I. Mercure de France, mai 1740, p
pour supporter un aussi lourd fardeau. Racine acheta la Duparc et l'enleva. C'était s'aliéner pour toujours non seulement l'amitié, mais aussi l'estime de Molière, qui, néanmoins, battit des mains à la représentation de Ph'cdre, car il n'était pas homme à passer, par rancune^ dans le camp de Pradon. S'il estimait peu, et avec raison, le caractère de Racine, il savait apprécier son talent.
Cette rupture ne tarda pas d'être suivie de la rupture de Boileau et de la Fontaine. La mansuétude du bonhomme, toute grande qu'elle fût, avait des bornes : il finit par ne plus reparaître rue du Vieux-Colombier, las de servir de cible au satiriste, qui, sous le manteau de la cheminée, se livrait volontiers aux coq-à-l'àne que proscrivent ses écrits. C'est lui qui a inventé le spirituel calembour : Quel fat alité !
Racine craignait les remontrances de Boileau, qui n'a pas manqué de tirer vanité de cette appréhension devant l'auteur du poème de la Religion.
« Votre père, lui dit-il, avoit la faiblesse de lire quelquefois le Viigile trav&sti et de rire, mais il se cachoit bien de moi (1). »
Pourtant, si l'élève subissait son frein, il le rongeait à l'user, et, dans ses moments de rébellion, malmenait le maitre et l'accablait de sa superbe, au point de lui faire crier merci :
— Eh bien, oui, j'ai tort, dit un jour celui-ci à bout d'arguments, mais j'aime mieux avoir tort que d'avoir orgueilleusement raison.
Molière acceptait les leçons du pédagogue avec une condescendance qu'explique le besoin de perfection qui était en lui. Il consentit, par exemple, à sacrifier les vers suivants, dans lesquels Boileau découvrait une pointe de préciosité :
Quand sur une personne on prétend s'ajuster, C'est par les beaux côtés qu'il la faut imiter.
11 fit plus, il agréa la variante proposée :
Quand sur une personne on prétend se régler. C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler.