I. Scarron, Œuvres, t. I. p. y
jatte, qui, cette fois, entendait jouer lui-même son rôle de mari. C'était demander un miracle, plus qu'un miracle. N'avait-il pas été vainement chercher la santé aux eaux de Bourbonne et chez les Frères de la Charité, où il prit un bain de tripes qui promettait pourtant monts et merveilles? Peut-être aussi ne le prit-il pas avec toute la dévotion voulue et une foi entière, — cet agent indispensable de la thérapeutique sacrée. Non content de cette double et inutile expérience, le poète tourna ses yeux vers l'Amérique, dont on vantait le bienfaisant climat.
« Un officier perdu de goutte étoit allé à la Martinique, où l'air et les aliments du pays lui avoient été si favorables, qu'il setrouvoit guéri parfaitement en très-peu de temps. Il jouoit à la paume, montoit à cheval etalloit tous les jours à la chasse, comme s'il n'eût jamais été incommodé. Quel spectacle pour un malade qui comptoit la goutte pour la principale cause de ses maux! quelle espérance flatteuse ! Scarron y succomboit (i). »
Il partit, raconte Loret :
Ayant sa femme à son côté,
Ou du moins en étant bien proche,
Lui dans une chaise, elle en coche.
Sarrazin avait reçu, à cette occasion, une épître qui se termine ainsi :
« Je me suis mis pour mille écus dans la nouvelle compagnie des Indes, qui va faire une colonie à trois degrés de la ligne, sur les bords de l'Orillane et de l'Orénoque. Adieu, France, adieu, Paris, adieu, tigresses déguisées en anges ; adieu, Ménage, Sarrazin, Marigny. Je renonce aux vers burlesques, aux romans comiques et aux comédies, pour aller dans un pays où il n'y aura ni faux béats, ni filous de dévotion, ni inquisition, ni hiver qui m'assassine, ni fluxion qui m'estropie, ni guerre qui me fasse mourir de faim (2). »