‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 114 sur 138 · Li., p · texte numérisé non relu

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le grand Condé, le prince de Conti et le duc de Longueville. L'ancien amant de la duchesse et de Ninon de Lendos s'est rabattu sur Madame Cornuel, qui, après lui avoir tenu la dragée haute pendant deux ans, le vit un beau jour s'éloigner de guerre lasse: « J'en suis fâchée, dit-elle alors, car je commençais à l'entendre. >> Elle était quelque peu sourde. Le maréchal fmit par replier ses ailes d'amoureux et nouer un simple commerce d'amitié avec la veuve Scarron, à qui le souvenir du poète ouvrait toutes les portes. Elle en profitait, mais sans témoigner au pauvre défunt la moindre gratitude. On ne change pas sa nature. Françoise d'Aubigné trouva dans les hôtels d'Albret et de Richelieu des théâtres dignes de ses vues ambitieuses. Elle y fit un étalage de son austérité de fraîche date, comme les dames du corps de ballet affichent leurs jambes et le reste. Seulement, la meilleure aubaine de celles-ci ne dépasse pas la conquête d"un quart d'agent de change, tan'iis qu'elle eut l'adresse, elle, de piper un roi... En vérité, ce dragon de vertu nous ferait, par comparaison, estimer Messaline 1 — Les deux hôtels cités plus haut renfermaient le même personnel : Madame de Coulanges, copie assez fidèle de Madame Scarron, et mariée, comme elle, à un garçon desprit, vrai chérubin joufOu, toujours rossignolant de folles chansons, et que la mort surprendra, à quatre-vingt-cinq ans, au milieu d'un couplet ; la précieuse Mademoiselle d'Aumale, qui sera demain la maréchale de Schomberg; la divertissante MaHemoiselle de Pons, future duchesse d'Heudicourt : M. de Barillon, notre ambassadeur en Angleterre, M. de Guilleragues, l'ami de Madame de Sévigné, et le cardinal d'Estrées, de galante mémoire, trois soupirants de Françoise d'Aubigné.

L'abbé Testu, auteur de quelques vers fades, avait la prétention d'être le Voiture de cette Société. Il papillonnait sans cesse et se brûlait à toutes les chandelles. C'est, à n'en pas douter, le type qui a servi de modèle à Saint-Evremond, lorsqu'il a tracé ce portrait :

« L'abbé ne se forme que dans la bagatelle, le rabat tiré, la tête naissante, historiée par une frisure d'étage, il tombe dans

les compagnies des femmes... comme une bombe, pour les renverser toutes s'il peut (1). »

Testu a posé aussi devant Saint-Simon :

« C'est, dit-il, un des premiers hommes qui aient fait connoitre ce qu'on appelle des vapeurs ; il en étoit désolé, avec un tic qui lui démontoit tout le visage... A quatre-vingts ans, il se faisoit verser peu à peu une aiguière d'eau à la glace sur sa tête pelée, sans qu'il en tombât une goutte, et cela lui arrivoit souvent depuis beaucoup d'années (2). »

Si vous ne le croyez pas, allez-y voir. Testu caquetait en toute liberté, môme devant Madame Scarron, qui, pourtant, contraignait beaucoup de langues. Ce fut à l'hôtel de Richelieu que l'habile comédienne lia connaissance avec Madame de Montespan, sa bienfaitrice et sa dupe.

Le cercle de Madame de Montbazon réclame une place dans cette galerie : nous n'avons garde de la lui refuser. Donc, sans nous inquiéter de l'anachronisme, devisons des Importants qui ont engendré les Frondeurs. Ils avaient été baptisés ainsi fiar Madame Cornuel, en moquerie de Vimportance puérile qu'ils affectaient. On les a rudement malmenés dans une ballade dont voici le début :

Courir jour et nuit par la rue, Sans affaires et sans dessein, Faire aux portes le pied de grue.

Trancher du petit souverain; Avoir des brigands à sa suite, Contrefaire les capitans, Et des premiers prendre la fuite, C'est ce cjue font les Importants.

C'étaient, dit le cardinal de Retz, « quatre ou cinq mélancoliques qui avoient l'air de penser creux ». Ils s'appelaient Guise, "Vendôme, Mercœur, d'Epernon, Beaufort, I3 duchesse de Chevreuse et la duchesse de Montbazon. Cette dernière était l'âme

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