I. Historiettes, t. IV, p. 185- iS
veille, il écrivait comme un scribe de profession, et quand il dictait, cela semblait couler de source. 11 avait une pente naturelle à la fourberie, mais non à la cruauté : c'est peut-être ce qui l'a empêché d'être aussi grand que son prédécesseur, qui cumulait ces deux qualités essentielles de l'homme d'Etat, il l'a pourtant vaincu sur un point : Mazarin a inspiré l'amour où Richelieu n'avait inspiré que le dédain ; Anne d'Autriche fut, selon les uns, sa maîtresse, selon les autres, sa femme. Des Mémoires racontent que, vers la fin de sa vie, étant au lit, il reçut la reine avec un sans-gêne dont les courtisans prirent bonne note, et qui fut qualifié dans les ruelles de la façon la plus scabreuse. Quand elle lui demanda comment il se portait : « Très mal », repondit-il ; puis, tirant ses jambes hors du lit et les montrant à la mère de Louis XIV, il ajouta :
— Voyez Madame, ces jambes qui ont perdu le repos en le donnant à la France !
Elles étaient livides, étoilées de taches blanclies et violettes. Anne d'Autriche, à cette vue, poussa un cri et versa quelques larmes. La duchesse d'Orléans, femme du fils d'Anne d'Autriche, et, partant, en mesure d'être bien renseignée, donne le mot de l'énigme avec sa crudité de langage accoutumée :
« La reine mère, veuve de Louis XIII, dit-elle dans ses curieux Mémoires, non contente d'aimer le cardinal, avait fini par l'épouser : il n'étoit pas prêtre, n'avoit pas les ordres qui pussent l'empêcher de contracter mariage. 11 se lassa terriblement de la bonne reine et la traita durement... Le chemin secret par lequel le cardinal se rendoit la nuit chez elle se voit encore au Palais- Royal. Lorsqu'elle venoit le voir, il disoit toujours : Que me veut cette femme (i)? »
Des hauteurs où il était placé, Mazarin se rappelait avec peine les humiliations que lui avaient valu les infinies amours de sa jeunesse. 11 s'était oublié, en effet, jusqu'à promettre le mariage à une fruitière d'AIcala, qui l'avait subjugué. Ce pas de clerc lui