‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 15 sur 138 · I. Htstoriftlcs, t. 111, p · texte numérisé non relu

I. Htstoriftlcs, t. 111, p

N'était-ce pas plutôt de la tête que de l'estomac? On a prétendu qu'en repoussant le vin il n'avait obéi qu'à une rancune puérile. Les railleries prodiguées aux brocs et au comptoir paternels avaient, en réalité, grièvement blessé son amour-propre.

— Le vin, disait Bassompierre, qui fait revenir le cœur aux autres, fait pâmer Voiture.

A table, le baron de Blot, le verre en main, improvisa ce quatrain :

Quoi, Voiture, tu dégénère!

Hors d'ici : maugrebleu de toi !

Tu ne vaudras jamais ton père, Tu ne vends du vin, ni n'en bol.

Voiture riposta par deux rondeaux où sont glorifiées les prouesses amoureuses de buveur d'eau (i). Mesdames Saintot, des Loges et de Sablé pouvaient en témoigner. Cela faisait même tapage, et le bon, l'excellent Chapelain crut devoir venir, à ce sujet, en aide à son ami, en mettant une couche de religion sur les mœurs relâchées de Voiture. 11 écrivit la fameuse lettre citée par Pélisson : « Pour écrire des épîtres licencieuses et lascives, JVl. de Voiture n'en est pas moins un bon chrétien, et il a trouvé le moyen de vivre en même temps selon l'Évangile et selon son siècle, d'aller soigneusement à la messe le matin, par vraie dévotion, et de galantiser assidûment l'après-dînée, par une corruption d'esprit invétérée. » Il galantisait encore quelques jours avant de mourir, avec la fille du gazetier Renaudot.

— Il est mort, dit Mademoiselle Paulet. comme le Grand Seigneur entre les bras de ses sultanes.

Mademoiselle Paulet était cette « rousse au teint blanc » dont parle Saumaise, et qui haïssait Voiture d'une belle haine. Il avait osé railler la vertu de la « Lionne ». On la nommait ainsi à cause de sa fierté, de ses yeux vifs et de ses cheveux dorés. Elle jouait du luth à ravir, et joignait à ce talent une voix des plus harmonieuses. On raconte que deux rossignols furent trouvés

I. Voyez n" 5 de l'Appendice. Nons en citons un comme exemple.

morts, — morts de jalousie. — au bord d'une fontaine où elle avait chanté tout le jour. Cette sirène avait quelque peu prêté le flanc aux saillies de Voiture. Elle n'était rien moins qu'avare de ses charmes. Henri IV fût un de ses premiers tenants ; après lui vinrent les ducs de Guise, de Chevreuse et de Lansac, sans compter le menu fretin. La bourgeoisie a passé par là dans la personne d"un marchand de la rue Aubry-le-Boucher, flanqué d'un docteur en théologie.

Godeau fut le bon ange de Mademoiselle Paulet. Il ramena sa vertu sur l'eau. L'abbé de la Victoire, qui riait de tout, se moqua de cette tendresse platonique. 11 appelait la Lionne « Madame de Grasse ». Elle fut loin, du reste, de prendre cette plaisanterie en mauvaise part. Elle avait parfois l'humeur plaisante. On la vit entrer un soir à l'hôtel de Rambouillet en oublieuse. Son corbillon était garni de rubans roses, et son habit de toile, tout jonché de rubans; elle portait une calle, bonnet aplati couvrant les oreilles et échancré par devant. Elle fit jouer des oublies, et ne fut reconnue qufe lorsqu'elle entonna la chanson.

Madame de Rambouillet avait une grande affection pour Mademoiselle Paulet. La première fois que la Lionne vint la visiter à sa maison de campagne, « elle la fit recevoir, dit Tallemant, à l'entrée du bourg, par les plus jolies filles du lieu, et par celles de la maison, toutes couronnées de fleurs, et fort proprement vêtues. Une d'entre elles, qui étoit plus parée que .ses compagnes, lui présenta les clefs du château, et quand elle vint à passer sur le pont, on tira deux pièces d'artillerie qui sont sur une des tours... Mademoiselle Paulet mourut en 1651, chez Madame de Clermont, en Gascogne, oij elle étoit allée pour lui tenir compagnie. M. de Grasse y alla exprès de Provence pour l'assister à la mort. Elle neparaissoit que quarante ans et en avoit cinquanteneuf. Tout le monde vouloit qu'elle fût beaucoup plus vieille qu'elle n'étoit. Cela venoit de ce qu'elle avoit fait du bruit de bonne heure (1). »

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