‹ Rueil, le chateau de Richelieu, la Malmaison, avec pièces justificativesChapitre 8 sur 32 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Mort du père JoMpli.

Lundi , 11 mai*, le père Joseph ayant pris un bouillon aux herbes, il tomba dans une attaque d'apoplexie qui lui fit perdre Tusage de la parole et de tous les sens pendant trois heures. Le roi y envoya ses médecins , et il fut si bien soigné qu il revint en santé.

Le père Joseph, qui regarda cet accident comme un avant-coureur de la mort , pensa tout de bon à s*y pré-

* A Compièfut oà m troorait alori U cour.

paror. Il quitta la (X)iir , se retira chez les ciipucins de Senlis , y fit une confession générale , et se rendit ensuite à Paris , la veille de la Pentecôte , chez les religieuses du Calvaire du Marais. Après y avoir demeuré deux jours, il se retira au couvent des Capucins de la rue Saint-Honoré, dans la résolution de ne plus se mêler d*aucunes autres affaires que de celles oî] JI s'agissait de la gloii^e de Dieu et du salut des âmes. Il ne sortait que pour aller aux filles du Calvaire : il y faisait , le 5 septembre, une exhortation à toutes les religieuses , lorsque le cardinal lui envoya un courrier pour lui apprendre Tagi^ble nouvelle de la naissance d'un Dauphin , notre glorieux monarque; dans le transport de la joie qu'il en ressentait , il fut le premier dans le royaume qui eut le plaisir d'entonner le Te Deum.

Au commencement du mois de décembre , le père Joseph sentant encore assez de force pour aller voir les filles du Calvaire , il voulut y faire ses derniers adieux : il y demeura trois jours, et se trouva si mal dans le troisième, qu'il envoya chercher son confesseur extraordinaire aux Capucins , à qui il se confessa avec une piété et un zèle tout à fait édifiants.

Le cardinal apprenant que sa santé ne se rétablissait pas , et qu'il se fatiguait à faire des exhortations aux re- Ugieuses du Calvaire , lui écrivit pour l'engager à le venir trouver à Rueil.

. Voici la lettre du cardinal , que nous avons trouvée dans les mémoires d'Aubery:

Cher père Joseph , ayant envoyé quatre ou cinq fois à Paris pour apprendre des nouvelles de votre santé , sans

que j*en aie pti avoir de certaines , la peiiH' imi laquelle je suis de votre mal , et le désir que j*ai de savoir précisément Tétat auquel vous êtes , fait que je vous envoie de nouveau à cette fin. Si vous croyez mon conseil, vous quitterez les couvents où vous vous retirez , comme étant peu propres à y recouvrer votre santé , et viendrez en ce lieu , où Fair, étant meilleur , contribuera beaucoup à vous la rendre en peu de temps. Si vous suivez en cela mon avis , je vous enverrai ma litièn* pour vous amener plus doucement : et en attendant le bien de vous voir, ou au moins des nouvelles de votre part , telles que je les désire, je vous assurerai qu'il n'y a pers^mne qni soi! plus que moi, votre , etc.

Le père Ange tâcha de le dissuader d'aller à Rueil ; mais parce que le père Joseph savait que le cardinal Ricci s*y devait trouver pour affaires importantes, dont il avait la clé , il se servit de la litière du cardinal , et alla à Rueil le 14. Le cardinal qui Vy attendait , lui donna de grandes marques d'amitié , et le pria de ménager une santé qui lui était aussi clière qu'elle était précieuse à TEtat. Ije lendemain , pendant que Son Ëminence alla au conseil à Saint-Germain , le père Joseph dicta plusieurs instructions pour les missionnaires d'Orient, et alla dire la messe à midi. L'aprèsHnfiidi , il eut une longue conférence avec les cardinaux de Richelieu et de Ricci ; ensuite il se retira dans sa chambre , où , après avoir récité son office et fait une méditation d'une heure , il dicta à son compagnon (le père Ange) une lettre circulaire pour toutes lès maisons de la congrégation du Calvaire. De là, ilse.mità table pour col lationner , et ])endant qu'il était

