‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 14 sur 138 · Lettre du 17 juin i6 · texte numérisé non relu

Lettre du 17 juin i6

II l'en tira si bien que le pauvre Voiture s'enivra de vanité. Condé dit un jour :

— Si Voiture était de notre condition, personne ne pourrait le souffrir.

On le rappela durement à l'obscurité de sa naissance. 11 contait, pour la deuxième fois, une histoire d'amour:

— Monsieur, s'écria Madame des Loges, vous nous avez déjà dit cela; percez-nous-en d'une autre.

Son père était marchand de vin.

Vincent Voiture était fort recherché dans les ruelles, quoiqu'il fût loin d'avoir la mine d'un Céladon. 11 a tracé lui-même son portrait dans une lettre adressée à une maîtresse inconnue : « Ma taille est deux ou trois doigts au-dessous de la médiocre. J'ai la tête assez belle, avec beaucoup de cheveux gris; les yeux doux, mais un peu égarés, et le visage assez niais. » Madame Saintot répondit à d'Ablancourt, qui lui demandait ce qu'elle trouvait de charmant dans cet homme-là :

— Ah! si vous saviez comme il est agréable parmi les femmes, quand il veut!

Il avait des appétits féminins : il adorait les confitures. Le père Daire, parlant dans son Histoire d'Amiens d'une maîtresse qu'avait Voiture durant son séjour à Lisbonne, se sert d'une comparaison tirée des goûts sucrés de son compatriote : « Elle étoit plus douce que la marmelade du pays. »

Voiture avait, selon Tallemant, « deux passions dominantes, l'amour et le jeu, mais le jeu plus que l'amour. Il jouoit avec tant d'ardeur qu'il falloit qu'il changeât de chemise toutes les fois qu'il sortoit du jeu (i). » C'était, du reste, si vice il y a, un vice héréditaire. Son père, le marchand de vin, avait abusé du piquet. Richelieu réparait les pertes du fils, qu'il avait, du reste, richement pensionné.

Si Voiture aimait passionnément le jeu et les femmes, en revanche il détestait le vin. D'où venait ce dégoût profond?

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