Tallemant, Hisioricitcs, t. III, p
en temps quittant sa lecture, il faisoit sonner le hochet de son enfant et badinoit avec ce marmot (i^. »
11 faut être un chartreux pour trouver là matière à raillerie. — Esprit n'avait pas été le seul « domestique » du chancelier ; il eut deux compagnons de chaîne, l'abbé Haber de Cérizy et Marin Cureau de la Chambre, ce fameux physionomiste qui posséda l'oreille de Louis XiV et commit la faute d'écrire l'Art de connaître les hommes. La Pythonisse n'écrivait pas. La Chambre a laissé d'autres ouvrages, parmi lesquels on rencontre le Traité de la connaissance des animaux, où il étend fort loin les limites de l'instinct. 11 caresse la même idée, ou la même chimère, le digne médecin, dans ses Characteres des passions. Rien de plus ébouriffant que le chapitre sur l'amour. Voici l'énumération qu'il donne des caractères de cette passion :
« Ceux du premier ordre sont les mouvements des yeux et du front, le trémoussement de la langue, l'adoucissement et les diverses inflexions de la voix, le ris et le maintien du corps : tous les autres sont purement naturels, »
Passons à un effet dont la cause, selon notre auteur, est « extrêmement cachée ; c'est le mouvement de la langue qui trémousse souvent entre les lèvres et qui semble les chatouiller. Or, cela arrive dans un grand excès d'amour, soit que l'ardeur que cette passion allume dessèche les lèvies et oblige l'àme de les humecter, soit que les esprits qui pétillent partout causent en cette partie la même agitation qui paroit en toutes les autres qui sont fort mobiles, soit enfin que cela vienne de la véhémence du désir; car le même effet arrive souvent à ceux qui regardent manger quelque chose qu'ils désirent ardemment (2). >
O profanation ! autant vaudrait transformer ces pauvres amants en chiens altérés, — Mais c'est le médecin et non le moraliste qui leur fait ainsi tirer la langue. Ce que c'est que la force de l'habitude ! Cureau de la Chambre a encore une excuse, le sujet