IV; il ne parut à la cour que pendant la régence de la Reine-Mère, qui lui fit épouser une de ses parentes, Catherine de Médicis, issue d'une branche séparée de la famille du Grand-Duc, avant que ses ancêtres ne fussent arrivés à la souveraineté. Les courses de bagues auxquelles il se montrait souvent , dit le père Lemoine , lui méritaient plutôt le nom de Gendarme que sa valeur dans les combats. Catherine de Médicis ne lui avait apporté d'autre dot que la protection de la Reine-mère, qui ne lui fit pas défaut. On lui donna la charge des vivres dans l'armée du duc d'Angouléme en Champagne ; c'était lui abandonner la fortune publique ; c'était lui enjoindre de voler; il comprit parfaitement, et se livra à des malversations impudentes. Le roi voulait le chasser ; ce fut Richelieu qui intercéda pour lui. Encouragé par l'impunité , M. de Marillac se remit au travail avec une ardeur et une insolence sans mesure. A cette époque, on faisait construire la citadelle de Verdun : on lui doniie la direction des travaux ; il vole sur la chaux , sur les pierres , sur le bois, sur le fer, sur le salaire des ouvriers; il vole sur

tout ; et quand il y eut garnison , il vola la garnison. Comme de plus il avait la lieutenance du pays, il vole encore le paysan; les villages lui fournissent de quoi entretenir un train de prince souverain ; et tout cela se fait en plein jour , au vu et au su de tout le monde , comme si le brigandage lui était imposé par sa charge.

En 1627 , nous trouvons Marillac au siège de la Rochelle ; il s'y fit une si mauvaise réputation, que le commandant de Valençai , qui appelait toute chose par son nom\ pariant un jour au roi d'un homme sans courage, lui dit publiquement : a Qu'il n'y avait rien de plus pol^ tj'on que Marillac. » C'est de cette époque que datent ses intrigues contre le cardinal. Maudit par toute une province ; chargé de l'exécration publique ; ayant la colère du roi suspendue sur sa tète, comme une épée toujours prèle à le frapper, l'insensé ose s'attaquer au seul honmie qui le soutenait !

Pendant que Louis KUI était en Italie , Marillac avait le commandement de l'armée en Champa^e; là, ses malversations recommencèrent; il prenait quelque fois /e/i en; sur le pain des gens de guerre. On lui reprocJiie encore d'avoir retardé le passage de ses troupes en Italie, parce que , ditHOH , il ne voulait pas partager le commandement airecim.aïutre.

« La pottéffité aura de la {>eiue à croire que l'on ait soulfert si longtemps de tels désordres ; mais le cardinal , pour ne pas déplaire à la Reine -Hère , les

• Le P. Leinuiue.

couvrait toujours aux yeux du roi de quek|ue8 prétextes spécieux.

«Après tout, néanmoins, les séditieuses intrigues qu'il Ht avec Gaston d'Orléans et ses partisànts â la cour pour perdre M. le cardinal et pour porter la Reine-Mère à faire le grand éclat qu'elle fit, heurtèrent de telle sorte l'esprit du roi , soit à cause de Textréme ingratitude dont il se rendait coupable envers le ministre, par rentreniise duquel Sa Majesté savait mieux que personne qu'il avait reçu tous les honneurs et toutes les grâces; — soit aussi parce <|u'ils voulaient violenter Sa Majesté et la forcer de perdre M. le cardinal , elle se sentit forcée de l'abandonner à la justice, et de faire châtier selon les lois du royaume les violences tyranniques qu'il avait exercées sur son peuple. »

Celte énorme période n'est pas de nous : nous l'avons prise textuellement dans le père Lemoine ; ce n'est pas un modèle de style à citer; mais tous les faits qu'il invoque sont vrais , et nous expliquent parfaitement les causes qui amenèrent la fin tragique de Marillac. Deux motifs y concoururent: ses malversations et la nécessité d'intimider; par un grand exemple, les partisans de la Reine-Mère.

Richelieu, dans son testament politique, dit au roi: Vous fîtes trancher la tète au maréchal de MariUac avec d'autant plus de raison , qu'ayant été condamné avec justice , la constitution présente de l'Etat requérait un grand exemple.

