I. Mémoires de la princesse palatine (éd. de 1832}, p. 3ÎI
enleva l'appui de son premier protecteur, et lui rapporta, durant la Fronde, force épigrammes, entre autres celles-ci :
L'amour de certaine fruitière
Te causa maints coups d etrivière,
Quand le cardinal Colonna
De paroles te malmena,
Et qu'à beau pied comme un bricone l'i)
Tu te sauvas de Barcelone.
Ton incroyable destinée, Par ce très sortable hyménée, De toi, prince des maquignons, Avec la vendeuse d'oignons.
Eut été vouée en Espagne A revendre quelque châtagne.
Scarron paya cher cette niazarinade : il y perdit sa pension. Ce fut alors qu'il se jeta dans une spéculation qui rencontra de grandes difficultés, mais qui finit par être couronnée de succès.
« Aux portes de Paris, on trouvoit une foule de soldats et de gens sans aveu qui attendoient les voitures chargées de marchandises pour se saisir du gain qu'il y avoit à les mener chez le marchand et à les décharger. Les filous s'y mêloient. 11 y avoit des portes où ces gens étoient en grand nombre , et d'autres où les charretiers ne trouvoient personne. Scarron fit un corps de gens connus, domiciliés à Paris et pris à serment, qui seroient distribués aux différentes portes et autorisés par le magistrat à rendre seuls ce service aux marchands, qui,' de leur côté, le reconnoîtroient par une gratification volontaire. Ce projet fut agréé. Scarron eut grand soin d'écarter de cette entreprise toute idée de nialtôte, et ne voulut pas que son nom y parut. Après bien des difficultés, cette charge passa à l'hôtel de ville, mais le chancelier la raya comme onéreuse au peuple. Scarron eut besoin de tout l'appui de Fouquet : encore toutes les contradictions renaissoient-elles tous les jours. Il se rebuta et négocia son privilège. L'acheteur