‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 133 sur 138 · Acte II, scène ii de YAvaie · texte numérisé non relu

Acte II, scène ii de YAvaie

HARPAGON, MAITRE SIMON, CLÉANTE, etc., LA FLÈCHE, dans le fond du théâtre.

MAÎTRE SIMON

Oui, Monsieur, c'est un jeune homme qui a besoin d'argent, ses affaires le pressent d'ea trouver, et il en passera par tout ce que vous prescrirez.

HARPAGON

Mais, croyez-vous, maître Simon, qu'il n'y ait rien à péricliter ; et savez-vous le nom, les biens et la famille de celui pour qui vous parlez ?

La Belle Plaideuse, par Bois-Robert (acte I, se. viii).

personnages:

AMIDOR, ERGASTE, BARQUET, FILIPIN.

EHGASTE.

Quoy ! c'est là celuy qui fait le prest ?

UAKQUET.

Ouy, monsieur.

AMlDOR.

Qiioy ! c'est l.î ce payeur d'intérest ?

MAITRE SIMON

Non. Je ne puis pas bien vous en instruire ;i fond, et ce n'est que par aventure que l'on m'a adressé à lui ; mais vous serez de toutes choses éclairci par lui-mesme, et son homme m'a assuré que vous serez content quand vous le connoîtrez. Tout ce que je saurois vous dire, c'est que sa famille est fort riche, qu'il n'a plus de mère déjà, et qu'il s'obligera, si vous voulez, que son père mourra avant qu'il soit huit mois.

HARPAGON

C'est quelque chose que cela. La charité, maître Simon, nous oblige à faire plaisir aux personnes lorsque nous le pouvons.

MAÎTRE SIMON

Cela s'entend.

Quoy ! c'est donc toy, meschant filou, traisne-potence ? C'est en vain que ton œil esvite ma présence. Je t'ay veu.

ERGASTE

Qui doit estre enfin le plus honteux, Mon père, et qui paroît le plus fort de nous deux ?

FlLIl'lN.

Nous voilà bien chanceux.

BARQUET.

La bizarre aventure !

ERGASTE

Quoy ! jusques à son sang estendre son usure !

BARQUET.

Laissons-les.

AMIDOR.

Débauché, traître, infâme, vaurien, Je me retranche tout pour t'acquérir du bien !

LA FLÈCHE, bas à Cléattte, reconnaissant moitié Simon. Que veut dire ceci ? Notre Simon qui parle à votre père !

CLHANTE, bas à la Flèche.

Lui aurait-on appris qui je suis, et serois-tu pour me traliir ?

MAÎTRE SIMON, à la Flèche.

Ah, ah, vous êtes bien pressé ! Qui vous a dit que c'étoit céans? (/i Harpagon.) Ce n'est pas moi, Monsieur, au moins, qui leur ai découvert votre nom et votre logis ; mais à mon avis il n'y a pas grand mal à cela ; ce sont des personnes discrètes, et vous pouvez ici vous expliquer ensemble.

J'espargne, je mesnage, et mon fonds que j'augmente Tous. les ans tout au moins de mille francs de rente N'est que pour t'eslever sur ta condition ; Mais tu secondes mal ma bonne intention ; Je prends pour un ingrat un soin fort inutile, Il dissipe en un jour plus qu'on n'espargne en mille, Et par son imprudence, et par sa lascheté, Destruit le doux espoir dont je m'estois flatté.

A quoy diable me sert une espargne si folle,

Si ce qu'on preste ailleurs, je sens qu'on me le vole?

Moy qui vivrois en roy des usures qu'on perd

Et des escus moisis que l'on met à couvert,

Que j'auray grand plaisir des grands biens qu'on me garde

Qiiand je seray sans dents, moy que chacun nazarde,

Moy qui vy misérable, et n'ny pns de crédit.

Pour un pauvre repas, ny pour un pauvre habit,

HARPAGON

Comment ?

MAÎTRE SIMON, montrant Cléante.

Monsieur est la personne qui veut vous emprunter les quinze mille livres dont je vous ai parlé.

HARPAGON

Comment, pendard, c'est toi qui t'abandonnes à ces coupa-

bles extrémités ?

Comment, mon père, c'est vous qui vous portez à ces honteuses actions?

{Maître Simon s'enfuit et la Flèche va se cacher.)

Tandis qu'avec esclat l'on voit d'autres parestre.

Plus pauvres, mais que Dieu plus heureux a fait naistre.

AMIDOR.

Parois-tu pas plus qu'eux, insolent, effronté, Dans tes habits d'hyver, dans tes habits d'esté ; Tu fais plus; tous les jours tu fais des promenades, Tu donnes des festins, meslés de sérénades.

ERGASTE

Est-ce de vostre bien, vous ay-je dérobé ?

AMIDOR.

Le péril est plus grand où je te vois tombé. Car, vivant jour et nuit dans ce désordre extresme. Tu travailles, meschant, à te voler toy-mesme, Oij prends-tu tout, dy-moy, jusqu'à ce riche habit. Que je vois sur ton corps, si ce n'est à crédit, Et jusqu'à ces plumets qui volent sur ta teste ? Si tu te contentois d'un entretien honneste, Tu m'aurois veu bon père, et selon ton estât

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