I. Anecdotes littiraires, t. II, p
Tantôt il fulminait contre LuUi, ce musicien d'esprit (chose rare!) dont les boutades amusaient tant Molière.
— Lulli, fais-nous rire, disait souvent l'homme de génie à l'agréable conteur.
Et celui-ci de rouler ses petits yeux bordés de rouge, qu'on voyait à peine et qui avaient peine à voir. Et c'étaient des historiettes assaisonnées de gaudrioles et ornées de gestes à faire tomber l'auditoire dans une hilarité qui allait jusqu'aux convulsions. Franc de collier dès le début, Lulli avait violé la fortune par une action d'éclat : « Simple page de Mademoiselle, il entendit que cette princesse, qui se promenoit dans les jardins de Versailles, disoit à d'autres dames : — Voilà un piédestal vide sur lequel on auroit dû mettre une statue. La princesse ayant continué son chemin, Lulli se déshabilla entièrement, cacha ses habits derrière le piédestal et se plaça dessus, attendant, dans l'attitude d'une statue, que la princesse repassât. Elle revint en effet quelque temps après, et ayant aperçu de loin une figure dans l'endroit où elle souhaitoit qu'on en plaçât une, elle ne fut pas médiocrement surprise. « Est-ce un enchantement, dit-elle, que ce que nous voyons? Et elle avança insensiblement, et ne reconnut la vérité de cette aventure que lorsqu'elle fut très proche de la figure. Les dames et les seigneurs qui accompagnoient la princesse voulurent faire punir sévèrement la statue, mais elle lui pardonna en faveur de la saillie singulière (1)... » Après le pardon, les bonnes grâces. Le million amassé par Lulli n'a pas d'autre origine.
Boileau faisait montre de plus de pudeur, de moins de virilité que la fille de Gaston. 11 se scandalisait d'un bon mot, comme une carmélite, mais n'en gardait pas le maintien réservé : sa vergogne se répandait en grosses injures. Lisez l'épître à M. de Seignelay, où il qualifie Lulli de « bouffon odieux » et de « coquin ténébreux ».
11 est juste d'ajouter, à la décharge de Boileau, qu'un matin