Celaest parfaitement raisonné; ce qui n'empêche pas que cet homme souillé de péculat, ce pillard, que depuis longtemps la voix publique désignait au châtiment, n'ait reçu le

bâton de maréchal trois ans avant sa mort (en 1629, au siège de Privas); et que sans doute on lui aurait encore donné deux ou trois provinces à dévorer, s'il avait voulu servir les intérêts de M. le cardinal ; et que si Louis XIII fût mort avant sa condamnation , le criminel aurait peutêtre fait pendre ses juges, et Marillac aurait envoyé Richelieu sur Téchafaud.

CHAPIinK IV.

Pror^s <ia maréchal de MarilUc.

«Suite.)

Harillac avait été arrêté au camp de Folisso, en Piémont, à la tète de Tarmée qu'il devait commander. On le conduisit à Sainte-Ménehould , puis à Verdun. On sait que cette ville avait été le principal théâtre de ses méfaits; il y futconfronté avec plus de c^nt témoins; c'était en 1631 . I/année suivante on le transporta à Pontoise. La Reine- Mère tenta de corrompre Puységur, le commandant du château ; elle lui oifrit cent mille écus pour la liberté de son prisonnier, Puys^r tint bon. Un sieur de Moricq

vint pour examiner Fendroit où les commissaires pourraient s'assembler; il ne jugea pas convenable qu'ils tinssent leurs séances dans un château où Ton avait mis une garnison comme dans une place de guerre. Le cardinal fit transférer Marillac à Rueil; il était gardé par Desruaux, lieutenant d'une compagnie des gardes du corps, sous la charge du comte de Tresmes, capitaine des gardes, avec un exempt et six archers.

Les commissaires se réunirent au château de Rueil : ils étaient au nombre de vingt-quatre. Nous y remarquons des noms qui sont encore connus aujourd'hui, tels que : Voyer-d'Argenson, Duchâtelet, de Barillon et de Berbis ; un sieur de Xaintonge remplissait les fonctions de procureur-général ; le greffier se nommait Fillotte.

Le garde-des-sceaux Ghâteauneuf, étant sous-diacre, ne pouvait donner des ordres pour l'exécution des coupables sans encourir Tirrégularité ; on fit venir un bref de Rome, qui lui permit de prendre part aux débats du procès.

Garnier, avocat au parlement, était le conseil de Marillac, avec lequel il ne pouvait communiquer qu'en présence de irofficier des gardes Desruaux, d'un exempt et de sept ou huit archers ; l'aoousé et le défenseur ne pouvaient •separlerqu'à haute voix.

Ces dispositions prises, la procédure commença. MafiUac chercha d'abord à gagner du temps par des récusations contre le garde-desHsceaux et contre plusieurs commissaires ; il en voulait particulièrement à Duchâtelet ; il avait sur le cœur un écrit satyrique de ce dernier, dans lequel son firère était «trailé d'hy{)ocrite, et lui, le

maréoM, de voieiir ; le root était un peu cm, mais parfrHement applûpé. Le pamphlet de Duchàtelet était une proee tatme et rimée, semblable à oelles qui se chantent à Péglise, aux grandes fêtes de Tannée. Toutes ces requêtes restèrent sans résultat; elles furent évoquées au consefl <]u roi ; im arrêt du 22 mars 1631 les déclara im* pertinentes et inadmissibles. On débouta également le maréchal de son appel comme d'abus contre le bref du Pape, accordé au garde-des-sceaux, et les commissaires eurent ordre de procéder sans délai à Texamen et au jugement du procès.

