‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 113 sur 138 · Edition de 1662, t. I. p · texte numérisé non relu

Edition de 1662, t. I. p

qui s'offre éternellement à ses yeux, Pierre Séguier, qui, malgré les ans, se croit toujours valide en amour, et se montre essouftlé dès le début. Le patron a donné bien de la besogne à son protégé. Que de philtres composés pour ragaillardir ou réparer la machine avariée du chancelier ! La luxure du bonhomme n'avait pour tout frein que sa ladrerie : il payait « ses demoiselles en arrêts et autres choses semblables (1) ». De son côté, Madame la chancelière menait une vie non moins édifiante. Elle accorda les primeurs de ses charmes au comte de Clermont de Lodève, qui eut pour successeur le comte d'Harcourt, que remplaça un chanoine de Notre-Dame, nommé Thévenin. Elle était sur une pente où l'on descend vite :

« 11 n'y a pas quatre ou cinq ans, dit Tallemant, qu"il y a eu de la rumeur en ménage pour un certain maître d'hôtel qui n'étoit pas mal avec elle, sans compter les moines, car elle est dévote, et les dévotes sont le partage des frères frappn rts (2). »

Tout pesé, les deux époux n'avaient rien à se reprocher. Mais, comme ses contemporains, la postérité reproche avec raison au chancelier d'avoir servi d'instrument à la haine de Colbert contre Fouquet. 11 était de cette race de magistrats qu'appréciait si bien un oflicial d'Angers, disant à son valet; qui n'avait trouve au marcIié qu'un poisson retenu par un conseiller :

— Prends cette bourse et va acheter le saumon et le conseiller.

Hâtons-nous de sortir de cet hôtel, et, pour changer d'air, allons rue des Francs-Bourgeois, au Marais, chez César-Phébus d'Albret, comte de Miossens.

Miossens, que la vue d'un marcassin faisait tomber en syncope, n'a jamais pris que la loge de l'abbé d'Aumont : le mot est de ce dernier, qu'il avait dépossédé à la Comédie. 11 gagna son bâton de maréchal en conduisant à La Varenne, avec les chevau-légers.

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