I. L. Racine, Œuvres, t. 1, p
Mais il ne rencontrait pas la même docilité chez Boileau, et réprouva en vain le second de ces vers de VEpitrc sur le passage du Rhin :
Il apprend qu'un héros conduit par la victoire A de ses bords fameux flétri 1 antique gloire.
— 11 peut faire entendre, disait Molière, que la présence du roi a déshonoré le fleuve.
Boileau conserva l'amphibologie, par amour paternel. On aurait aussi perdu son temps à lui démontrer le ridicule de sa comparaison à la Joseph Prud'homme :
L"honneur est comme une Ile escarpée et sans bords.
Boileau ne courbait la tête que devant le roi, mais, en revanche, sa soumission allait alors jusqu'au servilisme le plus bas. Il ne lui suffisait pas de se mettre à genoux pour encenser, il se mettait à plat ventre. Le versificateur de VOde à Namur ne peut être compare qu'aux Tartares qui dévorent les reliques musquées du Grand Lama, comme dit Voltaire. L'Epitre sur le plissage du Rhin est le digne pendant de VOde à N^niur. Ce magnifique exploit, ramené à ses justes proportions, se réduit à... cinq ou six cents Hollandais pris de panique et mis en déroute par deux mille hommes appuyés de forces considérable.^,au milieu desquelles se tient Louis XIV, impatient
de sa grandeur qui l'attache au rivage.
Racine et Boileau suivaient le roi en qualité d'historiographes, aux appointements de quatre mille livres.
— je suis venu, dit Boileau lors de son entrée en fonctions, je suis venu au monde un an avant Votre Majesté pour annoncer les merveilles de son règne.
Et Louis XIV ayant couru le risque, dans la première campagne, d'être atteint par un boulet mort, il se précipita à ses pieds en s'écriant :
— Je VOUS prie, Sire, de ne pas me faire terminer sitôt mon histoire.
Racine rivalisait de courtisanerie avec son collègue et l'égalait, si même il ne le surpassait point, car il savait déguiser ses flatteries et les enveloppait, à l'occasion, dans des épigrammes aiguisées contre les vaincus. C'est ainsi qu'après la capitulation du château de Namur, pour attirer un sourire sur les lèvres du roi, il dit au gouverneur, le prince de Barbançon, qui évacuait la place par une averse :
— Voilà un mauvais temps pour déménager. A quoi répliqua le prince :
— Quand on déménage comme je le fais, le plus mauvais temps est trop beau.
Une telle réponse, on le pense bien, fit tourner le méchant quolibet à la contusion de son auteur.
Mais abandonnons les champs de bataille, et soulevons un coin du rideau derrière lequel se cache la vie intime de Boiieau et de Racine. Madame de Sévigné plaint quelque part son fils de s'être laissé prendre à la glu de Ninon ; puis elle ajoute : « 11 a de plus une petite comédienne, et tous les Despréaux et les Racine, et paye les soupers; enfin c'est une diablerie (1). » Qui se serait attendu à voir les deux amis à pareille fête? Passe pour Racine, qui. en stylant la belle Champmêlé dont il s'ingéniait à cadencer la diction, finit par s'échauffer à ce jeu-là... Mais Boiieau, quelle besogne eût- il pu faire dans un amoureux déduit? A Dieu ne plaise que nous rappelions l'aventure du coq d'Inde, aventure trop connue et d'ailleurs trop scabreuse ! « C'est à l'accident qui lui étoit arrivé, dit Helvétius, qu'on doit peut-être sa satire sur l'équivoque, son admiration pour M. Arnauld et son épître sur l'amour de Dieu; tant il est vrai que ce sont souvent des causes imperceptibles qui déterminent toute la conduite et toute la suite de nos idées (2). » Helvétius a oublié dans son énumération la sa--