La réoiisation contre Duchàtelet forme un épisode assez plaisant dans cette tiiigique histoire. Le maréchal avait échoaé ; mais ses parents revinrent à la charge ; ik établh'ent par des preuves irrécusables que Duchfttelet avait dit, un joor, que si jamais le maréchal passait par ses mains, il n'en sortirait qu'avec un arrêt de mort ; enfin, ils coururent si souvent à Saint-Germain; ils firent tant de bruit et ameutèrent si bien l'opinion, que, sans prononcer sur la requête, on fit arrêter Duchfttelet, et on le conduisit an château de Noisy, où il resta pendant toute la durée du procès; il s'était reconnu l'auteur de l'écrit satyrique en question. Pour rentrer en grâce au cardinal, il écrivit une brochure intitulée : ObservaHom sur la mort et sur la condamnation du maréchal de Marillac^ et bientôt il fut rappelé à la cour. La première fois qu'il y parut dq>uis sa disgrâce, il s'iaperçut que les regards de Louis XlIU'évitaient, qu'il paraissait gêné, contraint devant lui. Duchàtelet s'aperçut de cet embarras empreint de bienveillance ; il s'approcha de Saint-Simon , et

lui dit à l*oreille : « Je vous prie de dire au roi que je lui pardonne. » Cette plaisanterie réussit; et Duchàtelet fut employé plus tard en plusieurs commsswM xmpcr^ tantes^ comme on disait en ce temps là.

Revenons au procès. L'accusation partait d'une lettre écrite par le maréchal à sa femme, et datée du 15 mars 1628 ; il lui mandait que l'entretien de sa maison lui coûtait 100 mille livres par an ; or, sa charge de commandant ne lui valait pas plus de 1,000 livres par mois, il était loin de compte. Voici comment il s'y prenait pour trouver son appoint : il vendait sa protection ; les villages lui fournissaient des provisions en nature, ou bien ils lui payaient une somme qui se réglait sur l'importance de la localité; à cette condition il les protégeait ^ c'est-à-dire, il les exemptait de logement militaire. La commune de Montfaucon lui payait 1,200 livres par an, Rouquemont 250, Brieulle 400. Il avait passé des contrats avec quelquesunes de ces communes. Des pièces accablantes furent trouvées parmi ses papiers ; c'étaient les lettres du lieute* nant Descoutures, qui avait vécu avec sa compagnie pendant trois mois à discrétion chez les habitants d'un village, qui s'était refusé au paiement des sommes stipulées.

C'était encore avec l'argent qu'il extorquait de cette façon aux paysans qu'il nourrissait les soixante chevaux qu'il avait à l'écurie. Il volait même l'argent qui payait le pain de munition au prix marqué dans les quittances; et le surplus que les boulangers n'avaient pas touché, revenait au maréchal. Ses profits sur les fortifications de Verdun s'élevèrent à la somme énorme de 300,000 livres. La toise, taillée dans le roc, coûtait six francs au roi :

Pentrepreneur n'avait que quatre livres dix sous, le maréchal prenait trente sous par toise. L'argent qu'il tira des communes fut évalué à 100,000 livres.

Tous ces faits, que le maréchal niait, étaient prouvés par les dépositions de cent trente témoins, et par des documents écrits, trouvés parmi ses papiers.

r,HAIMTKK V

Procès du iiinréi'hal de Marillac.

(Un.)

LMnstruction du procès avait duré doux mois. Le ;!8 avril, à six heures du matin, Desruaux vint prendre le maréchal avecTexemptet ses archers, pour être iWerro^<^ sw' la êellette. Le dénoûment approchait : Marillac faiblit ; n'attendant plus rien de la protection des hommes, il voulut invoquer celle de Dieu : il entendit la messe et communia. A huit heures, il entra dans la salle d'audience : il avait repris quelque énergie. Tout d'abord il se pose en gmnd personnage; gentilhomme du ressort de Paris

et maréchal de Franco, il refuse de reconnaître les commissaires pour ses juges, et vomit des imprécations contre Duchâtelet, qu'il ne voyait, disait-il, qu'avec horreur assis sur les fleurs de lys, avec un pouvoir si redoutable sur sa vie et sur son hoimeur. Enfin, il j)résenta sa requête de récusation générale, qui ne laissait pas que d'être fondée ; les lettres d'établissement de la chambre de Rueil n'ayant pas été vérifiées dans une chambre souveraine. En sortant, il dit à ceux qui étaient près de lui : a Voilà bien des gens contre un seul.» — Oui, monsieur, ils sont vingt-quatre, dit un soldat des gardes. — «J'espère, répliqua le maréchal, que Dieu sera le vingt-cinquième. » Un arrêté du conseil, daté du 29, le débouta également de sa requête générale.