attentif aux beaux exploits de Godefroy de Bouillon, dans la conquête de la Terre-Sainte » dont on lui faisait la lecture » il tomba une seconde fois dans une apoplexie qui lui laissa , en moins d'une heure , la moitié du corps sans mouvement. Il fit plusieurs efforts pour parler, sans qu'on pût entendre un seul mot de ce qu'il voulait dire. Le père Ange , à qui il avait demandé par grâce de commencer par lui donner TExtrôme-Onction si pareil accident lui arrivait , se fit apporter les Saintes-Huiles de la paroisse, et lui administra ce sacrement, qu'il reçut avec les mar* ques d'une véritable piété : elle parut par des signes trè&sensibles, au défaut de la parole qu'il avait perdue.

Le jeudi, 16, dès le matin, le confesseur des filles du Calvaire arrive ; le père général des Capucins , le père provincial arrivent une heure après : le père général lui demande en italien (il ne parlait pas français) s^l le connaissait ; il serra la main pour réponse. Le général ajouta que pour recevoir l'absolution et les indulgences plénières, il fallait donner des signes de pénitence. Le père Joseph se frappa la poitrine plusieurs fois , fit le signe de la croix et répandit des larmes, et reçut en cet état l'absolution et l'indulgence plénière, selon les privilèges de l'ordre.

Il fut très-sensible à l'honneur que Monsieur , frère unique du roi , lui fit de le venir voir : il n'y eut mouvement qu'il ne se donnât pour en témoigner sa reconnais* sance. Tous les seigneurs de la cour le virent aussi , et personne ne sortait sans verser des larmes.

Il arriva une chose tout à fait surprenante, qui donna quelque espérance de vie aux médecins : le confesseur

extraordinaire lui disant qa*il fallait oublier toutes les créatures pour ne plus penser qu*à Dieu , à qui il allait rendre compte de ses actions, le père Joseph , en pleurant, frappa sa poitrine, et répéta plusieurs fois : Rendrt compte^ rendre compte !

Ce fut le samedi, 18 décembre 1638, à onze heures du matin, que ce religieux. Agé de soixante-un ans, après en avoir passé quarante dans Tordre de Saint-François , mourut ; mais de la mort qui assure ceux qui la voient du salut de ceux qui la souffrent.

Sitôt que le père Joseph fut mort, le cardinal de Richelieu, qui voulait qu'on lui rendit les mômes honneurs qu*à un cardinal , fit porter son corps avec beaucoup de pompe dans son carrosse à six chevaux, accompagné de toute sa maison et suivi de tout son train jusques au couvent de la rue Saint-Honoré, où il arriva le soir aux flambeaux ; il y fut reçu par le père général accompagné par plus de soixante religieux, chacun un cierge blanc à la main, et porté dans Tinfirmerie où on l'ouvrit pour en tirer le cœur. Le lendemain il demeura exposé à la vue de tout le peuple , au milieu de Téglise , jusqu'à ce qu'il fût mis en terre par le père général , à côté du père Ange de Joyeuse le provincial ; on eut toutes les peines du monde à achever les obsèques, tant la foule était grande.

Au service qui fut célébré le 22 , toute cette grande assemblée s'aperçut que le cardinal de Richelieu versait des larmes sur son tombeau, et ne put s'empêcher de témoigner ses rcjgrets par ces paroles : a Je perds ma consolation et mon secours, mon confident et mon ami. )>

Pea de joars après cette Mease, le cardinal de Biche* bea fit prononcer son oraison funèbre dans la mènie église par le père Bon , carme réformé. Le Parlement s'y trouva en corps avec tontes les personnes les plus dis* tinguées de la Cour et de la ville.

Le père général accorda le cœur du père Joseph aux instantes prières des religieuses du Calvaire. Le Père Ange le porta dans un carrosse du cardinal au couvent do Marais; il le donna à la Supérieure en lui adressant ces admirables paroles, les larmes aux yeux : Beceves ce cœur qui a tant eu de charité pour vous, ce cœur dans lequel vous étiez toutes; ce cœur enfin qui, pour la peine qu'il a prise pour votre institution , ne vous demande que la fidélité à la règle qu*il vous a laissée.

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