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était comme un énorme vestibule, aboutissant à une longue file de chambres, où régnait un luxe prodigieux.
La construction de cet hôtel révolutionna l'architecture domestique. L'appartement, tel que nous le comprenons aujourd'hui, moins la mesquinerie et l'étroitesse, date de cette époque.
A une imagination vive et féconde, qui créait sans cesse autour d'elle de charmantes réalités, Madame de Rambouillet joignait la passion des surprises. Un jour il lui prit la fantaisie de faire construire, sans que personne s'en doutât, une belle salle avec trois grandes croisées donnant surJe^ jardins des Quinze-Vingts, de Chevreuse et de l'hôtel de Rambouillet. Cela se fit, se peignit et se meubla comme par enchantement. La besogne fut conduite ^vec une telle discrétion qu'aucun soupçon ne s'éveilla. Aussi les mots font-ils défaut pour décrire l'étonnement qui saisit les nombreux visiteurs de l'hôtel do Rambouillet, lorsqu'un soir du bruit se fit entendre derrière une tapisserie qui, soulevée tout à coup, laissa voir un élégant cabinet oij trônait Julie d'Angennes, magnifiquement vêtue. Là était naguère la pelouse des Quinze- Vingts : chacun croyait encore l'y apercevoir. Qui avait pu soudain combler ce vide? Tout le monde cria au miracle, et la marquise passa pour avoir une baguette de fée à son service. Chapelain, émerveillé, pensa qu'il était de son devoir, en qualité de poète à la mode, de mettre des rimes à son admiration. Il commit une ode superbement grotesque.
M. de Rambouillet doit à sa femme la réputation qui s'est attachée à son nom; quant à sa fille, elle fut la fine fleur de la réunion. Julie d'Angennes devint le point de mire de tous les rimeurs musqués, de tous les soupirants en prose et en vers qui assiégeaient l'hôtel. Elle eut même la puissance d'enflammer le glacial duc de Montausier. Ce caractère d'une gravité toute théâtrale, ce misanthrope de parade, coulé en bronze par Molière, subit l'influence du milieu dans lequel il vivait. Désireux de faire acte de galanterie vis-à-vis de celle qui devint plus tard sa femme, il ne trouva rien de mieux que de lui adresser une kyrielle de madrigaux.
Ce fut pendant l'hiver de 1641 que M. de Montausier offrit à Mademoiselle de Rambouillet la fameuse guirlande illustrée par Robert. Au bas de chaque fleur, peinte séparément, se lit un madrigal qui s'y rapporte. Dix-neuf auteurs ont fourni à cette galanterie leur contingent poétique : Montausier, Arnauld d'Andilly père et fils, Conrart, Saidéry, Malleville, Colletet, Ph. Habert, l'abbé de Cérizy, Arnauld de Corbeville, Tallemant des Réaux, Martin, Gombauld, Godeau, Briote, Montmort, Desmarest, Racan et Chapelain. Le manuscrit de la <,< Guirlande de Julie » fut acheté quatorze mille cinq cent dix francs à la vente de M. de la Vallière, il y a quatre-vingt-dix ans.
Comme de raison, c'est M. de Montausier qui ouvre la marche des madrigaux. Donnons un échantillon de sa manière :