Le lendemain commença enfin l'interrogatoire : il dura trois jours. Quand il fut terminé, le garde-des-sceaux lui ayant demandé s'il n'avait rien à ajouter pour sa justification , le maréchal répondit que non . Le 4 avril , nouvelle requête : il y baisse le ton quelque peu ; il ne proteste plus de son innocence absolue ; il en vient aux excuses ; il invoque sa position de général d'armée ; il cite Tejcemple d'un commandant , qui , voyant le roi admirer la magnificence de son habit, lui dit : a Sire, c'est du ménage que j'ai fait sur le pain de munition »; et le roi se contenta de dire : a II faut bien qu'il s'aide, car il est pauvre. »

Avant que de procéder au jugement, les commissaires se rendirent à Saint-Germain. Selon le père I^moine , Louis XIII les y aurait mandés : il leur dit, pour leur donner plus de liberté, qu'il ne voulait d'autre justice

d'eux que celle (^rils rendaient au inoiinlre desessujeU. C'était , ajoute notre historien , tout ce qui se pouvait apporter de douceur et de grftce pour favoriser un criminel qu'on eût voulu sauver. Il ne faut pas oublier que le père Lemoîne était aux gages de madame d'Aiguillon , qui lui avait communiqué tous les paj^iers du cardinal , son oncle. Aussi trouve-t-on, dans son Histoire de Richelieu, quantité de faits et de particularités curieuses, que les autres écrivains de son temps ont ignorés.

Par l'absence de Duchàtelet, les juges se trouvaient réduits à vingt-trois. Le 7 mai , les délibérations commencèrent dès cinq heures et demie du matin ; le lendemain, les commissaires se réunirent à cinq heures; ées cpini(m$9 comme dit l'historien auquel nous empruntons ces détails, durèrent jusqu'à cinq heures du soir. Le maréchal était reconnu coupable depéculatet de concussion: à cet égard , il y avait unanimité ; les avis n'étaient partagés que sur l'application de la peine. 1^ procureur-général avait requis la peine de mort : treize se rangèrent à ses conclusions ; les autres opinèrent à un bannissement ou à une prison perpétuelle. Ce qu'il y a de plus singulier , c'est que , des deux côtés , on invoquait l'ordonnance de François !•' , qui frappe de la peine de confiscation de corps et de biens toute personne convaincue de péculat. Ceux qui votèrent pour sa mort , prétendaient que confisquer le corps c'était tuer : ce fut donc par une espèce d'escamotage de mots qu'on tua le maréchal. Le père Lemoine cite la même ordonnance ; puis il continue : « Par quelle considération l'eûtron exempté de la peine portée par lordonnance de Blois , qui veut que tous les

chelis qui se trouvent avoir exigé de l'argent pour ne |>as loger dans les maisons et villages , soient punis de mort , sans espérance de pardon; avec cette clause, que si , par importunité ou autrement, la grâce en était accordée par le roi , il est fait défense au garde-des-sceaux de la sceller, et aux juges d'y avoir égard. » Le père Lemoine ajoute : « De plus, Marillac était un des principaux agents de la faction qui allait faire entrer Monsieur dans le royaume les armes à la main. » C'est là, nous le répétons, le vrai motif de sa condamnation.

On signa Farrét en laissant en blanc le lieu de Texécution, puis on envoya l'exempt du grand prévôt à Saint-Germain, pour en donner la nouvelle au roi , et savoir auquel lieu Sa Majesté desirait qu'on fit l'exécution. Le roi fit dire au garde-desrsceaux qu'il voulait qu'elle se fit en la place de Grève, et lui manda de se rendre à Paris pour y donner les ordres nécessaires. C'était le samedi 8 mai. Le lende- Biaitt , dimanche , des lettres de cachet » expédiées par le roi, enjoignirent au lieutenant civil, au lieutenant criminel , ainsi qu'au procureur du roi au Châtelet, d'assister à l'exécution de l'arrêt. En même temps , il fut donné ordre au chevalier du guet Testu , de se trouver le 10 , au matin , à l'Hôtel de Ville , avec ses archers, pour recevoir le maréchal, qui lui serait remis par le sieur Desruaux. Un ordre enjoignit au prévôt des marchands et aux échevins de la ville de Paris de livrer au chevalier du guel les clés des portes et chambres dont il aurait besoin , afin qu'il demeurât maitre absolu dans cet hôtel jusqu'à ce que l'arrêt fût exécuté.

Cependant le maréchal ignorait ce qui se passait ; dans

sa dernière requête , il n'avait parlé que d'amendes qu'on oe pourrai! lui infliger ; quant au dernier supplice, il ne paraissait pas y songer alors. On l'avait mis au secret le plus absolu; il était en proie à d'horribles inquiétudes. Ses parents ayant appris son malheur, coururent àSaint- Germain. Le maréchal de Schomberg , qu'ils rencontrèrent, et qu'ils supplièrent de les aider de son crédit, leur répondit qu'il se tenait hors d'état de leur rendre service. Le cardinal se promenait dans les jardins du château : ils allèrent le trouver. Le baron de Vaudey s'approcha de son Eminence, et la supplia de les assister de son intercession auprès du roi, en faveur du maréchal. Le cardinal fit semblant d'être surpris en apprenant l'arrêt de la chambre de Rueil : <( Messieurs , leur dit-il , vous m'apprenez une chose que je ne savais pas. Je suis bien f&ché que le maréchal se soit mis en tel état par sa faute. Voyez le roi; il est bon. )> Ils allèrent se jeter aux pieds de Sa Majesté, qui leur dit : a Je verrai ce que j'aurai à (aire; cependant, retirez-vous d. Le lendemain, nouvelles insistances auprès du cardinal, qui finit par s'emporter et renvoyer les solliciteurs de manière à les convaincre que le maréchal était perdu sans retour.

Et ce qui le perdit, ce fut précisément ce que l'on avait tenté pour le sauver. Le 2 mars 1632, la Keine-Mère osa éerire aux commissaires que s'ils condamnaient le maréchal à quelque peine que ce pût être , ils en répondraient dans leurs biens et dans leurs personnes, et qu'elle les prendrait à partie de leurs propres et privés noms, comme complices du cardinal. Et voilà la femme qui disputait le pouvoir à Richelieu ! Et Monsieur écrit dans

— Sole môme sens aux juges de Marillac : a Ils lui répooK (Iraient dans leurs biens et dans leurs vies du sang d*uii innocent quMIs auraient fait répandre injustement. « Mais cet homme était donc bien coupable, et un bien important personnage , et Ton fondait sur lui de bien criminelles espérances, puisqu'on prenait un intérêt si vif à sa conservation?

On trouvera au chapitre Variétés ^ les détails de Texécution du maréchal : d'autres suivirent bientôt. Ces drames sanglants qui n^staient pas alors compris de tout le monde, soulevèrent une réaction furibonde ; les imprécacations qui s'élevèrent contre le cardinal ont retenti jusqu'en notre temps : l'histoire a partagé la haine des contemporains. Après tout, Richelieu, c'est le symbole de Tordre : gardien de la paix , il a toujours le glaive à la main; ennemi implacable, ses vengeances affermissent le trône ; et juge sans miséricorde , il est juste, même dans ses cruautés. Voyez-le à son point de départ ; voyez ce qu'est la France à cette époque ; voyez le cadavre du maréchal d'Ancre que les factieux viennent de tuer; voyez les adversaires que le cardinal a devant lui, les gouverneurs, les ducs, les princes , puissants, insolents, insatiables. Pour les grands féodaux, la royauté n'existe au sommet de l'Etat, que pour déverser sur eux l'argent et les faveurs : ce sont des espèces de chefs de ea»M/om>n* , qui viennent demander les grâces du souverain la dague au poing ; ce que l'un d'eux obtient est regardé par tous les autres comme un passe-droit et un outrage : la royauté ne peut donner le commandement d'un château, sans avoir à craindre une guerre civile.

Au reste, ceci nous conduirait trop loin. Pour nous résumer en peu de mots , nous dirons : Richelieu a rétabli le calme par la tempête ; il a versé le sang de quelques rebelles illustres, pour y étouffer la guerre civile , et s'il a tout fait pour le roi , et rien pour la nation , c'est que la nation n*existait pas alors.

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